CHAPITRE X
Où l'on continue le même sujet.
Nous venons de le voir, au milieu même des rigueurs de l'expiation , le Bon Dieu a placé des consolations immenses. Les souffrances varient selon la culpabilité; elles sont suspendues, très probablement, pendant certains jours de fêtes; les anges gardiens n'abandonnent point ceux dont ils furent chargés; ils les visitent, les exhortent, les soutiennent. L'âme elle-même, comprenant désormais la sainteté de Dieu, éprouve un immense besoin de se dégager des moindres taches, et, malgré ses angoisses présentes, refuserait de paraître souillée devant l'éternelle Majesté. A la vision de sainte Gertrude que nous avons rapportée tout à l'heure ajoutons celle-ci, de la même sainte.
t La sœur de la religieuse qu'elle avait vue au pied du trône de Dieu mourut aussi , dans un âge plus tendre encore, et enrichie, elle aussi, de mérites et de vertus. Elle s'était, entre autres choses, fait remarquer par une vive dévotion envers l'Eucharistie. Pendant que la communauté priait pour cette pieuse enfant , le ciel s'ouvrit devant Gertrude , et elle vit la jeune défunte agenouillée devant le Seigneur, de qui s'échappaient cinq rayons brillants qui allaient atteindre doucement les cinq sens de l'âme ; mais
celle-ci n en avait pas moins quelque tristesse sur le front et paraissait souffrir, S'adressant à Notre-Seigneur, Gertrude osa lui demander comment il pouvait illuminer de la sorte sa bien-aimée servante sans que son bonheur fût parfait. La réponse de Jésus-Christ est digne de toute attention. 11 dit à la sainte que , jusqu'à l'heure présente, la vertueuse enfant était digne seulement de contempler sa divine humanité et de jouir de ses cinq plaies, mais qu'elle n'avait point encore obtenu la vision béatifique complète, à cause de plusieurs taches légères qui lui étaient restées de la terre , et que d'ailleurs elle acceptait son épreuve avec tant de soumission , de bonheur même , qu'elle ne souhaitait point d'en être exemptée avant sa parfaite purification. L'âme fit signe que tels étaient ses sentiments. Dès lors la sainte abbesse s'imposa des prières et des mortifications en faveur de sa chère petite. Celle-ci lui apparut enfin , et lui dit : « Ma dévotion envers l'Eucharistie, pendant que je vivais parmi vous, fait que les fruits du saint sacrifice me sont plus abondamment appliqués. Grâce à vous qui avez tant prié pour moi devant l'hostie sainte, je vais être introduite au séjour de l'éternelle gloire. Bénissez Dieu avec moi. » Gertrude comprit qu'elle avait été exaucée, et s'enflamma d'une nouvelle ardeur pour l'auguste Sacrement ^
Confirmées dans la grâce, n'ayant plus la crainte de pécher, les âmes du purgatoire se perdent, comme en un oc^n , dans la volonté de Dieu. Il leur est doux de souffrir dès que Dieu veut qu'elles souffrent ; elles refuseraient d'être couronnées en dehors de cette volonté adorable, qui est devenue leur vie. Ajoutons , et on vient d'en voir des exemples, qu'elles sont souvent glorifiées en partie^ tout en demeurant retenues au lieu de l'épreuve. Leur ascension se fait par degrés. Mais surtout ce qui leur donne un fond de joie immense, c'est la certitude du salut. Main-