Henri Perreyre, par le P. A. Gratry; 2« édit., p
car le bois c'est le mémorial de la chute qui nous valut la mort, mais aussi de la rédemption du Calvaire; et, ce bois, il lui faut peu de temps pour tomber en pourriture; et le corps ira se confondre , dans sa décomposition, avec le sol qui l'a reçu, et il ne sera plus qu'une vulgaire poignée de poussière , si même quelqu'un le peut distinguer. Approchez, lisez ces épitaphes : tous les âges, toutes les conditions, toutes les pauvretés, toutes les opulences, toutes les gloires et tous les abandons ! Combien y en a-t-il, dans cette foule innombrable , qui consentiraient à recommencer le pèlerinage de la vie? Peu sans doute, car ils ont vu la \Taie lumière, et celle de ce monde est bien terne! Peu, du moins parmi ceux qui sont morts chrétiennement; car, pour les autres, ah! comme ils voudraient cinq minutes seulement, cinq minutes de cette vie que vous prodiguez à des riens, cinq minutes pour se repentir et obtenir miséricorde !
Or, votre place sera bientôt ici. Bientôt : songez-y; et point de vaine illusion. Bientôt : et ce sera sans retour... Que le voisinage des morts vous rappelle la nécessité de bien vivre, de s'exercer à la vertu, de tenir droite la volonté, afin que jamais, quelles que soient les surprises des sens, elle ne s'incline vers le péché, si léger qu'il paraisse.
Le cimetière, c'est un dortoir : tel est le sens du mot, et c'est le Christianisme qui l'a trouvé. « Oh! le beau nom! s'écrie saint Jean-Chrysostome ; comme il est plein de consolation et de saine philosophie, et comme il est juste! Il est donc vrai, la mort n'est pas la mort, mais un assoupissement et un sommeil passager... Lorsque vous conduirez ici un mort , ne vous désolez pas ; vous ne le conduisez point à la destruction , mais au sommeil. Ce nom suffît pour adoucir votre amertume. Rappelez-vous en quel lieu vous l'apportez : au dortoir! et cela après la mort du Sauveur, qui a rompu tous les liens du trépas ^ » Que