LES MÊMES, LE CHANOINE ROSE
Tiens ! monsieur le chanoine !
PIGNON
Ah ! sauvé !
LE CHANOINE
Dame Rose, Bonjour !
RABELAIS, à part Cela va mal !
LE CHANOINE, apercevant la Comtesse
Vous, madame ! Bonjour Madame la Comtesse ! Excusez, ce faux jour Ne m'avait pas permis...
LA COMTESSE, l' interrompant
Bien ! Bien ! Je vous excuse !
Est-il vrai, dites-moi, l'on voudrait que je n'use De ce blanc seing que sous la réserve d'un nom.?
LE CHANOINE
C'est vrai !
LE COMTE, à Dolly Viens !
DOLLY
Attendons !
PIGNON
Sauvé !
LE CHANOINE
Le droit canon Est formel. Il défend qu'on donne un presbytère Au clerc publiquement accusé d'adultère : Indignum^ prohibet, vitiosumque jus !
RABELAIS, à part Bardé de mots latins, cuisons dans notre jus !
LE COMTE, a Dolly Venez !
DOLLY
Dans un instant !
LE CHANOINE
Désolé !
LA COMTESSE, a part
Quel supplice
RABELAIS, h part Je voudrais bien savoir quelle était ma complice !
LE CHANOINE, bas à la comtesse
Nous devons nous montrer sévères aujourd'hui ! Tous ces réformateurs nous ont grandement nui. Nous voulons expulser les vendeurs de nos temples, Et, sur quelques petits, faire de grands exemples.
LA COMTESSE
Et comment ? De l'Eglise il sera donc chassé ?
LE CHANOINE
Non pas, nous le mettrons pourrir dans l'in-pace !
LA COMTESSE
Quoi ! Pour un adultère !
LE CHANOINE
Oh ! la faute est mignonne...
Mais ce n'est qu'un diacre et... Mais, ce qui m'étonne, Comment connaissez-vous ces détails .?
LA COMTESSE
Par ce mot !
{Fjlle donne au chanoine la lettre que lui remit Pignon)
LE CHANOINE
Oui, c'est bien ! c'est exact...-
LA COMTESSE
C'est ennuyeux !
LE CHANOINE, bas
S'il faut Pour vous servir et pour vous plaire, que je cherche A tendre au malheureux, qui se noie, une perche... Je pourrais essayer...
LA COMTESSE, bas
S'il se peut, faites-le !
LE CHANOINE, bas
J'essaierai !
{Haut) C'est exact, sauf qu'il nous faut au lieu Du nom de Rabelais y lire un nom tout autre !
LA COMTESSE
Un autre nom ?
RABELAIS
Un autre nom !
Quel nom ?
LE CHANOINE
Le vôtre !
PIGNON
Mon nom ?... C'est impossible !
LE CHANOINE
Oh ! de TafFreux péché Il sera temps de vous défendre à l'Evêché, Et j'espère, pour vous, qu'il vous sera possible De vous justifier !
PIGNON
Mais enfin, c'est horrible !
Moi ! Je suis innocent ! Votre enquête...?
LE CHANOINE
J'ai fait Cette enquête, qui m'a prouvé votre forfait !...
PIGNON
Comment ?
LE CHANOINE
Est-ce un aveu .?
PIGNON
C'est une erreur affreuse.
LE CHANOINE
L'erreur serait pour vous, mon cher fils, malheureuse. Un crime qu'on avoue est plus près du pardon. Vous seul, je crois, mon fils, confessez à Meudon .?
PIGNON
Sans doute, mais...
LE CHANOINE
C'est grave, il faut le reconnaître !
PIGNON
Grave !
LE CHANOINE
Très grave !
PIGNON
Mais...
LE CHANOINE
Très !... — Lui qui n'est point prêtre, Comment aurait-il pu pour commettre le mal. Se servir de l'abri d'un confessionnal ? Le confessionnal : un seul vicaire en use... Et c'est vous !
PIGNON
Mais, monsieur le chanoine, on l'accuse D'un attentat auprès et non point dans !
LE CHANOINE
Voilà !... C'est juste !... Mais comment connaissez-vous cela ?... J'ajoute au crime impur, cette lettre anonyme ! Vous vous expliquerez sur les deux : lettre et crime ! Je crains de deviner l'afFreuse vérité ! Tremblez, pêcheur ! Craignez notre sévérité !
LA COMTESSE
Mais alors, Rabelais, si je veux, je le nomme ?
LE CHANOINE
Certes.
LA COMTESSE
Votre plume !
[Pignon lui donne sa plume ; elle signe, donne le papier à Rabelais)
DOLLY, joyeusement Ah!
LE CHANOINE h Rabelais
Soyez sage et saint comme Il convient, mon cher fils, au bon Pasteur !
RABELAIS
Parfait !
Je tondrai mes brebis très proprement
DOLLY, au comte qui essaie de P entraîner
Non fait !
Je ne veux pas me marier ! Je vous en prie Surtout comprenez-moi ! Si je ne me marie Pas avec vous, si fier, si noble et si beau...
Mais...
DOLLY, r interrompant avec vivacité
C'est que, je ne veux pas me marier !... Jamais !
Je vous l'ai dit souvent : je n'aurais été vôtre,
Que contrainte et forcée. A n'importe quel autre,
Comme à vous, Monseigneur, j'aurais tendu les mains.
Ou bien vous épouser, ou bien par les chemins
M'en aller mendier ; ou vous êtes asservie
Ou mourir de misère ; ou vous donner ma vie
Ou bien appartenir à tous: voilà mon choix!...
Oh ! vous méritez mieux qu'une enfant de bourgeois.
Qui vous prend parce qu'elle a manqué de courage
Pour mourir à vingt ans ! — Ne voyez point d'outrage
Dans mon refus. Mon cœur à l'amour est fermé.
Vous êtes noble et beau, vous devez être aimé
Pour vous, être épousé pour votre grand mérite ;
Et puisque moi, je trouve un parent qui m'abrite,
Laissez-moi près de lui vivre paisiblement.
Sans amour... car je hais l'amour, sincèrement !
C'est vrai, je hais l'amour... C'est dans mon caractère...
Les femmes sont ainsi, souvent... en Angleterre !...
(// a tendu le poing à sa mère. Elle y pose la main et sans un mot^ sans un signe ^ sans un regard^ roide et glacé il sort) .