Paul Seigueret, séminariste de Saint-Suplice, p. 2S
l'ame immortelle. 93
à cette révolte. Ce sont les mœurs qui font les athées et les matérialistes, et non point les convictions puisées dans une méditation sévère. Le pécheur craint la justice divine, et il nie Dieu et lame. Qu'y gagne-t-il? Le repos de sa conscience? Jamais! Elle est plus forte que lui, elle le terrassera, quoi qu'il fasse.
Quelle abominable doctrine, d'ailleurs, que celle qui me laisse sans espérance auprès du cadavre de ma mère ! Tout serait donc fini là, grand Dieu! Est-ce possible ! Ce besoin de bonheur que vous avez mis en moi, et qui jamais n'est ici-bas satisfait, serait donc une amère dérision du Créateur! Né d'hier; ayant conscience de mon existence, à la différence des autres êtres animés, qui subissent passivement et grossièrement la leur; affamé de vivre toujours, et ne comprenant pas que je puisse cesser d'être ; lancé à la poursuite d'un idéal dont l'impossible atteinte fait ma souffrance, mais dont je ne saurais me dégager; doué de ce sentiment moral qui me découvre le bien dans le travail de l'intelligence ou dans la multitude des actions; poursuivi de mes rêves d'immortalité parmi les tombeaux même, et y faisant dans mon langage de perpétuelles allusions, lorsque je parle de dévouement éternel, d'amour éternel, à' éternelle reconnaissance ; me reportant aussi sans cesse à la justice future , alors que me manque celle des hommes ; ayant sous les yeux le triomphe du méchant et l'oppression de la vertu : je passerais de la sorte, sans autre destinée, quelques années misérables, pour ensuite m'engouffrer à tout jamais dans un trou de six pieds de long, où tout descendrait avec moi , bienfaisance ou forfaits , esprit et corps; sens et conscience, pour pourrir de conserve! Non, cela ne se peut si vous existez, Seigneur, car vous être ma cause , et ma vie démontre celle de Dieu.
« C'est ici, dit Chateaubriand, que la nature humaine se montre supérieure au reste de la création, et déclare ses hautes destinées. La bête connait-elle le cercueil et s'inquiète-t-elle de ses cendres? que lui font les ossements
de son père? ou plutôt, ^ait-^?lle qui est son père, après que les besoins de Tenfance sont passés? Parmi tous les êtres créés. Thomme seul recueille la cendre de son semblable et lui porte un respect religieux; à nos yeux, le domaine de la mort a quelque chose de sacré. D'oii nous vient donc la puissante idée que nous avons du trépas? Quelques grains de poussière méritaient-ils nos hommages? Non, sans doute. Nous respectons la cendre de nos ancêtres parce qu'une voix secrète nous dit que tout n"est pas éteint en eux, et c'est cette voix qui consacre le culte funèbre chez tous les peuples de la terre : tous sont également persuadés que le sommeil n"est pas durable même au tombeau, et que la mort nest qu'une transfiguration glorieuse ' . »
Oui, tous l'ont ainsi cru et enseigné, depuis les païens policés jusqu'aux peuplades barbares des îles. Écoutez Platon : — « Être des êtres, j'ai cherché, par la raison que tu mas donnée , à m'élever jusqu'à toi et à l'idée de l'immortalité de mon âme. Il me semble que je me suis jamais écarté de la voie sévère des déductions légitimes ; mais, si ma faible raison m'avait trompé, je ne perdrais pas pour cela toute espérance. Ce n'est plus au nom de ma faible raison que je te demande l'immortalité, c'est au nom de l'humanité tout entière, qui toujours en a senti le besoin, au nom de l'ordre social qui la réclame , au nom de tous les hommes qui comme moi ont sacrifié, et sacrifieraient encore, leur bonheur et leur vie à la loi du devoir. Tromperas-tu les espérances de l'univers , qui croit en toi et à Timmortalité, et qui n'a jamais séparé ces deux sublimes idées?- » — Et Gicéron : « Si ton corps est mortel, toi tu ne l'es pas. Cette forme sensible , ce n'est pas toi : l'âme de l'homme, voilà l'homme ! Apprends donc que tu es divin :