DOLLY, RABELAIS, LA COMTESSE, PIGNON
RABELAIS, à part Voyons toujours !...
LA COMTESSE, apercevant Dolly
Cette fille
PIGNON, a part
Ils m'ont Tair D'être encor bien ensemble !
LA COMTESSE, à Dolly
Osez- vous !... Il est clair Que vous devez sortir de toute place où j'entre ! Sortez !
Madame... mais...
LA COMTESSE, à Rabelais
Vous, je sais trop bien qu'entre Mes intérêts de mère et ceux d'une...
RABELAIS, avec fermeté Assez !
LA COMTESSE
Quoi ?
Vous osez.?...
RABELAIS
Vous crier : assez !
PIGNON
Mais...
RABELAIS, menaçant, à Pignon
Restez coi !
Quand on me tente trop, moi, ma vertu succombe !
LA COMTESSE, montrant Dolly
Cette...
RABELAIS, i^ interrompant
N'oubliez pas qu'une insulte retombe Sur qui veut la lancer, imprudemment, trop haut !
Cette fille...
RABELAIS, l'interrompant
Qui vaut, oui, madame, qui vaut Mieux, et mille fois mieux, mille fois, que plus d'une Qui n'a que la grandeur d'une grande fortune Et d'un grand nom !
LA COMTESSE
Tous deux, elle, fortune et nom.
Elle veut les voler ! les escroquer !
RABELAIS
Non!
LA COMTESSE
Non?
Elle m'a pris mon fils !
RABELAIS
Vous VOUS êtes méprise !
LA COMTESSE
Elle m'a pris mon fils 1
RABELAIS
Votre fils l'avait prise Presque de force à ses parents !
LA COMTESSE, iroTiique
Oui... l'on comprend !. Elle m'a pris mon fils !
RABELAIS
Soit ! — Elle vous le rend !
LA COMTESSE
Quoi .?
RABELAIS
C'est ainsi !
LA COMTESSE
Comment ?
RABELAIS
Oui, réflections faites Elle le refuse !
LA COMTESSE
Hein ?
RABELAIS
Elle trouve incomplètes Ses perfections !
LA COMTESSE
Hein ?
RABELAIS
Elle désire mieux !
LA COMTESSE
Mieux que mon fils ! Mieux que... Ce n'est pas sérieux ! Vous mentez !
RABELAIS, furieux
Tout curé que je suis...
{^Se contenant)
Une femme !
Ce n'est pas à Pignon que vous parlez, madame !
LA COMTESSE
Expliquez- vous enfin .?
RABELAIS
Elle reprend sa main !
Votre fils n'a pas su découvrir le chemin De son cœur, elle entend lui rendre sa parole, Et reprendre la sienne !
LA COMTESSE, Juneu se
Et puis ? Mais elle est folle !
Que lui manquc-t-il donc, à mon fils, sotte ?
RABELAIS
Tout !
Et rien si vous voulez ! Il n'est pas à son goût !
LA COMTESSE
Comte... Pair...
RABELAIS
Oh ! mon Dieu, ce n'est point là l'obstacle !
LA COMTESSE
Riche!...
Evidemment, oui !
LA COMTESSE
Sage î
RABELAIS
Comme un oracle !
LA COMTESSE
Beau !
RABELAIS
C'est charmant !
LA COMTESSE
Elégant !
Oui!
Spirituel !
RABELAIS
C'est très joli !
LA COMTESSE
RABELAIS
Vertueux !
RABELAIS
Oui!
LA COMTESSE
Disert, poli, Fin, brave, bon !
RABELAIS
Oui... oui... Toute la kyrielle !
Mais tout cela n'est pas encore assez pour elle !
LA COMTESSE, exaspérée C'est trop fort ! Que veut-elle t
RABELAIS
Hé ! le sait-elle, hélas !
LA COMTESSE
Sotte !
RABELAIS
Mais elle sait ce qu'elle ne veut pas !
LA COMTESSE
Oh ! non !
RABELAIS, bas
Regrettez-vous déjà ce mariage } Vous semblez mécontente?
LA COMTESSE, Jiors d'elle lui tournant le dos Imbécile ! RABELAIS, bas à Dolly
Elle rage !
LA COMTESSE, à Ptgnon Pécore ! Dédaigner mon fils !..
RABELAIS, bas Cl 1>olly
En vérité La bonne dame a l'air follement irrité, Je n'ai pu résister à la méchante envie De picoter un peu son orgueil.
LA COMTESSE, à Pigîjon
De ma vie, Je n'ai vu gens plus sots.
PIGNON, bas
Notre roi dit souvent Qu'un cœur de jeune fille est tel que plume au vent Madame votre sœur l'avait donc bien comprise. Cette petite !
LA COMTESSE
Quoi ! VOUS croyez .?
PIGNON
Il se grise De son succès, et rit de monsieur votre fils !
LA COMTESSE
Le misérable !
PIGNON, à part Bon !
RABELAIS à la Comtesse
J'avouerai que je fis Tout, pour lui ramenef ma difficile nièce...
LA COMTESSE, V interrompant Votre nièce ?
PIGNON
Comment !
RABELAIS
Oui !
LA COMTESSE a Pîgnon
L'impudente pièce !
RABELAIS
Nous avons découvert ce détail.
LA COMTESSE, à Ptgnon
C'est soigné !
RABELAIS
Oui... j'étais de sa mère... un parent... éloigné !
LA COMTESSE
Parent ?
RABELAIS
Frère !
PIGNON, bas a la comtesse Eloigné ! Frère éloigné... Mystère !
LA COMTESSE, ironique à Rabelais Frère éloigné ?...
RABELAIS
Puisqu'elle habitait l'Angleterre !
— Je ne vous cache pas que je serais surpris
Si je n'obtenais pas cette cure, pour prix D'efForts constants, Madame, absolument uniques !
LA COMTESSE
L'espérez-vous vraiment ?
RABELAIS
Les grands seigneurs puniques, — Mais c'est vieux et lointain, ces grands seigneurs ! —
LA COMTESSE
Je sais.
RABELAIS
Ces seigneurs, n'ayant rien des grands seigneurs français, Avaient toujours (le trait n'a rien qui les rehausse !) Deux paroles.
LA COMTESSE
Ah !
RABELAIS
Oui. La trompeuse et la fausse !
On ne les croyait plus beaucoup en général !
{"Bas à Dolly)
Ramper ne sert à rien !
LA COMTESSE, à part
L'impudent animal !
PIGNON, bas a la comtesse
Puisse-t-il ne pas être un sujet de scandale. Bientôt !
LA COMTESSE, à Rabelais
Hé bien, Monsieur, vous et votre idéale... Nièce ! N'espérez point que je vous fasse don Des mille écus, que vaut la cure de Meudon ! Une plume !
[oignon lui en apporte une. — Lisant)
" Je soussigné Charles François^ archevêque de Paris ^ Mandons et ordonnons : notre cher Jîls X... est nommé aux fonctions curiales, a Meudon. Il peut .^ s'il le désire^ se faire remplacer par un ou deux vicaires, à charge d' abandonner aux dits vicaires, la part de revenu qu il jugera convenable. "
{<iA Pignon) Voyons que maintenant j'affixe Votre nom ?
PIGNON, humble Angelot Pignon !
LA COMTESSE
Au lieu de l'X.