s. Chrvsostome. Homélie xi
mon âme donc meure de la mort des justes^. Au surplus, et en vérité , la terre n'est qu'un vaste cimetière où toutes les générations, ensevelies les unes à côté des autres, à plusieurs couches de profondeur, n'offrent à nos yeux que débris et poussière.
Apprenons là le prix du temps. « Nous mourons tous les soirs , nous renaissons tous les matins ; chaque jour est une vie complète et différente. Cette différence nous échappe, et nous confondons le jour qui luit avec celui qui l'a précédé. Cependant, comme on ne se baigne jamais deux fois dans les mêmes eaux d'un fleuve , on ne se réveille point deux fois dans la même vie. Le fleuve et la vie s'écoulent, et changent sans cesse sans paraître changer. Nous ne remarquons pas ce volume immense des ondes et des jours qui est allé s'abîmer pour jamais dans l'océan des mers et dans celui du temps. Occupés d'amusements frivoles, nous suivons gaîment les flots qui nous entraînent; nous descendons doucement , et les yeux fermés , la pente rapide qui nous mène à la mort. Soudain l'écueil caché sort de l'onde, et se découvre au milieu des vagues blanchissantes. Nous frémissons, l'effroi précipite autour de nous nos regards éperdus : notre âme s'éveille et frissonne dans tous nos sens... 0 désespoir! la frêle barque touche, éclate, se brise et disparaît-, j) Heureux alors celui qui, prévoyant, atout disposé pour que son âme délivrée aborde au port où Dieu couronne , et qui n'a point inutilement dépensé tous les instants de sa vie !
« Crois-tu donc que la mort soit loin de toi? Ne las-tu pas vue déjà voler sur ta tête , et te menacer de frapper bientôt le coup fatal? Où sont ces heures dont le sourire gai te promettait le plaisir? Elles ont couru se perdre dans ce gouffre profond qui ne rend jamais ce qu'il a