‹ Les douleurs de la vieChapitre 262 sur 292 · Les petits BoUandistes ; Q' édit., t. XItl«, p · texte numérisé non relu

Les petits BoUandistes ; Q' édit., t. XItl«, p

Tabaiidonne point, et il est pour lui plus difficile de tomber dans des fautes graves ; il y a comme un lien puissant qui le retient auprès de Dieu. Ce que nous disons là n'est point une simple théorie, Tcxpérience en démontre la réalité tous les jours. Aussi voyons-nous que les âmes tièdes, les âmes mondaines, les demi-chrétiens, n'ont presque aucune dévotion pour les morts, tandis que les cœurs fidèles et fervents s'occupent d'elles avec un zèle qui ne s'affaiblit pas.

Que dirons-nous de la reconnaissance des âmes délivrées? Pourraient-elles se montrer moins sensibles et moins charitables que nous? A nos bienfaits elles sont obligées de répondre par des bienfaits réciproques. Si nous prenons à cœur leurs intérêts, tenons pours assuré que les nôtres ne leur seront jamais indifférents. Sans doute nous nous acquittons généreusement de ce devoir envers elles pour obéir à notre tendresse, à notre cœur, à notre amour pour Dieu, et sans retour sur nous-mêmes; mais, cette générosité, elles ne sauraient l'avoir à un moindre degré que nous; elles l'ont d'une manière autrement étendue et parfaite. Si nous les aimons, elles nous aiment; elles nous aiment mieux que nous ne les aimons; elles voient plus distinctement, une fois dans le sein du Bon Dieu, ce qui nous est utile, et la reconnaissance leur fait un devoir de le demander pour nous. Du purgatoire même, lorsque le Seigneur permet qu'elles sachent nos besoins, elles élèvent en notre faveur des mains suppliantes. Oh! que de grâces, que de consolation, que de force, nous pouvons obtenir par cette voie, tout en satisfaisant un saint et charitable penchant de notre âme aimante !

La gratitude , mais une gratitude élevée et large comme on la possède près de Dieu, est la vertu des âmes du pur- /atoire, qu'elles y gémissent encore ou qu'elles en aient été délivrées. Elles savent et apprécient, dans la lumière divine , le bien que nous leur avons fait. On a vu plus haut que la Providence ne le leur laisse point ignorer. Les an-

ges, ici, servent d'heureux intermédiaires; les âmes qui arrivent de la terre le leur disent aussi ; et d'ailleurs , ce qui ne saurait manquer de les instruire c'est le soulagement qu'elles reçoivent à la suite de cette intervention. Alors elles se fondent, pour ainsi dire, de reconnaissance. Au livre de Ruth, nous lisons que la sage et tendre Noémi, touchée des bons procédés de ses deux belles-filles et du souvenir qu'elles avaient conservé de leurs maris défunts, leur disait : Que le Seigneur exerce envers vous sa miséricorde, comme vous-mêmes avez eu miséricorde envers nos morts '. Telle est la prière des âmes pour qui nous intercédons; elles aussi implorent pour nous cette bonté éternelle que nous appelons à leur secours. Notre salut leur devient aussi cher que le leur nous la été. « 0 mon Dieu, disent-elles sans cesse, vous voyez ce que fait pour moi ce cœur de fils, de frère, d'époux, d'ami, qui ne m'a point oublié après la séparation ; et il le fait, Seigneur, autant pour votre gloire que pour mon soulagement. Rendez-lui au centuple ce qu'il me donne; ne permettez pas que la tentation soit trop forte autour de cette âme, brisez les pièges du démon, écartez les pierres d'achoppement ! y> Et certainement le Seigneur écoute avec complaisance ces prières , qui sont le triomphe de la communion des saints.

A tel moment de votre vie, si vous la repassez du regard, vous reçûtes du ciel une faveur inespérée, un danger fut éloigné, une obscurité s'éclaircit, une force vous fut donnée : qui sait si vous n'avez pas dû tout cela à telle prière que vous fîtes un jour pour les défunts? Vous désirez obtenir la conversion d'un parent dont le salut vous tourmente? priez pour les âmes du purgatoire. C'est une affaire épineuse, où votre œil intérieur ne voit pas clair, où il y a danger de compromettre votre âme? priez pour

1. Faciat vobiscum Dominus miser icordiam, siciit fecistis cum mor tuis et mecnm. Ruth, i. 8.

les défunts, metlez-les dans vos intérêts. Languisse vous a visité, le chagrin vous oppresse, vous ne marchez plus dans la vie qu'avec des frémissements? priez pour les captifs du purgatoire. C'est la première communion d'un enfant qu'il faut faire bénir par le Ciel, un mariage qu'on souhaite de voir chrétiennement accompli, une démarche décisive à faire? prions pour les âmes du purgatoire, prions avec confiance : elles peuvent beaucoup pour nous, elles feront beaucoup. Oui : car le sentiment de leur gratitude a cela de particulier, qu'il se perfectionne et s'accroît à mesure que leur état devient plus parfait, et dans le ciel il atteindra le degré le plus sublime que puisse inspirer la charité parfaite. Déjà elles peuvent pour nous au milieu de leurs souffrances : que sera-ce dans la gloire?

t C'est, du reste, une question de fait. Denys le Chartreux, de qui nous avons souvent parlé, rapporte que sainte Brigitte entendit, pendant un de ses ravissements, plusieurs de ces âmes dire à haute voix : « Seigneur Dieu tout-puissant, rendez le centuple à ceux qui nous assistent de leurs prières auprès de vous pour nous faire jouir de la lumière de votre divinité ! » — On lit dans la vie de sainte Catherine de Bologne qu'elle avait une dévotion pleine de tendresse pour les âmes du purgatoire ; qu'elle priait pour elles souvent et avec beaucoup de ferveur: qu'elle se recommandait à elles, avec grande confiance , dans ses besoins spirituels, et qu'elle engageait les autres à le faire en leur disant : « Quand je veux obtenir quelque grâce de notre Père du ciel, j'ai recours aux âmes qui sont détenues dans le purgatoire : je les supplie de présenter à sa divine majesté ma requête en leur nom, et je sens que je suis exaucée par leur entremise. »— Un saint prêtre de notre temps, dont la cause de béatification est commencée à Rome, le vénérable Yianey, curé d'Ars, disait à un ecclésiastique qui le consultait : « Oh! si l'on savait combien grande est la puissance des bonnes âmes du purgatoire sur

le cœur de Dieu, et si Ion connaissait bien toutes les grâces que nous pouvons obtenir par leur intercession , elles ne seraient pas tant oubliées. Il faut bien prier pour elles, afin qu'elles prient bien pour nous. >> Que de motifs donc pour embrasser cette consolante et sainte dévotion 1

Oui, conclut l'auteur à qui nous empruntons ce passage ' , si les âmes souffrantes aiment à nous être utiles au milieu de leurs terribles épreuves, que ne feront-elles pas lorsque, leur expiation achevée, elles seront en possession de Téternelle béatitude? Du haut de leur trône resplendissant de gloire, elles jettent les yeux sur la terre : elles nous suivent dans tous nos dangers, et nous portent, en quelque sorte, entre leurs mains pour nous faire éviter les chutes funestes. Si Dieu daignait nous faire connaître une de ces âmes que nous aurions délivrée, avec quelle confiance ne l'invoquerions-nous pas! Quel secours dans nos tentations, quelle consolation dans nos peines, quel soutien à notre agonie! Au jour du jugement, quand il nous faudra rendre compte de notre mission, et de notre fidélité à la remplir, à celui qui nous a envoyés sur la terre, quel avocat , quel intercesseur, nous nous serions ménagé par notre charité ! Et puis, lorsque à notre tour il nous faudra passer par le lieu de l'expiation avant de parvenir à la gloire, quelle puissante protection et quel secours ne serons-nous pas en droit d'attendre de cette âme que nous aurons arrachée au supplice devenu le notre !

Quand Joseph annonça à l'échanson de Pharaon qu'il recouvrerait ses dignités, il lui demanda sa protection pour sortir de la prison où ils avaient gémi sous les mêmes chaînes; mais l'échanson, qui avait tout promis, oublia sa parole. « Il n'en sera point ainsi, dit S. Bernard, des âmes du purgatoire à la délivrance de qui nous aurons eu le bonheur de concourir par nos prières et nos bonnes œuvres : elles ne seront pas ingrates. Ce vice ne se rencontre

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