‹ Les douleurs de la vieChapitre 58 sur 292 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Notre corps n'est pas destiné à subir éternellement les outrages de la mort.

Est-ce une vérité que nous ayons besoin de démontrer entre chrétiens? Oui, parfois : car les embarras de la vie nous la font oublier, et il est de triste expérience qu'elle n'entre pour presque rien dans la pensée habituelle du grand nombre. Quoi de plus fortifiant, néanmoins, parmi les combats que nous livrent les sens, et au milieu des amertumes de cette terre ! L'âme doit aller à Diel* aussitôt après sa sortie du corps qui Ta retenue captive sur le terrain de la lutte , mais le corps à son tour sera appelé à partager le sort de Tesprit qui Fanima.

La mort, c'est Témancipation de Tâme , la naissance réelle des justes, comme le dit l'Église dans son office ^ <( Le papillon, avant sa glorieuse métamorphose, souffre, languit , et se traîne dans sa peau de chenille ; et plus le moment de sa beauté et de sa clarté approche, plus il a l'air de souffrir, plus il souffre en effet; mais il ne s'en plaint pas, il sait ce qui l'attend ! Enfin, il est libre ; et alors l'enveloppe reste décolorée, un brin de poussière réuni à d'autres brins de poussière! et lui, lui! il n'y a plus de prison pour lui ; il vole où il veut , et il jouit de tout. Ton àme, ô chrétien, est délivrée ainsi » ^. Et le corps à son

1. Dans la lecture àc Martyrologe, \q]ow.x à^ldi. mort des saints est constamment appelé natalis dies, ^ jour de la naissance ».

2. lîccit iVune saur, par ^1™"=^ Craven; 4« édit., t. II. p. 12.

tour, cette poussière méprisée . aura son heure de reconstitution et d'ascension triomphale.

Dans le même livre d'où nous venons d'extraire ces lignes ^ , se rencontrent de M^'" Gerbet des réflexions précieuses.— «Le monde matériel, écrit-il. n'est que l'emblème, le relief et l'ombre du monde spirituel : c'est une vérité dont aucune tête métaphysique ne saurait douter. Malgré ce parallélisme des deux mondes , il est incontestable que leurs fonctions sont non seulement distinctes mais séparées et divergentes. Ainsi, par exemple, l'acte par lequel mon âme se nourrit de la vérité n'entraîne pas avec lui l'acte par lequel mon corps se nourrit ; le regard de mon âme , recevant la lumière dos idées , n'a pas pour effet de produire la vision par les yeux du corps, ni vice verso.. Or, cependant, si les lois des deux mondes, spirituel et matériel, sont concordantes et parallèles, cette union radicale ne doit-elle pas faire penser qu'ils aspirent à unir leurs fonctions et à se rencontrer dans leurs actes? Il en devra être ainsi dans le ciel. Mais le germe de cette concordance parfaite, la préparation de cet engrènement parfait de l'un dans l'autre , existe déjà sur terre par la communion eucharistique , où l'acte de la nutrition physique est identiquement l'acte de la nutrition spirituelle , où les fonctions du corps sont transformées jusqu'à être identifiées aux fonctions de l'âme. »

Belle et très juste pensée. Oui, notre corps mortel, en s'unissant au corps immortel de Jésus-Christ, s'identifie un germe d'immortalité, celui de la résurrection du Rédempteur-DiEU. La corruption durable ne peut opprimer ce qui est saint -. Comme Jésus, nous ressusciterons sûrement, après les jours marqués pour l'humiliation passagère du tombeau.

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