SCENE III
VOLTAIRE, WAGNER, PIA
Pi A, a Wagner Ah ! Je vous trouve enfin...
VOLTAIRE
pia, énergiq uement Non pas !
Mais...
pia, a Wagner
Que cet écrivain
Sceptique écoute aussi ce que je vais vous dire ! Je désire l'édifier...
VOLTAIRE
Elle désire... ?
Ah!
pi a, à Wagner
Voulons-nous porter, chacun à notre tour, Mon cilice d'acier, durant un demi-jour ! Nous expierions ainsi des désirs... des pensées... Que... dont... qui... par lesquels pourraient être offensées Les lois, les strictes lois, d'une stricte vertu !
WAGNER
Comment ? De tels désirs, mais je n'en ai point eu !
PIA
Vous en êtes certain ?
WAGNER
Oh ! certain !
PIA
Ah ! — Peut-être, Sachant que de pareils désirs, en vous vont naître...
wagner, r interrompant
Quels désirs ?...
PIA
Des désirs... Vous me comprenez bien !
WAGNER
De tels désirs ne naîtront pas ! Ne craignez rien !
PIA
Il me semble — excusez si j'insiste — il me semble, Quand l'on sait que l'on doit faire le mal ensemble...
WAGNER
Comment ? Faire le mal ?...
PIA
Peut-être pas le Mal...
Mais, nous ferons... ce que nous ferons... c'est fatal, Et ce n'est pas très bien, ce qu'il faut se permettre Quand on est mariés...
[Tirant un cilice de sa poche) Marquis, veuillez le mettre !
Expions !
(// prend le cilice, le jette violemment par terre et
tourne la dos a Pia.) Mais...
wagner, à part s éloignant d'elle
La rage au cerveau me montait !
pia, a Voltaire
Qu'a-t-il donc ?
voltaire, bas a Pia.
A l'instant le marquis me contait Que, depuis bien longtemps, il lutte au fond de l'âme, Contre de laids désirs que son confesseur blâme...
Qu'il livre avec succès, des combats incessants, Aux appétits fougueux, effrénés, de ses sens...
PIA
Ciel ! Que me dites-vous ?
VOLTAIRE
Mais que votre présence, Otait toute mesure à sa concupiscence !
PIA
Non ! Quelle horreur !
VOLTAIRE
Hélas ! notre impudique chair Est faible...
PIA
Quelle horreur !
VOLTAIRE
On ne peut l'empêcher De faillir, quand l'Esprit Infernal lui dit : Pèche ! Ici, tantôt, les yeux hagards, la bouche sèche, Il me parlait — je suis son confident — de vous, En termes insensés !
PIA, horrifiée
Non ?
VOLTAIRE
Absolument fous !
Ses caresses seront sans frein et sans mesure !
PIA
Mais nous serons damnés, monsieur, j'en suis trop sûre !
VOLTAIRE
Ah !... Sur l'arbre de vie, ornant nos paradis Terrestres, sont placés bien des fruits interdits !
PIA
Quels fruits ?...
VOLTAIRE
Je ne puis, moi, vous enseigner ces choses... Mais que ne lisez-vous d'édifiantes gloses, Où, des plaisirs maudits, on décrit les noirceurs ?
PIA
Quelles gloses ?
VOLTAIRE
" Péchés secrets pour Confesseurs " !
Par exemple... Un bouquin dont tout bon esprit s'orne... Car quand le Diable vient, on reconnaît sa corne !
PIA
Oui!
Ces ébats charnels sont hasardeux !
PIA
Hideux !
{Elle veut sortir.)
voltaire, ramassant le cilice et le lui tenaant Vous oubliez !... Pour lui, pour vous, mettez-en deux !