‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 4)Chapitre 23 sur 49 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

VOLTAIRE, WAGNER

voltaire, assis, comptant les battements de son pouls

Une... deux... trois... cinq... sept...

wagner, à lui-même, avec accablement

L'épreuve est trop cruelle.

Comment lutter ? Comment ? Fuir? Partir avec elle...? Et puis ?... La voir souffrir, comme on me le disait Le dénument, le froid, la faim...

voltaire

Seize... dix-sept...

Mener dans la misère une existence errante... Pauvre enfant ! Pauvre enfant ! Pauvre amour...

VOLTAIRE

Vingt-neuf., trente..,

WAGNER

Echapper au Destin haineux qui me poursuit Dans la tombe ? Mourir !... Je suis las î

VOLTAIRE

Trente-huit !

WAGNER

Rien à faire ! Rien ! Rien ! Voilà qui m'exaspère... Rien ! Un mur de granit est là, que je n'espère Ni tourner, ni saper, ni gravir... rien, rien, rien ! Mon amour, mon suprême et mon unique bien, Je ne puis même pas la défendre, me battre, Mourir pour Elle !... Oh ! C'est affreux ! {Il pleure .)

VOLTAIRE

Cinquante-quatre !

WAGNER

Ne rien pouvoir ! Ne rien pouvoir !... mais rien ! Rien ! Rien voltaire, a lui-même avec satisfaction

Malgré tous ces tracas, notre pouls bat très bien ; Très régulièrement.

wagner, avec accablement

(A Voltaire.)

Sublime génie

Au secours ! Je me meurs ! Et dans mon agonie Je tends les mains vers vous ! Vous êtes si puissant

VOLTAIRE

Vous parlez haut et fort, pour un agonisant !

Ne nous démenons pas ! La fièvre, le délire,

Cela n'est bon qu'en vers, pour rime à lèvre ou lyre !

Soyons ardents... mais froids !

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