SANCHO, LA FEMME DE SANCHO, QUIJADA QUIJADA
Bonjour, Sancho ! qui, comme un écuyer fidèle, Sur ton sage grison, suivant ma haridelle. Timidement, jadis, prenais parti pour moi. Lorsque je combattais, plein d'ardeur et de foi. Les mauvaises raisons qu'entassait un sceptique Railleur, pour ébranler ma confiance antique Dans un noble idéal par lui si détesté. Qu'il voulait l'arracher des cœurs !... Je suis resté Bien longtemps sans venir écouter tes proverbes !
SANCHO
Oui ! J'étais inquiet !... Ma femme a de superbes
Oranges qu'elle veut vous offrir.
LA FEMME DE SANCHO, à Quîjada
Vous scmblez Souffrant.
QUIJADA
Non.
LA FEMME DE SANCHO
C'est la fièvre ! On voit que vous tremblez.
QUIJADA
Ah ! l'on deviendrait fou, je crois, à toujours vivre
Au sein d'un rêve qui vous fait marcher comme ivre.
Sous le rayonnement de sa rouge splendeur.
Fou, de se croire grand de toute sa grandeur,
De croire posséder la beauté qu'il révèle.
De croire qu'elle rend l'amour qu'on a pour elle !
LA FEMME DE SANCHO, bas à SON mari Parle-lui !
SANCHO, à Quijada
Je voudrais dire un mot... d'un projet Que l'on vous prête.
QUIJADA
Eh bien, dis-le !
SANCHO
C'est un sujet Très délicat, très épineux, très difficile... Aussi je vais parler net, comme un imbécile, Comme un rustaud vulgaire, indiscret, qui, tout plat,
Avec naïveté met les pieds dans le plat. On dit que vous allez vous marier !
QUIJADA
Peut-être !
On ne sait pas !
SANCHO
Je vais, moi, vous faire connaître Le noble et large cœur, qu'à tous vous préférez ! D'abord, elle a pour amoureux Pablo Ferez !...
QUIJADA, avec une grande indifférence Vraiment ! Et puis ?
SANCHO
Et puis ? Comme l'autre, pas bête, Ne consentirait pas à lui prêter sa tête. Elle veut vous avoir pour mari !
QUIJADA
Vous mentez !
Ce sont vos sentiments abjects que vous tentez De prêter à la noble enfant... Mais je vous laisse !
LA FEMME DE SANCHO, has à Sancho Vous allez droit au but !
SANCHO, à Quijada
Ma franchise vous blesse !
Je vous prouverai tout, tout, puisque vous doutez ! Et vous aurez la preuve ici-même — écoutez ! — Que son cœur appartient à l'autre !
QUijADA, tr}s dédaigneusement
C'est possible !
SANCHO
Vous comprendrez alors qu'il soit inadmissible Qu'elle vous aime !
QUIJADA
Soit ! — Elle me le dira Quand je demanderai sa main !
SANCHO
Elle n'ira Pas vous montrer le fond de son sac ! Fou, qui compte Sur ce qu'on nomme " honneur des femmes ! "
QUIJADA
J'aurais honte D'écouter plus longtemps de tels propos. Adieu !
SANCHO, arrêtant Quijada
Non ! Laissez-moi prouver qu'elle se fait un jeu De tous vos sentiments, prouver qu'elle vous leurre ! Comprenez donc ! Ils ont, elle et lui, tout à l'heure, Un rendez-vous ici.
QUIJADA, essayant de se dégager Laissez-moi !
SANCHO
Cachez-vous Derrière ce rideau. Vous entendrez les fous Rire de votre amour qu'ils raillent et bafouent, Et vous verrez comment tous deux, de vous se jouent.
QUIJADA
Assez ! Je vous ai trop écouté.
SANCHO
Mais...
QUIJADA
Assez !
SANCHO
Scnor !
QUIJADA
Non, taisez-vous, enfin ! Vous dépassez Les bornes de ce qu'on pardonne à l'ignorance D'un cœur grossier.
SANCHO
Je n'ai qu'un but, qu'une espérance Vous servir !...
QUIJADA
Taisez-vous ! Que vous me proposiez Une lâcheté, soit !
SANCHO
Mais...
QUIJADA
Que vous supposiez Qu'un gentilhomme peut, comme un ignoble drôle. Jouer le misérable et ridicule rôle Du valet qui se cache à l'afFût d'un secret, Soit ! Et vous me jugez d'après vous !
SANCHO
Je suis prêt A prouver...
QUijADA, r interrompant
Mais salir de sentiments vulgaires La noble enfant... Calomnier !... Je ne veux guères, Que l'on puisse, un instant, croire que j'ai prêté L'oreille à vos discours.
LA FEMME DE SANCHO, bdS à Sanc/lO
Ah ! Vous avez été Droit au but, imbécile !
SANCHO, arrêtant Quijada
Un moment ! Je veux rendre Au Senor Quijada, s'il consent à m'attendre. Ce manteau qu'il laissa, par oubli, l'autre soir ! Je vais revenir...
QUIJADA
Bien !
SANCHO, bas à sa femme Jacasse !... Tu vas voir !
(7/ sort)