‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 2)Chapitre 46 sur 50 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

QUIJADA, SANCHO, LE GARDIEN LE GARDIEN, à Saticho

Le voilà, faites vite !

QUIJADA, continuant a rêver

Oui !... Je veux travailler !... — Durant un mois, ils s'amusèrent à railler Le misérable fou...

SANCHO

Senor...

QUIJADA, surpris

Ah !... Vous !..,

SANCHO

Silence !

Senor, pardonnez- Indigne...

moi d'abord la violence

{Humblement)

Êtes-vous

Soit ! C'est bien ! N'en parlons plus ! Comment en ces lieux ? Pourquoi ?

SANCHO

Mais..

. seulement

Pour VOUS délivrer.

QUIJADA

Ah ! oui ! C'est une méprise Terrible, et que je n'ai pas encore comprise !

Je suis heureux ! Je sors d'un songe affreux ! Merci,

Sancho ! Vous me sauvez ! C'était horrible ici !

Parmi ces malheureux ! Je sentais la folie

Dans l'air, autour de moi, sur mon front ! On n'oublie

Point de pareils instants et je n'oublierai pas

Que vous me délivrez, mon bon Sancho !

SANCHO

Plus bas !

QUIJADA

Pourquoi ?

SANCHO, d'un air mystérieux Chut ! — Mon beau-frère est gardien dans la place...

Que craignez-vous ? Pourquoi me parler à voix basse ?

SANCHO

Chut ! — Grâce à lui, j'ai pu, contre les règlements, Pénétrer jusqu'à vous.

QUIJADA

Vous disiez : mes tourments Allaient finir... j'allais être libre !

SANCHO

Peut-être !

Mais laissez-moi parler ! Vous devez tout connaître !

QUIJADA

Oui !

SANCHO

D'abord, vous savez, si l'on vous a muré Dans ce tombeau, c'est que la nièce du curé L'a voulu !

QUIJADA

Ne parlez jamais sans respect d'Elle...

Ou sortez !

SANCHO

Enfin, soit ! soit ! Restez-lui fidèle ! Mais voici ce qu'on dit au village à présent : On avait peur de vous. On crut en vous faisant Enfermer, éviter des querelles... pénibles.

C'est impossible !

SANCHO

Soit !

Arrivent parfois.

Les choses impossibles

Non

QUIJADA

SANCHO

En tous cas, je crois bien Que Von veut vous garder longtemps ici !

QUIJADA

Combien De temps ?

SANCHO

Toujours !

QUIJADA

Toujours !

SANCHO

La chose est évidente !

Il faut fuir !

QUIJADA

Oui ! je veux... mais comment .? Leur prudente Vigilance jamais ne se trouve en défaut ! Il faut fuir ! C'est très bien de dire " il faut !" — Il faut ! Avez-vous le moyen .?

SANCHO

J'ai le moyen !

QUIJADA

Dis vite !

Hâte-toi, Sancho ! Parle ! On peut venir ! Profite De cet instant qui peut ne jamais revenir !

SANCHO

Ne vous agitez pas ! Non ! Nul ne peut venir ! Tous les frères sont là.

(// montre r église.) C'est aujourd'hui la fête Du Prieur, parlons bas, et quiétude parfaite. Car, après le Salut, ils chantent Te Deum. Nous avons un quart d'heure encore, au minimum !

QUIJADA

Parle ! parle ! Sancho !

SANCHO, montrant le gardien

Voici ! Sa femme est lasse De ce métier qu'il fait. Il quitterait sa place. Surtout si l'on consent à le dédommager... Il peut vous laisser fuir, sans risque et sans danger Tout à l'heure !

Comment ?

SANCHO

Tous, et le portier même.

Seront au Te Deum. Vous voyez le problème N'est pas très compliqué. Quand il va commencer Et que vous aurez vu, là, le portier passer Pour se rendre à l'église, il vous suffit de suivre Mon beau-frère, qui, d'un tour de clef, vous délivre ! Une fois dehors...

QUIJADA

Oh ! dehors ! La liberté !

Merci, mon bon Sancho !

SANCHO

Pour être en sûreté.

Vous viendrez chez moi.

QUIJADA

Oui...

SANCHO

Seulement, il demande Un dédommagement... une somme... pas grande... Car il perdra sa place...

QuijADA, hésitant Une somme... d'argent ?

SANCHO

Oui... pas beaucoup... oh ! non ! Il n'est pas exigeant ! Mille douros !...

Hélas ! Je n'ai pas cette somme !

SANCHO

Un mot suffit, lorsqu'il s'agit d'un gentilhomme. Vous la paîrez plus tard, quand vous serez dehors !

QUIJADA

Je n'ai plus rien !

SANCHO

Comment, plus rien ?

QUIJADA

Non !

SANCHO

Mais alors, Les cinq mille douros de la vigne vendue Par vous ?

QUIJADA

Je n'ai plus rien ! Cette somme est... perdue !

SANCHO

Perdue ! Est-il possible ! — Oh ! pardon — je vous crois ! Mais c'est que... je ne puis... il faut...

QUIJADA

Porter ma croix Jusques au bout ! — C'est bien ! — Merci pour la pensée Qui vous vint de m'aider à fuir l'ombre glacée Qui tombe de ces hauts murs noirs ! — Merci !

SANCHO

Je vais Tenter de lui parler pour vous !

{A part, se dirigeant vers le gardien.] Moi qui rêvais Que mon pauvre Alonso... Déception cruelle !

QUIJADA, à part

Je ne regrette rien, puisque c'était pour Elle !

— Oh ! ces gémissements éternels, dans ces cours !...

{Observant Sancho et le gardien.] S'il pouvait consentir !... Tous ces gens, leurs secours Sont à vendre... Il dit non ! La chose est naturelle...

— Je ne regrette rien, puisque c'était pour Elle ! Je ne croirai jamais qu'Elle sache que l'on

M'a jeté dans ce sombre enfer ! Jamais !

[A Sancho, qui revient.] C'est non ?

SANCHO

Il consent !

QUIJADA, avec joie Il consent !

SANCHO

Vous voyez que je plaide

Assez bien ! Il consent à vous prêter son aide Sans dédommagement ! Oui ! Vous n'en direz rien A ma femme !

Ah ! Sancho, merci !

SANCHO, montrant le gardien

C'est ce vieux chien De garde, qu'il vous faut remercier ! Mais comme Vous tremblez !

QUIJADA

Ce n'est rien !

SANCHO

Calmez-vous !

[^A part) Le pauvre homme J'en ai pitié !

QUIJADA, au gardien

Merci, Senor ! Merci ! Merci !

Dante avait oublié ce cercle d'enfer-ci ! Ces cris, ces hurlements, ces éternelles ombres... L'air est plein d'un tumulte étrange d'ailes sombres... Ah ! voir le grand soleil mourir sur ces coteaux Empourprés, autrement qu'entre ces lourds barreaux ! Merci ! Je suis heureux ! Je suis heureux !

LE GARDIEN, a Sancfio

Cet homme S'agite trop.

SANCHO, a Quijada

Allons ! du calme ! Alors c'est comme Je vous ai dit ! N'oubliez pas ! Quand le portier Aura passé là...

(// montre le fond de la cour.

QUIJADA, r interrompant Oui ! oui !

SANCHO

Prenez le sentier Pour vous rendre à l'auberge. Evitez la grand'route...

QUIJADA

N'ayez crainte.

SANCHO

A bientôt !

QUIJADA

A bientôt !

SANCHO, a part

Je m'écoute Beaucoup trop ! Enfin... Bast ! C'est un si vieil ami !

{Il sort.

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