Soirées de Saint-Pétersbourg , 8^ entrelien
2. Injuria est orare pro martyre, cnjus nos debemus potiUs orationlbus commendari. De Yerbis Apostoli serm. 17.
SA DURÉE. iOo
accident, ou pendant ie sommeil, on ne saurait dire qu'il y a là expiation suffisante , la volonté ne donnant aucun mérite à la douleur subie. Et quant à ceux qui ont le temps de se reconnaître , d'unir leur intention à celle de Dieu , de mériter enfin, savons-nous jamais si Tacquittement est dans la proportion de la dette? Le purgatoire établit tous les équilibres , et satisfait à toutes les exigences de la miséricorde comme à toutes celles de la justice.
Et maintenant , pour ce qui est de la durée du séjour qu'y fait une âme, c'est un mystère que Dieu ne nous a point dévoilé. Le théologien Dominique Soto estime que nul n'y demeure au delà de dix ans, et en apporte des raisons peu concluantes, ou du moins faciles à réfuter ^ Il se fonde principalement sur ce quici-bas on peut faire une grande pénitence en peu de temps, et sur ce que la charité qui brûle dans les âmes du purgatoire donne à l'expiation qu'elles y font une valeur tout autre. Mais il oublie que sur la terre c'est la volonté, le libre choix, qui communique à la pénitence tant de pouvoir sur le cœur de Dieu; tandis que là-bas ce choix, cette liberté, n'existent plus, que tout est imposé par une sentence de justice. Au reste, il est évident que Dieu a le pouvoir de compenser la durée par l'intensité, et qu'il peut condenser en une heure dix années de souffrances. Mais le veut-il? là est toute la question; et il ne le parait pas. Des révélations dont l'authenticité est généralement admise donnent lieu de croire que certaines âmes sont condamnées pour des siècles entiers , d'autres jusqu'à la fin du monde. Le vénérable Bède et Denys-le-Chartreux citent plusieurs traits de ce genre. Et n'est-ce pas ce que laisse croire la sainte Église lorsqu'elle permet d'établir, en faveur des défunts, des services à long terme et même à perpétuité? 11 ne faut donc pas cesser trop tôt de prier pour ses parents et ses amis. N'oublions jamais que la durée des souffrances se
.. lY Sentent, dist. xix, quœst. 3, arl. 2.
mesure sur la sainteté infinie de Dieu offensé; et cette seule considération fait trembler.
Hélas ! on commet des péchés véniels sans scrupule , et par conséquent sans nombre ; on y ajoute de temps en temps des péchés mortels. Il en est qui, après une vie licencieuse, continuée parfois jusqu'à la vieillesse, donnent à peine' quelques heures au repentir. Une pénitence d'un moment, pour tant d'offenses, ne laisse-t-elle pas ample matière, et pour longtemps , aux flammes et aux. douleurs du purgatoire?
Y Combien, du reste, l'intensité de ces souffrances ordonnées par la justice divine fait peser la durée d'un temps minime! — Deux religieux d'éminente vertu s'étaient unis pour se sanctifier mutuellement. Le premier tomba malade, et il eut une vision où un ange du Seigneur lui annonçait qu'il allait mourir, et qu'il ne serait retenu au purgatoire que jusqu'à la première messe qui serait dite pour lui. Plein de joie à cette nouvelle, il s'empressa d'en faire part à son compagnon, et le conjura de ne pas tarder, après sa mort, à célébrer en sa faveur. La promesse fut tenue par le survivant : car, le départ de l'âme ayant eu lieu dès le lendemain matin , il ne prit que le temps de se préparer et monta au saint autel. Pendant l'action de grâces, comme il continuait ses suffrages, le défunt lui apparaît tout rayonnant de gloire , et , d'un air de doux reproche : — « Eh quoi I lui dit-il. qu'était donc devenue cette amitié si vive que vous m'aviez jurée ! Pourquoi m'avoir ainsi oublié pendant de longs mois , après l'engagement que vous aviez pris ? — Mon frère, je ne comprends point ce reproche , répondit le religieux. — Vous ne le comprenez pas I et vous m'avez laissé souffrir pendant plus d'une année , lorsque le saint sacrifice , une seule fois offert à mon intention, et vous le saviez, devait suffire pour mon entière délivrance! — En vérité, mon frère, vous m'accusez à tort. Je ne fais que de déposer les ornements sacrés, et j'ai