SCENE III
QUIJADA, SANCHO, LE GARDIEN LE GARDIEN, à Saticho
Le voilà, faites vite !
QUIJADA, continuant a rêver
Oui !... Je veux travailler !... — Durant un mois, ils s'amusèrent à railler Le misérable fou...
SANCHO
Senor...
QUIJADA, surpris
Ah !... Vous !..,
SANCHO
Silence !
Senor, pardonnez- Indigne...
moi d'abord la violence
{Humblement)
Êtes-vous
Soit ! C'est bien ! N'en parlons plus ! Comment en ces lieux ? Pourquoi ?
SANCHO
Mais..
. seulement
Pour VOUS délivrer.
QUIJADA
Ah ! oui ! C'est une méprise Terrible, et que je n'ai pas encore comprise !
Je suis heureux ! Je sors d'un songe affreux ! Merci,
Sancho ! Vous me sauvez ! C'était horrible ici !
Parmi ces malheureux ! Je sentais la folie
Dans l'air, autour de moi, sur mon front ! On n'oublie
Point de pareils instants et je n'oublierai pas
Que vous me délivrez, mon bon Sancho !
SANCHO
Plus bas !
QUIJADA
Pourquoi ?
SANCHO, d'un air mystérieux Chut ! — Mon beau-frère est gardien dans la place...
Que craignez-vous ? Pourquoi me parler à voix basse ?
SANCHO
Chut ! — Grâce à lui, j'ai pu, contre les règlements, Pénétrer jusqu'à vous.
QUIJADA
Vous disiez : mes tourments Allaient finir... j'allais être libre !
SANCHO
Peut-être !
Mais laissez-moi parler ! Vous devez tout connaître !
QUIJADA
Oui !
SANCHO
D'abord, vous savez, si l'on vous a muré Dans ce tombeau, c'est que la nièce du curé L'a voulu !
QUIJADA
Ne parlez jamais sans respect d'Elle...
Ou sortez !
SANCHO
Enfin, soit ! soit ! Restez-lui fidèle ! Mais voici ce qu'on dit au village à présent : On avait peur de vous. On crut en vous faisant Enfermer, éviter des querelles... pénibles.
C'est impossible !
SANCHO
Soit !
Arrivent parfois.
Les choses impossibles
Non
QUIJADA
SANCHO
En tous cas, je crois bien Que Von veut vous garder longtemps ici !
QUIJADA
Combien De temps ?
SANCHO
Toujours !
QUIJADA
Toujours !
SANCHO
La chose est évidente !
Il faut fuir !
QUIJADA
Oui ! je veux... mais comment .? Leur prudente Vigilance jamais ne se trouve en défaut ! Il faut fuir ! C'est très bien de dire " il faut !" — Il faut ! Avez-vous le moyen .?
SANCHO
J'ai le moyen !
QUIJADA
Dis vite !
Hâte-toi, Sancho ! Parle ! On peut venir ! Profite De cet instant qui peut ne jamais revenir !
SANCHO
Ne vous agitez pas ! Non ! Nul ne peut venir ! Tous les frères sont là.
(// montre r église.) C'est aujourd'hui la fête Du Prieur, parlons bas, et quiétude parfaite. Car, après le Salut, ils chantent Te Deum. Nous avons un quart d'heure encore, au minimum !
QUIJADA
Parle ! parle ! Sancho !
SANCHO, montrant le gardien
Voici ! Sa femme est lasse De ce métier qu'il fait. Il quitterait sa place. Surtout si l'on consent à le dédommager... Il peut vous laisser fuir, sans risque et sans danger Tout à l'heure !
Comment ?
SANCHO
Tous, et le portier même.
Seront au Te Deum. Vous voyez le problème N'est pas très compliqué. Quand il va commencer Et que vous aurez vu, là, le portier passer Pour se rendre à l'église, il vous suffit de suivre Mon beau-frère, qui, d'un tour de clef, vous délivre ! Une fois dehors...
QUIJADA
Oh ! dehors ! La liberté !
Merci, mon bon Sancho !
SANCHO
Pour être en sûreté.
Vous viendrez chez moi.
QUIJADA
Oui...
SANCHO
Seulement, il demande Un dédommagement... une somme... pas grande... Car il perdra sa place...
QuijADA, hésitant Une somme... d'argent ?
SANCHO
Oui... pas beaucoup... oh ! non ! Il n'est pas exigeant ! Mille douros !...
Hélas ! Je n'ai pas cette somme !
SANCHO
Un mot suffit, lorsqu'il s'agit d'un gentilhomme. Vous la paîrez plus tard, quand vous serez dehors !
QUIJADA
Je n'ai plus rien !
SANCHO
Comment, plus rien ?
QUIJADA
Non !
SANCHO
Mais alors, Les cinq mille douros de la vigne vendue Par vous ?
QUIJADA
Je n'ai plus rien ! Cette somme est... perdue !
SANCHO
Perdue ! Est-il possible ! — Oh ! pardon — je vous crois ! Mais c'est que... je ne puis... il faut...
QUIJADA
Porter ma croix Jusques au bout ! — C'est bien ! — Merci pour la pensée Qui vous vint de m'aider à fuir l'ombre glacée Qui tombe de ces hauts murs noirs ! — Merci !
SANCHO
Je vais Tenter de lui parler pour vous !
{A part, se dirigeant vers le gardien.] Moi qui rêvais Que mon pauvre Alonso... Déception cruelle !
QUIJADA, à part
Je ne regrette rien, puisque c'était pour Elle !
— Oh ! ces gémissements éternels, dans ces cours !...
{Observant Sancho et le gardien.] S'il pouvait consentir !... Tous ces gens, leurs secours Sont à vendre... Il dit non ! La chose est naturelle...
— Je ne regrette rien, puisque c'était pour Elle ! Je ne croirai jamais qu'Elle sache que l'on
M'a jeté dans ce sombre enfer ! Jamais !
[A Sancho, qui revient.] C'est non ?
SANCHO
Il consent !
QUIJADA, avec joie Il consent !
SANCHO
Vous voyez que je plaide
Assez bien ! Il consent à vous prêter son aide Sans dédommagement ! Oui ! Vous n'en direz rien A ma femme !
Ah ! Sancho, merci !
SANCHO, montrant le gardien
C'est ce vieux chien De garde, qu'il vous faut remercier ! Mais comme Vous tremblez !
QUIJADA
Ce n'est rien !
SANCHO
Calmez-vous !
[^A part) Le pauvre homme J'en ai pitié !
QUIJADA, au gardien
Merci, Senor ! Merci ! Merci !
Dante avait oublié ce cercle d'enfer-ci ! Ces cris, ces hurlements, ces éternelles ombres... L'air est plein d'un tumulte étrange d'ailes sombres... Ah ! voir le grand soleil mourir sur ces coteaux Empourprés, autrement qu'entre ces lourds barreaux ! Merci ! Je suis heureux ! Je suis heureux !
LE GARDIEN, a Sancfio
Cet homme S'agite trop.
SANCHO, a Quijada
Allons ! du calme ! Alors c'est comme Je vous ai dit ! N'oubliez pas ! Quand le portier Aura passé là...
(// montre le fond de la cour.
QUIJADA, r interrompant Oui ! oui !
SANCHO
Prenez le sentier Pour vous rendre à l'auberge. Evitez la grand'route...
QUIJADA
N'ayez crainte.
SANCHO
A bientôt !
QUIJADA
A bientôt !
SANCHO, a part
Je m'écoute Beaucoup trop ! Enfin... Bast ! C'est un si vieil ami !
{Il sort.