‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 3)Chapitre 32 sur 35 · DOLLY, RABELAIS, LA COMTESSE, PIGNON · texte numérisé non relu

DOLLY, RABELAIS, LA COMTESSE, PIGNON

RABELAIS, à part Voyons toujours !...

LA COMTESSE, apercevant Dolly

Cette fille

PIGNON, a part

Ils m'ont Tair D'être encor bien ensemble !

LA COMTESSE, à Dolly

Osez- vous !... Il est clair Que vous devez sortir de toute place où j'entre ! Sortez !

Madame... mais...

LA COMTESSE, à Rabelais

Vous, je sais trop bien qu'entre Mes intérêts de mère et ceux d'une...

RABELAIS, avec fermeté Assez !

LA COMTESSE

Quoi ?

Vous osez.?...

RABELAIS

Vous crier : assez !

PIGNON

Mais...

RABELAIS, menaçant, à Pignon

Restez coi !

Quand on me tente trop, moi, ma vertu succombe !

LA COMTESSE, montrant Dolly

Cette...

RABELAIS, i^ interrompant

N'oubliez pas qu'une insulte retombe Sur qui veut la lancer, imprudemment, trop haut !

Cette fille...

RABELAIS, l'interrompant

Qui vaut, oui, madame, qui vaut Mieux, et mille fois mieux, mille fois, que plus d'une Qui n'a que la grandeur d'une grande fortune Et d'un grand nom !

LA COMTESSE

Tous deux, elle, fortune et nom.

Elle veut les voler ! les escroquer !

RABELAIS

Non!

LA COMTESSE

Non?

Elle m'a pris mon fils !

RABELAIS

Vous VOUS êtes méprise !

LA COMTESSE

Elle m'a pris mon fils 1

RABELAIS

Votre fils l'avait prise Presque de force à ses parents !

LA COMTESSE, iroTiique

Oui... l'on comprend !. Elle m'a pris mon fils !

RABELAIS

Soit ! — Elle vous le rend !

LA COMTESSE

Quoi .?

RABELAIS

C'est ainsi !

LA COMTESSE

Comment ?

RABELAIS

Oui, réflections faites Elle le refuse !

LA COMTESSE

Hein ?

RABELAIS

Elle trouve incomplètes Ses perfections !

LA COMTESSE

Hein ?

RABELAIS

Elle désire mieux !

LA COMTESSE

Mieux que mon fils ! Mieux que... Ce n'est pas sérieux ! Vous mentez !

RABELAIS, furieux

Tout curé que je suis...

{^Se contenant)

Une femme !

Ce n'est pas à Pignon que vous parlez, madame !

LA COMTESSE

Expliquez- vous enfin .?

RABELAIS

Elle reprend sa main !

Votre fils n'a pas su découvrir le chemin De son cœur, elle entend lui rendre sa parole, Et reprendre la sienne !

LA COMTESSE, Juneu se

Et puis ? Mais elle est folle !

Que lui manquc-t-il donc, à mon fils, sotte ?

RABELAIS

Tout !

Et rien si vous voulez ! Il n'est pas à son goût !

LA COMTESSE

Comte... Pair...

RABELAIS

Oh ! mon Dieu, ce n'est point là l'obstacle !

LA COMTESSE

Riche!...

Evidemment, oui !

LA COMTESSE

Sage î

RABELAIS

Comme un oracle !

LA COMTESSE

Beau !

RABELAIS

C'est charmant !

LA COMTESSE

Elégant !

Oui!

Spirituel !

RABELAIS

C'est très joli !

LA COMTESSE

RABELAIS

Vertueux !

RABELAIS

Oui!

LA COMTESSE

Disert, poli, Fin, brave, bon !

RABELAIS

Oui... oui... Toute la kyrielle !

Mais tout cela n'est pas encore assez pour elle !

LA COMTESSE, exaspérée C'est trop fort ! Que veut-elle t

RABELAIS

Hé ! le sait-elle, hélas !

LA COMTESSE

Sotte !

RABELAIS

Mais elle sait ce qu'elle ne veut pas !

LA COMTESSE

Oh ! non !

RABELAIS, bas

Regrettez-vous déjà ce mariage } Vous semblez mécontente?

LA COMTESSE, Jiors d'elle lui tournant le dos Imbécile ! RABELAIS, bas à Dolly

Elle rage !

LA COMTESSE, à Ptgnon Pécore ! Dédaigner mon fils !..

RABELAIS, bas Cl 1>olly

En vérité La bonne dame a l'air follement irrité, Je n'ai pu résister à la méchante envie De picoter un peu son orgueil.

LA COMTESSE, à Pigîjon

De ma vie, Je n'ai vu gens plus sots.

PIGNON, bas

Notre roi dit souvent Qu'un cœur de jeune fille est tel que plume au vent Madame votre sœur l'avait donc bien comprise. Cette petite !

LA COMTESSE

Quoi ! VOUS croyez .?

PIGNON

Il se grise De son succès, et rit de monsieur votre fils !

LA COMTESSE

Le misérable !

PIGNON, à part Bon !

RABELAIS à la Comtesse

J'avouerai que je fis Tout, pour lui ramenef ma difficile nièce...

LA COMTESSE, V interrompant Votre nièce ?

PIGNON

Comment !

RABELAIS

Oui !

LA COMTESSE a Pîgnon

L'impudente pièce !

RABELAIS

Nous avons découvert ce détail.

LA COMTESSE, à Ptgnon

C'est soigné !

RABELAIS

Oui... j'étais de sa mère... un parent... éloigné !

LA COMTESSE

Parent ?

RABELAIS

Frère !

PIGNON, bas a la comtesse Eloigné ! Frère éloigné... Mystère !

LA COMTESSE, ironique à Rabelais Frère éloigné ?...

RABELAIS

Puisqu'elle habitait l'Angleterre !

— Je ne vous cache pas que je serais surpris

Si je n'obtenais pas cette cure, pour prix D'efForts constants, Madame, absolument uniques !

LA COMTESSE

L'espérez-vous vraiment ?

RABELAIS

Les grands seigneurs puniques, — Mais c'est vieux et lointain, ces grands seigneurs ! —

LA COMTESSE

Je sais.

RABELAIS

Ces seigneurs, n'ayant rien des grands seigneurs français, Avaient toujours (le trait n'a rien qui les rehausse !) Deux paroles.

LA COMTESSE

Ah !

RABELAIS

Oui. La trompeuse et la fausse !

On ne les croyait plus beaucoup en général !

{"Bas à Dolly)

Ramper ne sert à rien !

LA COMTESSE, à part

L'impudent animal !

PIGNON, bas a la comtesse

Puisse-t-il ne pas être un sujet de scandale. Bientôt !

LA COMTESSE, à Rabelais

Hé bien, Monsieur, vous et votre idéale... Nièce ! N'espérez point que je vous fasse don Des mille écus, que vaut la cure de Meudon ! Une plume !

[oignon lui en apporte une. — Lisant)

" Je soussigné Charles François^ archevêque de Paris ^ Mandons et ordonnons : notre cher Jîls X... est nommé aux fonctions curiales, a Meudon. Il peut .^ s'il le désire^ se faire remplacer par un ou deux vicaires, à charge d' abandonner aux dits vicaires, la part de revenu qu il jugera convenable. "

{<iA Pignon) Voyons que maintenant j'affixe Votre nom ?

PIGNON, humble Angelot Pignon !

LA COMTESSE

Au lieu de l'X.

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