VIEILLESSE ET INFIRMITÉS
tre en usage la raison que de marcher toujours sans penser jamais au lieu oii l'on va, puisque la demeure en doit être éternelle. Tout le monde veut vivre longtemps : le plus ou le moins, en cela, sont inutiles. Quand on vit dans son devoir, une longue vie est un long compte à établir devant un juge clairvoyant et incorruptible.
Quelle douleur, dira le vieillard , de voir ainsi s'abattre mes forces et se perdre ma santé ! — Mon frère, la belle occasion d'expier le mauvais usage que tant de fois vous fîtes de votre santé et de vos forces I
— Tous les miens ont disparu; je suis resté pour mener le deuil de ma famille ; il semble que je sois étranger dans ce monde! — Oui, mon frère, vous êtes étranger; et il vous convient de n'avoir plus d'attache pour ce lieu d'exil qui s'affaisse et vous échappe , mais de tourner votre âme et vos regards vers la patrie où vous retrouverez ceux que vous avez perdus ; là ils vous attendent, là ils vous appellent. Employez vos derniers jours à disposer votre conscience, à redresser vos voies, à prier pour vos défunts, afin que, s'ils ont encore quelque expiation à faire, elle soit accomplie par vos soins. La vraie patrie n'est point celle des corps, mais celle où les âmes se réunissent.
— En même temps que mon cœur s'attriste et se plaint, l'infirmité visite mes sens; je souffre de mille manières, et sans espoir! — Sans espoir! un chrétien ne prononce point ce mot. Félicitez-vous de ce qu'aucun bien terrestre n'est maintenant capable d'exercer sur vous ses séductions; songez à l'autre vie, où la souffrance vertueuse sera couronnée, et, loin de murmurer, acceptez en toute allégresse les épreuves qui achèveront de vous purifier. Encore un peu de courage , et vous êtes admis dans les parvis éternels. Les cheveux blancs sont la marque de la sagesse, les souffrances un gage de miséricorde au tribunal divin. Ah! comment l'oublier?
t S. Alphonse de Liguori, qui vécut près d'un siècle, eut
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une vieillesse tourmentée d'infirmités sans nombre, et pourtant il ne perdit jamais la patience, ni ne fît entendre une plainte ; il n'interrompit même pas ses travaux les plus rudes, quelque aggravation de mal qu'ils lui causassent. Ce fut Lien le plus infirme et à la fois le plus calme des vieillards. A la suite de rhumatismes aigus, sa tête resta tellement inclinée sur sa poitrine les dix-sept dernières années de sa vie, qu'il lui était extrêmement difficile de prendre des aliments. On découmt, après sa mort, que les six vertèbres ne faisaient plus qu'un os solide avec les cartilages qui s'y trouvent. Il est aisé de se figurer la torture d'une telle position. Il fut, en outre, affligé de surdité, de la perte presque totale de la vue et d'une maladie d'entrailles. En voyant ainsi doubler ses maux, il disait tranquillement : « La mort me serre de près ; mais je n'ai point d'autre désir que Dieu seul! Diec seuil Dieu seuil » Oui, Dieu seul, voilà ce que nous crie surtout la vieillesse. Dieu seul!
Un autre modèle parfait est le vénérable fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, M. l'abbé OUer. Quoiqu'il ne fût pas très âgé lorsqu'il mourut, la Providence l'avait soumis . durant plusieurs années , à toutes les souffrances d'un âge avancé , et il y fît briller d'admirables vertus , la résignation, l'humilité, la pénitence, l'amour de Dieu héroïque. Ayant été frappé d'apoplexie , il se livra aussitôt à la plus douce soumission vis-à-vis de Dieu, et aussi envers ceux qui l'entouraient. Non seulement, dit son historien ', il montrait une patience toujours égale dans une si accablante position , mais il souriait agréablement à tous ceux qui lui apportaient quelque chose à prendre , les encourageait à ne le point épargner, et à lui offrir sans crainte tout ce qui répugnait le plus au goût, dès que cela était
1. vie de M. OUer, par M. labbé Failloa, 4^ édit., t. III. p. 441 et suiv.