Sermon pour la fête de S. Pi(;rrc
30 LA It'jlLEL'R.
bien peu de chose, à cause de notre liberté qui lui donne un prix considérable devant Dieu , tandis qu'au-delà du tombeau elle sera rigoureuse, effrayante, parce qu'elle sera forcée, et que le temps de mériter ne sera plus. Que d'actions malheureuses dont nous gémissons présentement, après un regard jeté sur la sainteté divine outragée! Que de paroles coupables, oîila charité, la modestie, la justice peut-être , le respect souvent , ont été gravement atteints, et qui pèsent sur notre conscience comme un insupportable fardeau, prêt à nous écraser I Que de pensées regrettables, où la loi céleste fut violée, où les plus saintes vertus furent méconnues ! Que de négligences et d'omissions dans des devoirs certains ! Que de mauvais exemples , de scandales — disons le mot — , dont les âmes ont souffert autour de nous, et qui nous ont constitués en apôtres du mal, quelquefois sans que nous y fissions la moindre attention! Et tout cela veut absolument être expié; sans quoi, pas de salut pour nous. Hélas! l'expérience du passé nous montre combien peu il est permis de compter sur les austérités et les expiations que nous nous imposerons à nous-mêmes pour acquitter une telle dette. Notre nature est trop molle, trop sensuelle, trop inconstante, trop oublieuse aussi; elle se repaît de tout , excepté de pénitence , et les illusions qu'elle se fait nous précipitent dans l'insolvabilité. Bénissons donc la Providence lorsque, mère attentive et indulgente, de sa main compatissante elle nous plie sous le travail de l'expiation par des douleurs temporelles. En vérité, nous sommes inexcusables lorsque de si solides pensées, des pensées si irréfutablement vraies , ne s'éveillent point dans nos âmes chargées de péchés.
« Béni soit Dieu, s'écrie saint Paul, Dieu qui nous console dans toutes nos afflictions » *, et qui nous console en nous préservant, par la souffrance, de la condamnation qui
1. Benedidus Deis, qui consolaiur nos in omni trihulatione nosirâ. II Cor. i, 4.
AVANTAGES DE l'aFFLICTH )N. 31
attend le monde. " Le Seigneur nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde », ajoute l'Apôtre \ Et saint Pierre : « Réjouissez-vous de ce que vous participez aux souffrances de Jésus-Christ , afin que vous apparaissiez comblés de joie au jour de la manifestation de sa gloire -. » Écoutons encore là-dessus saint Augustin. « N'espérez pas, dit-il, être sans châtiment en ce monde, à moins que vous ne renonciez à l'héritage du ciel. Dieu frappe tous ceux de ses enfants qu'il chérit (Hebr. xii, 6). Quoi! tous? Oui. Et, de grâce, où prétendez- vous vous cacher pour éviter ses coups? Tous y sont soumis, nul n'en est exempt. Qu'est-ce donc à dire, tous? Celui-là même qui était sans péché , son Fils unique , n'a pas pour cela été exempté de souffrir ^ ». L'Écriture et les Pères tiennent unanimement le même langage. « Le plus sage, dit saint Thomas, c'est celui qui souffre le mieux '^. » Et un philosophe anglais , Young : « Le temps de l'adversité est la saison delà vertu, » — Montesquieu n'a-t-il pas écrit : « L'adversité est notre mère, la prospérité n'est que notre marâtre? » Ajoutons que les souffrances sont une marque de prédestination, et même la plus grande que nous puissions avoir en cette vie, à moins d'une révélation expresse. C'est la tribulation qui fait les grands saints, et Dieu a mené par cette voie tous ceux qui plaisaient à son cœur, quand même leur vocation paraissait, dans l'ensemble, être subordonnée à des desseins providentiels d'autre nature. Saint Ghrysostome est admirable sur ce chapitre. « Il faut, dit-il, qu'un chrétien se tienne sous la main de Dieu à peu près comme une pierre ou comme un marbre qui est sous le ciseau du sculpteur, lequel en veut faire une statue de
1. A Domino corripïmur, ut non cum hoc munclo damnemur. I Cor. XI, 32.
2. Communicantes Christi passionibus gaudete, ut in revelatione glorix ejus gmideatis exultantes. I Pelri iv, 13.