‹ Les douleurs de la vieChapitre 4 sur 292 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que cette vie est remplie de misères.

Le grand modèle de la patience ici-bas, Job, qui avait vu toutes les extrémités de l'existence humaine, s'écriait, au milieu de ses douleurs : « Oui, l'homme né de la femme » ne vit que peu de temps, et il est rempli d'une infinité » de misères. Gomme la fleur, il parait, il est foulé aux » pieds; il disparaît comme l'ombre, et jamais il ne peut » rester dans le même état ' . » Et c'est à bon droit qu'un écrivain moderne a dit : « Le cri universel de l'humanité, c'est un sanglot; et quand une langue est riche, c'est en expressions de douleur. » Nous aurons beau nous débattre,

1. Homo naius de mnliere , brevi vivens tempoie , repletur muUis miseras. Qui quasi jlos crjreditur, et conterihir^ et fugit veluC umbra, et mniqvàm in eodem statu pcrmanet. xiy, 1.

nous ne changerons point ces conditions que Dieu nous a faites. Notre type c'est Jésus présenté aux Juifs par Pilate du haut du prétoire : il est couvert de sang, couronné d'épines, déchiré dans tous ses membres : « Voilà l'homme, Ecce homo! » dit le gouverneur romain : il ne savait pas si bien dire. Tel est l'homme durant son pèlerinage sur la terre; c'est nous, nous tous, et sans exception.

Xi la splendeur des positions, ni l'éclat du nom , ni les hauteurs du pouvoir, ni la santé, ni les richesses, ni quoi que ce soit, n'y font : « L'homme est rempli d'une infinité de misères ». Elles se succèdent sans presque d'interruption, naissent les unes des autres. Parcourez tous les pays, interrogez dans toutes les langues, scrutez tous les états : vous ne trouverez personne qui ne se plaigne. Un immense vide est en toute âme, et l'affliction travaille incessamment à le remplir. Le poète peut ici être entendu comme le moraliste : — « Semblable à un miroir brisé , qui se ré- » pète dans tous ses fragments et reproduit mille fois la » même image, le cœur qu'ont déchiré les coups du sort » nourrit longtemps encore toutes ses douleurs. Calme, » glacé , tourmenté par les insomnies , il se flétrit insensi- » blement sans se plaindre : car il n'est point de parole ') pour exprimer ce qu'il éprouve. Le désespoir porte avec lui un principe de vie; c'est une racine qui nourrit ses branches flétries. Les atteintes de la douleur ne seraient ' rien si elles donnaient la mort; mais la vie féconde les o fruits odieux du chagrin : semblables à ces pommes du » lac Asphaltite qui n'offrent que des cendres au voyageur » altéré. Si l'homme comptait ses jours par ses plaisirs, » quelques heures éparses parmi des années entières lui » permettraient-elles de fixer à douze lustres la durée que » donne à son existence le Prophète royal' ? » Et, comme le dit encore quelque part Chateaubriand, « la tristesse est

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