‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 3)Chapitre 34 sur 35 · LES MÊMES, LE CHANOINE ROSE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE CHANOINE ROSE

Tiens ! monsieur le chanoine !

PIGNON

Ah ! sauvé !

LE CHANOINE

Dame Rose, Bonjour !

RABELAIS, à part Cela va mal !

LE CHANOINE, apercevant la Comtesse

Vous, madame ! Bonjour Madame la Comtesse ! Excusez, ce faux jour Ne m'avait pas permis...

LA COMTESSE, l' interrompant

Bien ! Bien ! Je vous excuse !

Est-il vrai, dites-moi, l'on voudrait que je n'use De ce blanc seing que sous la réserve d'un nom.?

LE CHANOINE

C'est vrai !

LE COMTE, à Dolly Viens !

DOLLY

Attendons !

PIGNON

Sauvé !

LE CHANOINE

Le droit canon Est formel. Il défend qu'on donne un presbytère Au clerc publiquement accusé d'adultère : Indignum^ prohibet, vitiosumque jus !

RABELAIS, à part Bardé de mots latins, cuisons dans notre jus !

LE COMTE, a Dolly Venez !

DOLLY

Dans un instant !

LE CHANOINE

Désolé !

LA COMTESSE, a part

Quel supplice

RABELAIS, h part Je voudrais bien savoir quelle était ma complice !

LE CHANOINE, bas à la comtesse

Nous devons nous montrer sévères aujourd'hui ! Tous ces réformateurs nous ont grandement nui. Nous voulons expulser les vendeurs de nos temples, Et, sur quelques petits, faire de grands exemples.

LA COMTESSE

Et comment ? De l'Eglise il sera donc chassé ?

LE CHANOINE

Non pas, nous le mettrons pourrir dans l'in-pace !

LA COMTESSE

Quoi ! Pour un adultère !

LE CHANOINE

Oh ! la faute est mignonne...

Mais ce n'est qu'un diacre et... Mais, ce qui m'étonne, Comment connaissez-vous ces détails .?

LA COMTESSE

Par ce mot !

{Fjlle donne au chanoine la lettre que lui remit Pignon)

LE CHANOINE

Oui, c'est bien ! c'est exact...-

LA COMTESSE

C'est ennuyeux !

LE CHANOINE, bas

S'il faut Pour vous servir et pour vous plaire, que je cherche A tendre au malheureux, qui se noie, une perche... Je pourrais essayer...

LA COMTESSE, bas

S'il se peut, faites-le !

LE CHANOINE, bas

J'essaierai !

{Haut) C'est exact, sauf qu'il nous faut au lieu Du nom de Rabelais y lire un nom tout autre !

LA COMTESSE

Un autre nom ?

RABELAIS

Un autre nom !

Quel nom ?

LE CHANOINE

Le vôtre !

PIGNON

Mon nom ?... C'est impossible !

LE CHANOINE

Oh ! de TafFreux péché Il sera temps de vous défendre à l'Evêché, Et j'espère, pour vous, qu'il vous sera possible De vous justifier !

PIGNON

Mais enfin, c'est horrible !

Moi ! Je suis innocent ! Votre enquête...?

LE CHANOINE

J'ai fait Cette enquête, qui m'a prouvé votre forfait !...

PIGNON

Comment ?

LE CHANOINE

Est-ce un aveu .?

PIGNON

C'est une erreur affreuse.

LE CHANOINE

L'erreur serait pour vous, mon cher fils, malheureuse. Un crime qu'on avoue est plus près du pardon. Vous seul, je crois, mon fils, confessez à Meudon .?

PIGNON

Sans doute, mais...

LE CHANOINE

C'est grave, il faut le reconnaître !

PIGNON

Grave !

LE CHANOINE

Très grave !

PIGNON

Mais...

LE CHANOINE

Très !... — Lui qui n'est point prêtre, Comment aurait-il pu pour commettre le mal. Se servir de l'abri d'un confessionnal ? Le confessionnal : un seul vicaire en use... Et c'est vous !

PIGNON

Mais, monsieur le chanoine, on l'accuse D'un attentat auprès et non point dans !

LE CHANOINE

Voilà !... C'est juste !... Mais comment connaissez-vous cela ?... J'ajoute au crime impur, cette lettre anonyme ! Vous vous expliquerez sur les deux : lettre et crime ! Je crains de deviner l'afFreuse vérité ! Tremblez, pêcheur ! Craignez notre sévérité !

LA COMTESSE

Mais alors, Rabelais, si je veux, je le nomme ?

LE CHANOINE

Certes.

LA COMTESSE

Votre plume !

[Pignon lui donne sa plume ; elle signe, donne le papier à Rabelais)

DOLLY, joyeusement Ah!

LE CHANOINE h Rabelais

Soyez sage et saint comme Il convient, mon cher fils, au bon Pasteur !

RABELAIS

Parfait !

Je tondrai mes brebis très proprement

DOLLY, au comte qui essaie de P entraîner

Non fait !

Je ne veux pas me marier ! Je vous en prie Surtout comprenez-moi ! Si je ne me marie Pas avec vous, si fier, si noble et si beau...

Mais...

DOLLY, r interrompant avec vivacité

C'est que, je ne veux pas me marier !... Jamais !

Je vous l'ai dit souvent : je n'aurais été vôtre,

Que contrainte et forcée. A n'importe quel autre,

Comme à vous, Monseigneur, j'aurais tendu les mains.

Ou bien vous épouser, ou bien par les chemins

M'en aller mendier ; ou vous êtes asservie

Ou mourir de misère ; ou vous donner ma vie

Ou bien appartenir à tous: voilà mon choix!...

Oh ! vous méritez mieux qu'une enfant de bourgeois.

Qui vous prend parce qu'elle a manqué de courage

Pour mourir à vingt ans ! — Ne voyez point d'outrage

Dans mon refus. Mon cœur à l'amour est fermé.

Vous êtes noble et beau, vous devez être aimé

Pour vous, être épousé pour votre grand mérite ;

Et puisque moi, je trouve un parent qui m'abrite,

Laissez-moi près de lui vivre paisiblement.

Sans amour... car je hais l'amour, sincèrement !

C'est vrai, je hais l'amour... C'est dans mon caractère...

Les femmes sont ainsi, souvent... en Angleterre !...

(// a tendu le poing à sa mère. Elle y pose la main et sans un mot^ sans un signe ^ sans un regard^ roide et glacé il sort) .

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