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L. Surius, Vies des Saints, 19 novembre

2. Cette prière peut servir de formule pour l'acte héroïque de charité.

supplications humbles et ardentes que l'on récite sur le corps apporté devant l'autel; les vêpres des morts faisant partie du bréviaire des prêtres, et ordonnées à certains jours; le Fidelium animœ requiescant in pace terminant chaque heure de l'office; les chapelles construites dans les cimetières pour l'oblation du saint sacrifice; les prières de huitaine, de quarantaine, d'anniversaire; les indulgences attachées , en faveur des défunts , à certaines prières et à certaines œuvres ; et surtout la fête solennelle du 2 novembre, appelée la Commémoration des Morts, où toute l'Église catholique se prosterne devant Dieu, dans une oraison pleine d'espérance , afin d'obtenir grâce pour ses enfants condamnés à l'expiation. Nous voulons parler des associations et œuvres particulières, dont la liste complète serait longue. Ainsi, que de confréries pour les défunts, que d'autels dans les églises ! que d'églises même bâties au nom de leurs nécessités et par une charité toute fraternelle !

Il est même des pays où, pendant la nuit, des veilleurs contre les vols et l'incendie, annonçant à chaque heure l'état de l'atmosphère, ajoutent une invitation à se souvenir des âmes du purgatoire. Cette pieuse pratique, il est vrai, est plus rare, aujourd'hui que le matérialisme obscurcit les esprits et dessèche les cœurs. A Luçon par exemple, en 1536, le chanoine Jean de Bon fondait l'institution suivante : le lundi et le vendredi de chaque semaine, à minuit, un crieur public partait d'une croix élevée dans le pays , pour rappeler à haute voix la mémoire des défunts. — N'est-ce pas aussi pour cela que les cloches de la paroisse annoncent chaque décès , tout chrétien étant de la sorte invité à recommander à la clémence du Seigneur l'âme qui vient de paraître devant son tribunal?

Vers la fin du x^ siècle , un nombre assez considérable dévêques et de pieux ecclésiastiques, émus à la pensée des rigueurs de l'expiation future, s'unirent en congrégation , et firent la promesse suivante , à la face des saints

autels. A la mort de l'un des confrères, tous les autres devaient chanter quarante messes pour le repos de son âme ^ . La maladie seule pouvait dispenser do cet engagement; encore devait-on le remplir dès qu'on recouvrait la santé. On lit encore aujourd'hui la formule de ce beau vœu, gravée sur le marbre, dans Téglise des SS. Gôme et Damien, à Rome.

Or. la pensée d'une confraternité semblable est beau coup plus ancienne, puisque nous lisons dans une lettre de S. Boniface, qui vivait au commencement du viii^ siècle : — « Nous vous avons adressé les noms de ceux de nos frères qui sont récemment décédés, afin que, suivant Tusage reçu, vous vous souveniez d'eux dans vos saintes oraisons , et que vous envoyiez par écrit ces mêmes noms à d'autres monastères, comme nous le faisons aussi chaque fois que nous recevons de votre part, ou des autres monastères, le nom d'un frère défunt. » Il existe plusieurs pièces pareilles de la même époque.

Lorsque , dans une abbaye de France , l'abbé , ou quelque religieux, était sorti de ce monde, on pensait à lui procurer des prières. Il était alors difficile de donner des ailes aux nouvelles, et de les faire arriver à leur but avec la rapidité dont nous fait jouir l'électricité : que faisait-on? Une main pieuse écrivait sur une feuille de parchemin les noms de ceux dont on déplorait la perte : on roulait cette feuille et on la confiait à un frère, qui prenait le nom simple et modeste de porte-rouleau et allait faire son tour de France, s'arrêtant dans chaque monastère. « Pèlerin de la mort, image frappante de cette vie qui n'est qu'un triste

1. Baronius, ^nna/e5 ecclesiastici , anno 984. — On remarquera que ces messes devaient être chantées. C'est, en effet, le plus ancien usage, qui s'est maintenu dans plusieurs provinces de France, comme la Bretagne et une partie de la Normandie, où les fidèles veulent que Ion chante toutes les messes dites pour leurs défunts. D'ailleurs, il y a beaucoup de fêtes, dans l'année, où il n'est point permis de dire une messe des morts à moins qu'elle ne soit chantée.

voyage, ce frère traversait les fleuves, traversait les montagnes, coupait les vallées, murmurant le De profundis, méditant sur la rapidité et les accidents de l'existence humaine. Arrivé à la porte d'un monastère , il frappait avec son bâton, et montrait son rouleau à l'abbé ou au prieur, en disant : « Priez pour nos morts, et inscrivez sur mon rouleau les noms de vos propres défunts : nous prierons pour eux. » C'est ainsi que sur toute la face de l'Europe chrétienne on vit s'établir une belle association de prières, véritable solidarité des âmes régénérées par le baptême ^ . »

Nous lisons ailleurs cette pratique pour se préparer à une bonne mort. Un homme pénétré des jugements de Dieu se représentait, le lundi, qu'il tombait malade, et en tout ce qu'il faisait il s'imaginait que cette maladie pouvait être la dernière. Le mardi, il se conduisait comme si le mal augmentait et lui donnait des craintes. Le mercredi, jour consacré à S. Joseph, il se confessait comme s'il eût dû mourir incessamment. Le jeudi, il recevait la sainte communion dans les sentiments qu'il souhaitait d'avoir pour ce dernier instant. Le vendredi était pour lui comme un jour d'extrême-onction, où il pleurait tous les péchés commis par chacun de ses sens. Le samedi, il se figurait qu'il avait rendu le dernier soupir et qu'on lui donnait la sépulture; et le dimanche il rendait grâces à Dieu et s'offrait à lui pour l'aimer pendant toute l'éternité -.

On ne saurait trop engager les fidèles à se faire inscrire dans l'une des confréries établies en divers diocèses pour le soulagement des âmes du purgatoire. — Quelques-uns obtiennent des PP. Trappistes une lettre de participation aux mérites de leurs pénitences et de leurs prières : après

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