IO
LE GARDIEN, ûpres quelques instants d'attente, frappant sur r épaule de Quijada.)
Eloignez-vous, avant que Ton n'ait pris l'éveil !
QUIJADA, après un silence, avec égarement
Regardez-les marcher à deux, vers le soleil !
Quelle ivresse trahit l'abandon de sa pose !
Comme son regard luit... Comme son front est rose...
[Ses mains se crispent sur sa poitrine.) Si je criais, le poids, ici, serait moins lourd !
{T>'une voix brisée.) Mon amour, mon amour chérie, ô mon amour, Il va donc t'emporter vers la pourpre et la flamme ! Il va t'avoir ! Avoir ton corps ! Avoir ton âme !
Embrasser tes genoux... dénouer tes cheveux
Et quand tu diras : " Va ! Fais ceci, je le veux !... "
Il pourra s'élancer, indomptable et fidèle.
Et lutter, et souffrir, en songeant : " C'est pour elle ! "
[Fou, les mains crispées sur la poitrine.) Si je criais... Ce poids diminuerait, je crois !
[La raison lui revient^ Comment souriras-tu, mon amour, quand ton roi, Ton élu bien-aimé, fera passer en toi.
Dans l'ardente douceur des suprêmes mystères, Le flamboîment du sang qui court dans ses artères...
{Désespérément. ) Je veux m'enfuir ! Je veux sortir de moi... Sortir De moi... vous m'entendez... Je veux ne plus sentir Ce lent déchirement... cette lente tenaille... Je veux m'enfuir ! Je veux que mon âme s'en aille.
{Les mains sur la poitrine et la gorge.) Mon âme est là qui monte et qui m'étouffe ! Il faut Qu'elle sorte ! — Qu'un cri, qu'un râle, qu'un sanglot Me délivre du poids écrasant qu'est mon âme !...
(// crie... il crie et son cri peu à peu se transforme
en un furieux hurlement forcené.
Quelques gardiens sortent de F église et s'efforcent de s'emparer de lui. Il se débat. On le blesse. Il s'échappe et frénétiquement va se meurtrir le visage aux barreaux^ Finis-en donc d'un coup ! Finis ! Géant infâme !...
[Couvert de liens., il éclate de rire.) Toi qui me fis un cœur qui peut souffrir autant, Dis que ton œuvre est bon. Seigneur, et sois content !