‹ Les douleurs de la vieChapitre 24 sur 292 · August. in psalm. xxxii · texte numérisé non relu

August. in psalm. xxxii

4. Qui est mugis patiens ma gis est sapiens. De Cond. piincipum, 34.

grand prix. Le sculpteur frappe ce marbre; il en enlève, à force de coups, de grandes écailles; il y applique le ciseau à diverses reprises, comme pour rechercher la statue dont il a l'idéal dans sa tête : et ce n"est qu après que ce marbre a été taillé et poli que la figure commence à paraître, qu'on en voit les proportions et qu'on en reconnaît les traits. Or, un chrétien est un homme invisible et caché, dit saint Pierre; et, selon les termes dont l'Église se sert, c'est une pierre vivante entre les mains de Dieu, qui, voulant en tirer l'image de son Fils, enlève tout ce qu'il y a de superflu. Tantôt il en retranche les biens par un procès perdu , tantôt il en ôte le repos par une opiniâtre persécution ; aujourd'hui il l'afflige par une maladie, demain il le frappera dans son honneur par une lâche médisance. Mais ce n'est que lorsque l'homme se soumet à de si rudes coups qu'il est taillé et poli, et qu'on en voit sortir la figure de Jésus-Christ K »

7 La glorieuse sainte Catherine de Sienne, qui vivait au xiv^ siècle, faillit perdre toute patience et toute confiance, dans un temps oii les peines intérieures les plus sensibles l'avaient assaillie et tourmentée. Cependant, aidée par la prière, elle triompha. — « Oîi étiez-vous, Seigneur, quand vous m'avez ainsi laissée? » dit-elle à Jésus. — « J'étais auprès de toi. lui répondit le Sauveur; et j'étais dans ton cœur, prenant plaisir à voir ces combats et la résistance que tu faisais. » Un autre jour, Notre-Seigneur se fit voir à elle tenant deux couronnes en ses mains, l'une toute d'or et étincelante dans sa droite , et l'autre d'épines dans sa gauche, et l'invita à choisir celle qu'elle préférait. Sans délibérer, Catherine s'empare de la couronne de douleur

1. Cité par le P. Vinc. Houdiy, Bïblioth. des Prédicateurs, édit. V PûSlcl, 1. I. p. 86.

« Sous un ciel toujours pur, le cœur ne mûrit pas. »

Lamaf.tine.

AVANTAGES DE l' AFFLICTION. 33

et la presse sur sa tête, afin d'être plus conforme à Jésus crucifié.

Éiéyation. — Mon DiEu, je m'excuse des jeûnes sur la délicatesse de ma complexion ; parfois même , du soin de méditer par le peu d'usage que j"ai de ce genre de prière, ou par le peu d'attrait qu'il m'inspire : qu'ai-je à répliquer aux afflictions que vous m'envoyez? Rien, Seigneur; et, les recevant de votre main , je veux désormais les bénir et les aimer.

« Elle est venue. Seigneur, l'heure de la détresse, et mon âme n'en a pu supporter le poids. J'ai senti toutes mes forces intérieures ployer en même temps sous le fardeau d'une amertume trop grande, un flot de larmes monter tout à coup et jaillir de mes yeux.-

» Dans cette angoisse, dont la violence m'a effrayé, j'ai cherché du secours. J'ai promené mes regards autour de moi ; j'ai cru que tant de soufl'rances finiraient par évoquer un consolateur. Mais j'étais seul , et le consolateur n'a point paru.

» Alors j'ai aperçu ton image, ô Jésus-Christ ! L'instinct du salut m'a jeté vers elle : je l'ai saisie d'une main tremblante, et mon visage baigné de pleurs s'est reposé sur elle. On pleure bien sur ton image, ô divin Crucifié I Les larmes des hommes la connaissent. Il y a entre la croix et les douleurs humaines une éternelle conformité.

» A travers mes larmes, j'ai regardé tes mains percées pour l'amour des hommes , mes lèvres ont rencontré les clous qui attachent tes pieds, et ma main, qui serrait ton image, s'est posée sur la plaie de ton cœur.

» J'ai longtemps baigné^ de pleurs cette croix que tu baignas de ton sang. Je n'ai pas eu la force de prononcer une parole, mais il y avait dans le fond de mon âme celles que toi-même, ô Jésus, tu prononças au moment suprême : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains... Alors la paix est venue, je me suis endormi sur ton cœur, et peu à

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peu lamour a vaincu la souffrance... Jai senti cjue j'étais renouvelé pour le combat, et que ma volonté venait d'être trempée sept fois dans le sang de l'Agneau ^. »

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