‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 4)Chapitre 7 sur 49 · LES MEMES, VIVIANE · texte numérisé non relu

LES MEMES, VIVIANE

(Dix-sept ans, très mutine, très remuante. Elle entre en courant et en riant.)

VIVIANE

Ah! Ah! Ah!.. Toi! c'est toi, Wag! mon bon Wag,... c'est toi!

(Remarquant seulement Voltaire.) Pardon Monsieur !

(Son rire la reprend.)

Ah ! Ah ! Non, c'est plus fort que moi ! Je ris!.. L'excellent tour! Ils sont à ma poursuite! Cache-moi ! Dis ! Veux-tu ? Viens Wag ! Cachons-nous vite ! Cachons-nous ! cache-moi ! Vite ! Allons ! N'importe où ! Mon duché pour un trou... pour un tout petit trou...

(S' apercevant enfin de r air sérieux de Wagner?) Quel air grave ! Qu'as-tu ?

wagner, solennel, montrant Voltaire

Ma chère oiselle espiègle, Inclinez-vous bien bas, vous êtes devant l'aigle !

voltaire, protestant Dire : un aigle ! en montrant un pauvre vieux monsieur... wagner, / ' interrompant

Voltaire î

Oh

viviane, surprise

voltaire, a Wagner

Plus de feu dans le bel œil rieur...

Criminel... criminel voulez-vous bien vous taire !

(a Viviane.) Un vieux singe empaillé cet aigle de Voltaire... Expliquez-nous pourquoi vous vouliez vous cacher...

VIVIANE

Oh ! non !

VOLTAIRE

Je vous en prie !

VIVIANE

Oh!

(Son rire la reprend.)

Oui ! Je vais tâcher...

Lorsque nous nous trouvions à moins d'un quart de lieue Du château, je devais passer ma robe bleue, (La robe des amours, la robe des attraits !)

Dans un second carrosse, arrangé tout exprès,

Et qui suivait le nôtre, en boudoir de voyage...

Recevoir des salams et des discours m'enrage,

Et j'avais parié que ceux du premier jour,

Je les tuerais dans l'œuf, par quelque excellent tour.

A peine en mon boudoir-carrosse m'eut-on mise,

Qu'éloignant un instant notre soubrette Lise,

Du carrosse arrêté je sors en tapinois.

Je m'esquive sans bruit, me glisse dans le bois

Et pénètre au château par les communs. Personne

Ne me voit. La canon gronde. Le bourdon sonne.

Notables, magistrats autour du duc rangés,

Attendent le carrosse importants et figés

En de pénibles airs de lourde fausse joie.

Moi — ce fut merveilleux ! — sans que nul ne me voie,

Je me glisse au-dessus du porche principal...

Là, dominant le groupe auguste, j'avais mal

A me tenir de lui crier dans les perruques :

" Hé gros bonnets ! Je suis à deux pas de vos nuques !

" Vous êtes sous le feu de mes regards divins !

" Du fond de l'œil-de-bœuf, je vois vos dos bovins ! ':

Enfin notre carrosse au coin de l'avenue

Paraît. Sensation. Changement de tenue :

Dos dérondis, cols redressés, jarrets cambrés.

Puis tirant un papier où l'on a dénombré

Mes vertus, mes beautés, mes mérites, mes charmes,

Sans remarquer ou mon absence, ou les alarmes

De ma mère, le gras et lourd burguemeister

Commence à seriner poussivement cet air :

{Saluant d'un air gauche après chaque mot.) " Votre Altesse merci,

" D'avoir choisi tl De vivre ici...

" J'en suis si " Désépaissi, " Que j'en cousis " Tout cramoisi, •• Le discours si Lt Bien réussi,

" Que voici !..

" Patata — Patati, " Comme je suis gentil, " Vous aussi !...

Il faisait des saluts, tanguait des deux épaules, Disait si drôlement, des fadaises si drôles, A mon Altesse absente, à mes charmes lointains, Que je ne sais vraiment comment j'y tins... J'y tins Si peu d'ailleurs, que l'un des laquais de son siège, Comme je me pâmais, remarqua le manège... Il pousse un cri : Chacun regarde et puis...

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