NATURE DES SOUFFRANCES
vant de leur mieux, et cependant, à cause des fragilités et des imperfections humaines, s'épouvantent à limage des sévérités divines. Les descriptions du purgatoire qu'on lit dans les auteurs les plus estimés , les apparitions de toute espèce qui ajoutent à ces tableaux des couleurs encore plus sombres , sont faites , nous en convenons , pour terrifier les plus confiants. Qu'on ne laisse pourtant pas s'exagérer ce sentiment, soit parce qu'il refroidirait l'amour filial envers l'adorable Père de là-haut , soit parce qu'il peut s'égarer, soit parce qu'on n'y tient pas assez compte de plusieurs considérations encourageantes que nous allons bientôt présenter. L'économie de l'action providentielle ordonne tout de la manière la plus parfaite, la plus équitable, la plus miséricordieuse. Le châtiment est en rapport avec les dispositions du patient , et parfaitement équilibré avec le genre des péchés. Ce qu'on va lire regarde les cas les plus graves : c'est le purgatoire dans son application rigoureuse et entière. N'en concluons pas que toutes les âmes qui le subissent soient absolument dévouées aux mêmes rigueurs. — Gela dit , voyons l'enseignement ordinaire dans l'Église , d'après les théologiens.
Il y a, sur ce point, comme sur les autres, des choses certaines , d'autres qui sont douteuses.
Il est certain : — i° que la peine du purgatoire n'est pas le désespoir, la crainte de la damnation , l'incertitude du salut; — 2° qu'une des souffrances, et la plus vive, est la privation de la vue de Dieu; ces saintes âmes, confirmées en grâce , ne peuvent que gémir amèrement de se sentir éloignées, par leur faute, de la jouissance du bien souverain : c'est le châtiment du dam; — 3° que, en outre de cette douleur, il y en a une autre, appelée la peine du sens, et qui consiste en une souffrance spéciale : par cela même, en effet, que celui qui pèche se détourne du souverain bien et se porte illégitimement vers les créatures, il doit être puni non plus seulement par la privation de ce
bien souverain, mais, de plus, par une affliction venant cFune chose créée. — 11 est certain, 4°, qu'au purgatoire, comme dans F enfer, les âmes sont soumises à la peine du feu , que ce feu soit réel ou que l'expression qui le désigne soit métaphorique, qu'elle désigne la peine du sens ou simplement la peine du dam 'comme l'ont dit quelques auteurs ■. Qu'il y ait au purgatoire un feu quelconque, ce\a est indubitable, saint Paul le disant expressément^ ; Notre- Seigneur l'a dit aussi de l'enfer : Allez au feu éternel; et tous les docteurs catholiques sont unanimes sur ce chef. Maintenant, ce qui est douteux, le voici. — i° Ce feu est-il réel ou métaphorique? — '2° S'il est réel, comment peut -il avoir action sur une substance spirituelle telle que l'âme? — 3° Quels sont les ministres de ce châtiment? le démon ou les bons anges? ou bien le feu agit-il directement et par lui seul? — Disons un mot de chacun de ces points, et notre manière propre d'envisager les choses.
Premièremeïit. L'opinion la plus commune parmi les théologiens est pour la réalité du feu; et ce feu serait de la même espèce que celui d'ici-bas, mais autrement intense et complet , car nous n'avons sur la terre qu'un feu élémentaire. Ce sentiment néanmoins, disons-le tout de suite, n'est pas de foi. C'est pourquoi les Grecs, qui n'admettent pas le feu dans le purgatoire, et qui le dirent formellement au concile de Florence - , ne furent point inquiétés pour leur croyance, et, dans la définition conciliaire, tout en affirmant l'existence du lieu d'expiation, l'Église ne fit pas mention du feu. Nous avons dit plus haut que l'on ne saurait définir si le purgatoire est proprement un lieu particulier ou un état des âmes qui le doivent subir : l'idée d'un feu réel ferait, évidemment.