Mois des Morts, par M. l'abbé Lévesque, p
leur mort, cette lettre est renvoyée au monastère, et des prières spéciales ont lieu dans la communauté pour le défunt.
Dans labbaye de Xotre-Dame de Sénanque, au diocèse d'Avignon ordre de Giteaux), fleurit une Associatioti pour le soulagement et la délivrance des âmes du Purgatoire. Les religieux de cette pieuse maison se consacrent d'une manière particulière à concourir, et par des prières quotidiennes et par des œuvres pies, à un acte si charitable. Cette association, canoniquement érigée, a été enrichie de nombreuses indulgences par le souverain pontife Pie IX. Le prieur du monastère en est le directeur, reçoit les associés, prend leurs noms et les inscrit dans les registres. Hommes et femmes en peuvent faire partie. Outre une légère aumône pour les frais de correspondance et les messes qui sont dites , les confrères s'obligent à quelques prières ou exercices de piété selon leurs forces et leurs moyens, ou au moins à la récitati-on journalière d'un Pater et Ave^ suivi du Requiem œtemam dona eis Domine. De plus, dans l'octave des Morts, ou tout au moins dans le courant de novembre, chaque associé récite une fois le chapelet à la même intention, et fait, autant que possible, une communion. — Ajoutons ceci : tous les jours de Tannée, il est célébré, au monastère de Sénanque, cinq messes basses pour les âmes du purgatoire, et plus particulièrement pour les associés défunts, et chaque mois une messe et un office solennels à la même intention. — Les religieux de Sénanque appliquent, en outre, dans le même but, en même temps que pour le bien spirituel des associés vivants, les nombreuses bonnes œuvres, prières, exercices de piété et de mortification, qui se pratiquent dans le monastère. — Il y a indulgence plénière le jour où l'on est inscrit sur les registres de l'association ; une autre le premier dimanche de chaque mois; une autre le jour des Morts; une à l'article de la mort : toutes indulgences applicables aux défunts. — Yoilà, certes, de bien précieux avantages.
Des confréries et archiconfréries du même genre existent à Orléans, à Ang-ers, à Nîmes (à l'hôpital].
A Périgueux, il en est une qui, sous le titre de Culte perpétuel des Morts, s'est rapidement développée, et mérite une mention particulière. On peut y faire inscrire, même à leur insu, les parents ou amis dont le salut intéresse. C'est au monastère de Sainte-Ursule qu'il faut s'adresser, à Périgueux même. L'Œuvre fait célébrer à perpétuité, chaque jour, un certain nombre de messes, qui ont pour second objet d'obtenir la conversion des pécheurs. L'associé participe à tous les biens spirituels des grands ordres religieux et congrégations apostoliques auxquels l'Association est affiliée. Il y a aussi une très modique aumône à faire au moment de l'inscription, et plusieurs prières à réciter chaque jour.
Une autre association, établie à Bourges, en 1864, sous le titre de Société de S. Michel, se propose de rendre plus vive et plus généreuse la dévotion envers les morts, en ajoutant à tous les motifs que nous avons de les assister celui de nous procurer à nous-mêmes la faveur inappréciable de mourir saintement et d'être promptement délivrés du purgatoire. Elle pratique cette dévotion dans ce qu'elle a de plus efficace, l'oblation multipliée du divin sacrifice pour les âmes souffrantes et oubliées. Un mois après son érection, elle pouvait déjà faire célébrer six messes par semaine; elle en fait maintenant célébrer au-delà de dix. Elle est dirigée par un conseil de quinze membres, neuf prêtres et six laïques. Par des offrandes volontaires on forme un capital, dont la rente est employée à faire célébrer le saint sacriOce : 1° pour les associés défunts ; 2° pour les morts de leur famille ou pour ceux qu'on désire particulièrement secourir; un cinquième de ces messes est appliqué à toutes les âmes du purgatoire sans distinction, si ce n'est un souvenir spécial pour les plus abandonnées. — Dès qu'on a reçu avis de la mort d'un associé, on célèbre pour lui personnellement au moins une messe, et il participe
d'ailleurs aux innombrables sacrifices offerts pour toute l'association. — Les avantages sont considérables aux yeux de la foi. 1° On entre en union de prières et de mérites avec un grand nombre d'âmes pieuses et de communautés ferventes. — 2^ En honorant et en invoquant S. Michel, patron de l'œuvre^ on fait un acte de piété filiale envers rÉglise, qui dans nos jours tourmentés a un si grand besoin de l'assistance de son saint protecteur. — 3° On contribue à faire célébrer le divin sacrifice, des centaines de fois par mois . pour les fidèles trépassés. — 4° On se prépare, dans la reconnaissance de ces âmes, et dans le mérite de la charité qu'on exerce à leur égard, des grâces abondantes pour la fin de la vie, et un heureux passage du temps à l'éternité. — 5° On s'assure les plus précieux suffrages après la mort.
L'Association d'Angers, que nous avons indiquée tout à l'heure, est destinée aux ecclésiastiques; elle porte le nom de Société de S. Joseph, et fut fondée en 1861. En 1865, elle comptait déjà 10 000 associés, parmi lesquels 48 cardinaux, archevêques ou évêques, et elle faisait célébrer 7. 000 messes par an pour les prêtres décédés. Elle a été enrichie de faveurs spirituelles et d'indulgences par trois rescrits de S. S. Pie IX. Les PP. Jésuites en sont les directeurs.
t Un modèle de dévotion pour les âmes du purgatoire fut un prêtre du nom de Gratien Ponzoni, archiprêtre d'Arona, patrie de S. Charles Borromée. Il ensevelissait luimême, à l'imitation de Tobie, les pau\Tes et les abandonnés, notamment des soldats de la garnison que la peste avait fait mourir, et dont personne n'osait toucher les corps. Il avait mis plus de zèle encore à leur procurer le secours des derniers sacrements. C'est dans son cimetière de Sainte- Marie qu'il les avait inhumés. Un jour, après l'office du soir, comme il passait auprès de ce cimetière, étant accompagné du gouverneur d'Arona, il aperçut tout à coup un étrange spectacle; et, se tournant vers le gouverneur :
« Voyez-vous, lui demanda-t-il, cette procession de morts s'avançant vers l'église, qui cependant ek fermée? — Oui, répondit le gouverneur : comme vous je vois tout cela, et j'en suis stupéfait. » Assuré dès lors qu'il n'était point sous le coup d'une illusion, le bon prêtre comprit que Dieu permettait à ces âmes de lui faire connaître le besoin qu'elles avaient d'intercession et de prières, et aussitôt il fit sonner les cloches pour convoquer le peuple. Il annonça pour le lendemain un office solennel en faveur des morts, demandant à tous les fidèles d'intervenir par leurs oraisons et leurs bonnes œuvres en une telle occasion. « J'ai lieu de croire, dit-il, que ces âmes sont celles des soldats emportés par la contagion ^ » — Ainsi nos défunts réclament-ils incessamment que nos prières montent vers le ciel pour leur soulagement. Faisons donc tout pour eux.
ÉléTation. — J'entends, Seigneur, les gémissements de ces saintes âmes que votre justice retient dans le lieu de l'expiation et qu'elle purifie par de rigoureux châtiments. 0 Dieu de bonté, ce sont vos enfants qui souffrent, et leur plus sensible tourment est de ne point vous voir. Seigneur, montrez-leur votre visage, et ils seront consolés ^. Ils vous attendent dans une soumission parfaite; votre amour, qui est en eux, ne leur permet ni impatience ni murmure. Mais que cette absence est douloureuse ! que cet exil est affligeant! que cette séparation est dure! Faites, ô mon Dieu, que ma compassion leur soit utile. Si mes prières ne sont point assez pures, si mes œuvres ne sont point assez saintes, pour vous être offertes comme un sacrifice.digne de vous fléchir, ah! du moins voyez couler mes larmes, et jetez les yeux sur Jésus crucifié ; son sang, que vous présente l'Église, crie miséricorde pour ceux qui furent vos servitours. Délivrez-les, Seigneur, et faites que j'évite moimême ces tourments.