LE COMTE RABELAIS LE COMTE
Enfin !
RABELAIS
Un intestin massif !
LE COMTE
Monsieur !
RABELAIS
Vous n'êtes vous qu'un pauvre intestin grêle ! Ah ! Ah ! Ah ! J'ai parlé d'un cher et doux corps frêle, Et de longs cheveux blonds flottants, qu'un paladin, Couvre de ses baisers et de ses pleurs ! Vieux daim ! Je suis un moine gros et gras, et qui ne pense Qu'à son petit gaster mignonnet, qu'à sa panse, Sa pansinette balourdine, son bedon.
Doux, mignon, Dom Bedon, édredon de dondon. Rond Dom dodu dont on fait dondine aux donzelles ! Je suis un bon curé, gras de tous les saints zèles, Et qui possédera bientôt — noble idéal ! — Autour de son gloutoir un gros fessier facial ! Mon visage aura l'air d'un envers de bedaine ! Qu'est ce que ce curé, dont l'extase soudaine Madrigalise ?. . . Un bon vivant ! Tu vois !. . .
LE COMTE, stupéfait et choqué
Tu vois !
RABELAIS
Parfois l'homme apparaît sous le moine ! parfois
Sous le ventre oublié, l'âme un instant rayonne !
Parfois une fleur bleue, infiniment mignonne.
Dans la grasse prairie où paissent mes oublis
Rit, un instant, parmi les larges pissenlits. . .
Mais je l'arrache ! Je la souille ! je l'insulte !
Je l'immole au cher Dieu, qui possède mon culte !
Et cette fleur, toujours — toujours ! — je la soumets
Au plus invraisemblable outrage : je la mets,
Je la fiche, je la colloque, je la plante,
Je l'enfonce, la main rageuse et violente,
Sous l'autel. . . sous l'autel charnu du dieu Bedon ! Non !. . . La voyez-vous pendre à ce noble envers ?. . .
LE COMTE, très sérieux
{zA Pignon) Je ne comprends pas bien tout ce qu'il me raconte !
RABELAIS, à part Ils vont me croire fou !. . . Tant mieux!. . .
PIGNON, bas
Messire Comte Il est poète !. ..
LE COMTE
Quoi!
PIGNON
C'est son ambition !
LE COMTE
Peuh ! cet homme aurait-il tant de prétention ! C'est un sot !
PIGNON
C'est un cœur excellent ! C'est une âme D'élite. . . mais il faut le connaître !
LE COMTE
Je blâme Le roturier qui fait des vers. Ce passe-temps Sous le bon roi François Premier, depuis le temps Où Charles de Valois fit la cour à la Muse,
Est un passe-temps noble et dont un vilain n'use Qu'en grec, s'il est laïc, qu'en latin, s'il est clerc. La Muse, en France, nous l'anoblîmes !
C'est clair !
Aussi, faire des vers, Messire, je ne l'ose... Et quand j'écris...
LE COMTE
Vraiment ! Vous écrivez !...
RABELAIS
LE COMTE, à T>olly
Quel oison !
En prose
(d^ Rabelais)
Mon ami vous êtes un oison !
RABELAIS
Cousin du cygne alors... Noble comparaison ! Mais vous valez cent fois votre infime confrère !
LE COMTE
Hein ! Je vaux ?
RABELAIS
Cent oisons !
LE COMTE, h Pignon
Il se moque ?
RABELAIS, riant
Au contraire !
LE COMTE
Ah ! — Pour en revenir au plus grave sujet,
Je prétends accomplir mon généreux projet.
Vos commentaires sont superflus, Monsieur Prêtre.
Je fais ce que je veux : toujours ! Je suis mon maître.
Et ce qui me déplaît, c'est que des gens aient l'air,
Sous le prétexte vain que je leur suis très cher,
De vouloir me guider et me montrer la route !
Je ne demande pas d'avis et je n'écoute
Personne ! On m'interdit ce mariage, mais ^
Je n'obéirai pas ! je n obéis jamais !
Bref, vous consentiriez à nous unir .?...
PIGNON, répondant pour Rabelais
Sans doute !
LE COMTE
Ici .?...
PIGNON
Mais oui !
RABELAIS
Non pas !
Où donc .?...
{^as menaçant) On vous écoute !
RABELAIS
Ainsi que le défunt curé l'a toujours fait, A l'Eglise !
SS
LE COMTE
L'Eglise est cy-proche !
PIGNON
En effet !
Nous allons demander les clefs à Dame Rose !