SCENE I
VOLTAIRE, WAGNER
voltaire, assis, comptant les battements de son pouls
Une... deux... trois... cinq... sept...
wagner, à lui-même, avec accablement
L'épreuve est trop cruelle.
Comment lutter ? Comment ? Fuir? Partir avec elle...? Et puis ?... La voir souffrir, comme on me le disait Le dénument, le froid, la faim...
voltaire
Seize... dix-sept...
Mener dans la misère une existence errante... Pauvre enfant ! Pauvre enfant ! Pauvre amour...
VOLTAIRE
Vingt-neuf., trente..,
WAGNER
Echapper au Destin haineux qui me poursuit Dans la tombe ? Mourir !... Je suis las î
VOLTAIRE
Trente-huit !
WAGNER
Rien à faire ! Rien ! Rien ! Voilà qui m'exaspère... Rien ! Un mur de granit est là, que je n'espère Ni tourner, ni saper, ni gravir... rien, rien, rien ! Mon amour, mon suprême et mon unique bien, Je ne puis même pas la défendre, me battre, Mourir pour Elle !... Oh ! C'est affreux ! {Il pleure .)
VOLTAIRE
Cinquante-quatre !
WAGNER
Ne rien pouvoir ! Ne rien pouvoir !... mais rien ! Rien ! Rien voltaire, a lui-même avec satisfaction
Malgré tous ces tracas, notre pouls bat très bien ; Très régulièrement.
wagner, avec accablement
(A Voltaire.)
Sublime génie
Au secours ! Je me meurs ! Et dans mon agonie Je tends les mains vers vous ! Vous êtes si puissant
VOLTAIRE
Vous parlez haut et fort, pour un agonisant !
Ne nous démenons pas ! La fièvre, le délire,
Cela n'est bon qu'en vers, pour rime à lèvre ou lyre !
Soyons ardents... mais froids !