‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 3)Chapitre 33 sur 35 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

LES MÊMES, LE COMTE d'eNTRAVES

Mon fils !

LE COMTE

Ma mère !... et vous, Dolly !...

LA COMTESSE

Ça, venez !

LE COMTE

Mais...

LA COMTESSE

Ah ! VOUS arrivez bien, mon pauvre enfant ! Jamais Vous ne devineriez l'invraisemblable insulte, Que vous fait cet indigne de votre culte Insensé !...

LE COMTE

Pardon, mais...

LA COMTESSE, V interrompant

Devinez !... c'est trop fort !

Devinez !... Les enfants qui sans crainte ou remord, Veulent désobéir aux ordres de leur mère. Le Seigneur leur réserve une affreuse, une amère Désillusion !

LE COMTE

Mais...

LA COMTESSE, V interrompant

Le seul, l'unique amour, Est dans le cœur de celle à qui l'on doit le jour !

Mais...

LA COMTESSE, Pinterrompaut Je vous avais dit, moi, toujours, que la fille

Que vous vouliez admettre au sein de la famille Ne vous aimait pas...

LE COMTE

Mais...

LA COMTESSE, l' interrompant

Je vous l'avais bien dit Qu'elle vous tromperait ! Je vous l'avais prédit !

LE COMTE

Mais... mais enfin, ma mère...

LA COMTESSE, l'interrompant

Elle vous trompe ! Elle aime Cette homme-là, tenez. Oui... lui, mon fils ! lui-même ! Ce prêtre qui bientôt aura des cheveux gris. Elle veut vous quitter pour lui...

{^u bout des lèvres^ froidement^ sèchement^ impertinemment le jeune homme éclate de rire. On devine que dans ce petit susurrement^ il exhale toute la somme de gaîté qui peut sortir de lui.)

Quoi!

J'ai compris !

Une autre fois ma mère, inventez une histoire A laquelle je puisse avoir l'air...

(^Son rire le reprend) ...l'air de croire !

[aA T)olly lui tendant la main) Viens Dolly !

Parlez !

RABELAIS, bas à T>oiiy^ rapidement

Suivez-le ! Rien qu'un instant encor.

[Elle met sa main sur le poing du comte et^ après une révérence à la comtesse stupéfaite, se dirige vers la porte.)

LA COMTESSe, à Dollj

{<îA Rabelais) Parlez, parlez, vous !...

RABELAIS, bas

Le silence est d'or !

LA COMTESSE

Parlez !

[Coups de marteaux à la porte)

LE COMTE, qui allait sortir s^ arrête et dit

Qui frappe ainsi ?

[Il reste devant la porte, prêt a sortir durant toute la scène très rapide qui suit, attendant que Von ait ouvert. Coups de marteaux continuels.)

RABELAIS

Votre histoire, madame...

LA COMTESSE, appelant V attention de son fils sur ce que va dire Rabelais

Mon fils

RABELAIS

Est de tout point fausse !

LA COMTESSE

Quoi !

RABELAIS

Sur mon âme, Votre fils eut raison d'en rire noblement : Je suis pour elle un oncle et non pas un amant !

LA COMTESSE, essayant de rappeler son fils Henri !

(e/^ Rabelais) Pardonnez-moi ! Mais parlez ! Parlez vite ?

RABELAIS, bas

Mettez d'abord mon nom.

LA COMTESSE

Avant qu'il ne nous quitte !

RABELAIS, montrant le blanc seing Là : François Rabelais. La parole est d'argent !

LA COMTESSE, a Pignon Cette plume !

PIGNON

Madame, il est trop exigeant !

Monseigneur m'écrivit, tenez voici la lettre.

LA COMTESSE

Que m'importe !

PIGNON

Attendez ! — que vous ne pouviez mettre Son nom sur le blanc seing !

LA COMTESSE

Quoi ! je mettrai le nom

Que je voudrai !

PIGNON

Pourtant !...

LA COMTESSE

Cette plume !

PIGNON, résolument

Non !

LA COMTESSE

Non?

Obéissez

PIGNON

Jamais ! Quand mon devoir l'exige Je ne transige pas.

LA COMTESSE

Cette plume, vous dis-je !

PIGNON

Non ! vous ne l'aurez point pour commettre le mal ! Désobéir à Monseigneur !

LA COMTESSE

Tout m'est égal !

RABELAIS

Ma plume à moi sera moins prude, je suppose.

{Au moment ou il se dispose a aller la chercher^ dame Rose enfin attirée par le bruit du marteau^ a ouvert la porte du fond ^

Page 1