‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 4)Chapitre 15 sur 49 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

VOLTAIRE, WAGNER, PIA

Pi A, a Wagner Ah ! Je vous trouve enfin...

VOLTAIRE

pia, énergiq uement Non pas !

Mais...

pia, a Wagner

Que cet écrivain

Sceptique écoute aussi ce que je vais vous dire ! Je désire l'édifier...

VOLTAIRE

Elle désire... ?

Ah!

pi a, à Wagner

Voulons-nous porter, chacun à notre tour, Mon cilice d'acier, durant un demi-jour ! Nous expierions ainsi des désirs... des pensées... Que... dont... qui... par lesquels pourraient être offensées Les lois, les strictes lois, d'une stricte vertu !

WAGNER

Comment ? De tels désirs, mais je n'en ai point eu !

PIA

Vous en êtes certain ?

WAGNER

Oh ! certain !

PIA

Ah ! — Peut-être, Sachant que de pareils désirs, en vous vont naître...

wagner, r interrompant

Quels désirs ?...

PIA

Des désirs... Vous me comprenez bien !

WAGNER

De tels désirs ne naîtront pas ! Ne craignez rien !

PIA

Il me semble — excusez si j'insiste — il me semble, Quand l'on sait que l'on doit faire le mal ensemble...

WAGNER

Comment ? Faire le mal ?...

PIA

Peut-être pas le Mal...

Mais, nous ferons... ce que nous ferons... c'est fatal, Et ce n'est pas très bien, ce qu'il faut se permettre Quand on est mariés...

[Tirant un cilice de sa poche) Marquis, veuillez le mettre !

Expions !

(// prend le cilice, le jette violemment par terre et

tourne la dos a Pia.) Mais...

wagner, à part s éloignant d'elle

La rage au cerveau me montait !

pia, a Voltaire

Qu'a-t-il donc ?

voltaire, bas a Pia.

A l'instant le marquis me contait Que, depuis bien longtemps, il lutte au fond de l'âme, Contre de laids désirs que son confesseur blâme...

Qu'il livre avec succès, des combats incessants, Aux appétits fougueux, effrénés, de ses sens...

PIA

Ciel ! Que me dites-vous ?

VOLTAIRE

Mais que votre présence, Otait toute mesure à sa concupiscence !

PIA

Non ! Quelle horreur !

VOLTAIRE

Hélas ! notre impudique chair Est faible...

PIA

Quelle horreur !

VOLTAIRE

On ne peut l'empêcher De faillir, quand l'Esprit Infernal lui dit : Pèche ! Ici, tantôt, les yeux hagards, la bouche sèche, Il me parlait — je suis son confident — de vous, En termes insensés !

PIA, horrifiée

Non ?

VOLTAIRE

Absolument fous !

Ses caresses seront sans frein et sans mesure !

PIA

Mais nous serons damnés, monsieur, j'en suis trop sûre !

VOLTAIRE

Ah !... Sur l'arbre de vie, ornant nos paradis Terrestres, sont placés bien des fruits interdits !

PIA

Quels fruits ?...

VOLTAIRE

Je ne puis, moi, vous enseigner ces choses... Mais que ne lisez-vous d'édifiantes gloses, Où, des plaisirs maudits, on décrit les noirceurs ?

PIA

Quelles gloses ?

VOLTAIRE

" Péchés secrets pour Confesseurs " !

Par exemple... Un bouquin dont tout bon esprit s'orne... Car quand le Diable vient, on reconnaît sa corne !

PIA

Oui!

Ces ébats charnels sont hasardeux !

PIA

Hideux !

{Elle veut sortir.)

voltaire, ramassant le cilice et le lui tenaant Vous oubliez !... Pour lui, pour vous, mettez-en deux !

Page 1