DOLLY, PIGNON
DOLLY, entrant par le fond ^ tenant le billet que lui a apporté Rose
Qu'est-ce donc ?
Vous croyez que je suis seul ici ?
DOLLY, surprise Non?
PIGNON
Regardez-bien !... — Regardez mieux ! — Voici Ouverte là, devant vos yeux, sur cette table, L'œuvre hautaine et forte, en tout point admirable, Où celui que bien haut vous avez proclamé Aimer...
DOLLY
Oui ! d'amitié profonde, il est aimé.
PIGNON, ricanant
Aimer... a ciselé patiemment son rêve.
Depuis bientôt six ans, il travaille sans trêve,
A ce cher manuscrit, raturé largement.
Je vous laisse avec lui. Vous ferez sagement
Pour juger entre nous d'en lire quelques pages.
Bien mieux qu'en ses discours, un homme en ses ouvrages
Met son âme ; la sienne, ici, se révéla :
Si vous voulez la voir tout entière — elle est là ! Lisez !
DOLLY, hésitant^ mais s' approchant de la petite table sur laquelle est posé le livre
C'est mal !
Lisez !
DOLLY, a elle-même
Je ne devrais pas lire !
PIGNON
Lisez !
DOLLY
Oui ! Je lirai... je lirai... je désire Tant connaître le fond de son cœur — et pourtant...
PIGNON
Lisez !
DOLLY
C'est mal !
PIGNON
Vous hésitez ! L'aimez-vous tant Déjà, que vous n'osiez vous pencher sur ses plaies Honteuses...
DOLLY
Taisez-vous !
PIGNON
De les voir étalées Vous pâlissez...
DOLLy, à part J'ai peur !
PIGNON
L'œuvre va réagir, J'espère, et vous allez, ma pauvre enfant, — rougir !
DOLLY
C'est impossible !
(Elle jette les yeux sur le livre, lit. T*uis soudain, elle pousse un cri de dégoût et d'horreur^ Oh ! Non ! Non, ce n'est pas son œuvre ! (Elle se cache le visage dans les mains et repousse le livre)
PIGNON, à part Le voici ! Décampons !,..