SCENE X
LES MÊMES, LE COMTE d'eNTRAVES
Mon fils !
LE COMTE
Ma mère !... et vous, Dolly !...
LA COMTESSE
Ça, venez !
LE COMTE
Mais...
LA COMTESSE
Ah ! VOUS arrivez bien, mon pauvre enfant ! Jamais Vous ne devineriez l'invraisemblable insulte, Que vous fait cet indigne de votre culte Insensé !...
LE COMTE
Pardon, mais...
LA COMTESSE, V interrompant
Devinez !... c'est trop fort !
Devinez !... Les enfants qui sans crainte ou remord, Veulent désobéir aux ordres de leur mère. Le Seigneur leur réserve une affreuse, une amère Désillusion !
LE COMTE
Mais...
LA COMTESSE, V interrompant
Le seul, l'unique amour, Est dans le cœur de celle à qui l'on doit le jour !
Mais...
LA COMTESSE, Pinterrompaut Je vous avais dit, moi, toujours, que la fille
Que vous vouliez admettre au sein de la famille Ne vous aimait pas...
LE COMTE
Mais...
LA COMTESSE, l' interrompant
Je vous l'avais bien dit Qu'elle vous tromperait ! Je vous l'avais prédit !
LE COMTE
Mais... mais enfin, ma mère...
LA COMTESSE, l'interrompant
Elle vous trompe ! Elle aime Cette homme-là, tenez. Oui... lui, mon fils ! lui-même ! Ce prêtre qui bientôt aura des cheveux gris. Elle veut vous quitter pour lui...
{^u bout des lèvres^ froidement^ sèchement^ impertinemment le jeune homme éclate de rire. On devine que dans ce petit susurrement^ il exhale toute la somme de gaîté qui peut sortir de lui.)
Quoi!
J'ai compris !
Une autre fois ma mère, inventez une histoire A laquelle je puisse avoir l'air...
(^Son rire le reprend) ...l'air de croire !
[aA T)olly lui tendant la main) Viens Dolly !
Parlez !
RABELAIS, bas à T>oiiy^ rapidement
Suivez-le ! Rien qu'un instant encor.
[Elle met sa main sur le poing du comte et^ après une révérence à la comtesse stupéfaite, se dirige vers la porte.)
LA COMTESSe, à Dollj
{<îA Rabelais) Parlez, parlez, vous !...
RABELAIS, bas
Le silence est d'or !
LA COMTESSE
Parlez !
[Coups de marteaux à la porte)
LE COMTE, qui allait sortir s^ arrête et dit
Qui frappe ainsi ?
[Il reste devant la porte, prêt a sortir durant toute la scène très rapide qui suit, attendant que Von ait ouvert. Coups de marteaux continuels.)
RABELAIS
Votre histoire, madame...
LA COMTESSE, appelant V attention de son fils sur ce que va dire Rabelais
Mon fils
RABELAIS
Est de tout point fausse !
LA COMTESSE
Quoi !
RABELAIS
Sur mon âme, Votre fils eut raison d'en rire noblement : Je suis pour elle un oncle et non pas un amant !
LA COMTESSE, essayant de rappeler son fils Henri !
(e/^ Rabelais) Pardonnez-moi ! Mais parlez ! Parlez vite ?
RABELAIS, bas
Mettez d'abord mon nom.
LA COMTESSE
Avant qu'il ne nous quitte !
RABELAIS, montrant le blanc seing Là : François Rabelais. La parole est d'argent !
LA COMTESSE, a Pignon Cette plume !
PIGNON
Madame, il est trop exigeant !
Monseigneur m'écrivit, tenez voici la lettre.
LA COMTESSE
Que m'importe !
PIGNON
Attendez ! — que vous ne pouviez mettre Son nom sur le blanc seing !
LA COMTESSE
Quoi ! je mettrai le nom
Que je voudrai !
PIGNON
Pourtant !...
LA COMTESSE
Cette plume !
PIGNON, résolument
Non !
LA COMTESSE
Non?
Obéissez
PIGNON
Jamais ! Quand mon devoir l'exige Je ne transige pas.
LA COMTESSE
Cette plume, vous dis-je !
PIGNON
Non ! vous ne l'aurez point pour commettre le mal ! Désobéir à Monseigneur !
LA COMTESSE
Tout m'est égal !
RABELAIS
Ma plume à moi sera moins prude, je suppose.
{Au moment ou il se dispose a aller la chercher^ dame Rose enfin attirée par le bruit du marteau^ a ouvert la porte du fond ^