‹ Les douleurs de la vieChapitre 44 sur 292 · Le vénérable Guillaume^ par G. Chevallier, p · texte numérisé non relu

Le vénérable Guillaume^ par G. Chevallier, p

pensée, la fin des choses, et il consola les enfants de Sion dans leur douleur ^ » Que nous serions heureux nous-mêmes si d'un esprit élevé nous considérions toujours la fin de la vie, et cherchions dans l'image de réternité qui nous attend le remède à nos angoisses, à nos tristesses I Le même livre sacré le marque avec grande vérité, « nos âmes sont pressées d'une soif extrême » - : soif de repos, soif de consolation, soif de lumière, soif d'avenir ; le présent ne leur peut suffire, car il n'est jamais sans désenchantement. C'est que, malgré toutes les illusions et tous les vertiges, nous nous sentons créés pour mieux que cette terre, pour durer plus que ce temps ; l'immortel est en nous, quoi que puisse faire la dissipation du monde et des affaires pour ■en étouffer le souvenir.

Dieu ne veut pas que nous nous attachions de cœur à ce qui est si caduc, si passager, si incomplet, si incertain. De-là les appels puissants par lesquels il nous force de regarder vers lui : les contradictions, les chagrins, les maladies, les pertes de toutes sortes, la vieillesse... Mais sommes-nous assez attentifs à ce divin langage? Hélas! par notre légèreté ou notre endurcissement, il ne sert souvent qu'à nous enfoncer davantage dans la dissipation de nos trésors spirituels et des secours ménagés pour notre salut. Soyons plus sages : comme Isaïe, « voyons sérieusement la fin des choses », et dans cette persévérante pensée se trouvera notre force , la sérénité de notre âme , la fermeté d'une conduite raisonnable et chrétienne.

Triste par elle-même est la vieillesse, triste plus encore par les infirmités elles souffrances qu'elle traîne à sa suite. On a vu tomber autour de soi, au courant des années, tous ceux que l'on aimait, avec qui joyeusement on avait com-

1. Splritu marjno vidit ulLirna, et consolatus est Ingénies in Sion. Eccli. XLvii. 27.

2. Quid adhiio reiarâatis? et quid dicUis in his? Anmx ves4rx sïiiunt vehemenfcr. Ibid. u, 32.

VIEILLESSE ET INFIRMITES.

mencé la carrière ; devenu presque étranger au milieu d'une génération nouvelle, on n'est plus guère compris, on comprend moins encore. Le souvenir des belles années, qui ne reviendront plus, semble une amertume à part. Qu'est-ce donc s'il s'y joint le remords, si l'on pressent l'inexorable justice du jugement final? Les forces du corps diminuent et s'en vont, celles de l'esprit s'affaiblissent ordinairement, suivant le mot de Platon : « La vieillesse est un affaiblissement qui s'opère dans l'être animé , et qui est l'œuvre du temps * . » Sur quoi donc s'appuyer alors , si ce n'est sur Dieu?

Et Dieu a fait la tristesse de c*t âge pour notre plus grand bien. C'est un point d'arrêt au seuil de l'éternité, une période de recueillement pour la pensée, de pénitence pour les péchés de la vie, de détachement anticipé et de séparation graduelle. Se révolter contre une telle loi serait insensé ; elle est plus forte que la science , plus forte que le monde. Heureux alors ceux qui, suivant le conseil de S. Jérôme, « ont muni leur jeunesse de préoccupations vertueuses et pratiqué les préceptes du Seigneur : car ils trouvent dans leur âge avancé plus de science , l'habitude leur a rendu le bien plus facile, le temps les fait plus sages, et ils recueillent les fruits les plus doux de leurs anciens travaux-. » Et quant à ceux qui n'ont point d'aussi heureux témoignages de conscience, quelle reconnaissance ne doivent-ils pas à Dieu de leur avoir ménagé ce temps de pénitence et de réparation ! Les jours de la vieillesse sont, à ce titre , extraordinairement précieux, et le pécheur les doit estimer plus, sans comparaison, que ceux d'un âge où, parmi ce qu'il appelait des fleurs de printemps, il sacrifiait misérablement son âme et son sort éiternel.

1. Sencdus est imminutio animafi, à tempore conf/ngens. Définit, vi.

2. Senectus eorum qui adolescentiam sucun honesfis artibus hi.struxerunt, et in Icge Domini meditati sunt, œtate fit doctior, usu tritior, proces.su temporis sapientior, et vetenim studiorum dulcissimos fnictus metit. Epist. ii ad Nepotian.

Voici donc le moment de vous dire :

Il n'est point d'autre félicité ici-bas, l'expérience me l'apprend, que de bien vivre afin de bien mourir; tous les autres plaisirs sont imaginaires et trompeurs. Quels que soient leurs eni\Tements, la santé même est inséparable de l'inquiétude sur sa durée; quelque heureuse fortune qui nous arrive, nous prévoyons le malheur de la privation prochaine, œuvre de la mobilité des choses terrestres. Ne savons-nous pas que tout est fragile, incertain, misérable; que nos poumons sont des horloges marquant les minutes par notre respiration, en attendant que sonne l'heure de la retraite? Et comm% la montre de la vie est un cadran sans aiguilles , on ne peut connaître le temps qu'on a à vivre, chaque moment peut être le dernier. La Providence a voulu que le jour du départ fût incertain, afin que nous fussions toujours disposés à partir. Oh ! que nous devrions, avec un peu de raison, avoir de bonheur à faire les préparatifs de notre voyage , à ne penser jamais à autre chose ! Non, ce n'est point là une pensée triste : une àme innocente et bonne y met son plaisir, en y trouvant son utilité.

Le soleil ne se fait pas moins admirer en son couchant qu à son lever, et, de quelque nuage que l'inconstance du temps le couvre, il conserve toujours son éclat, propre à sa nature et inséparable de lui. 11 en est de même d'une belle âme : on la voit marcher d'un pas réglé aux approches du tombeau où elle doit terminer le temps de son épreuve; et, de quelque disgrâce que les événements viennent troubler son repos , elle demeure immuable sur les fondements qu'elle en a établis à la suite de la vertu.

Quelque longue que soit la vie, dit à bon droit un auteur ancien \ la longueur parait de si courte durée quand le temps en est passé , qu'on n'ose y songer : tant il est vrai qu'on prend cette vérité pour un songe. Ce n'est pas met-

1. La Serre. La Vie heureuse, ou V Homme content. Édit. de 1695,

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