‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 5)Chapitre 37 sur 37 · LE CYCLE DES DOUZE GÉNIES · texte numérisé non relu

LE CYCLE DES DOUZE GÉNIES

Le Cycle des Douze Génies doit, dans la pensée de l'auteur, évoquer une suite d'époques essentielles de la vie morale de l'Humanité, en plaçant chacune de ces époques dans la lumière que projette un grand esprit qui l'éclaira.

Dans la nuit implacable et définitive des siècles morts, nous pouvons voir autour de certains foyers de clarté, un cercle de faces humaines que le néant et la nuit n'ont pas encore submergées. C'est ce cercle de faces toujours vivantes dans la clarté d'Homère, de David, d'Ezéchiel, de Démosthènes, de l'Apôtre Paul, de Juvénal, de Rabelais, de Cervantes, de Shakespeare, de Voltaire, de Byron et de Victor Hugo, que montrera le Cycle des Douze Génies. Les personnages que l'oeuvre de ces hommes de génie fait voir, entrevoir ou supposer se dresseront ainsi autour d'eux. Si certains, comme le Quijada que calomnia Cervantes, où la Bérénice que salit Juvénal, apparaissent un peu vengés peut-être de la déformation que leur fit subir un injuste génie — si, d'autres comme l'Hélènêh d'Homère et le Javert de Victor Hugo se montrent au contraire dépouillés des grossissements que leur firent subir de prestigieux illusionnistes, c'est que la volonté de l'auteur fut d'être avant tout réel, vivant et vrai. Avant d'être des Demi-Dieux, les Douze furent de grands Hommes. Avant d'être de grands Hommes, ils furent des Hommes — simplement.

On a cru que dans certaines éditions des premières pièces publiées du Cycle, l'auteur avait voulu définir les douze caractères qu'il a choisis, parce qu'il avait cru pouvoir souligner leurs noms d'un trait qui, d'après lui, exprime essentiellement l'œuvre, l'homme ou l'époque. Telle ne fut jamais son intention. Lorsqu'il ajoutait au nom d'Homère la mention " l'enthousiasme devant la Beauté ", il voulait simplement dire que le poème consacré à Homère mettrait en lumière le culte enthousiaste que l'Hellas eut pour la Beauté. Il n'entendait nullement définir et caractériser l'œuvre du Divin Rhapsode. D'ailleurs il ne répétera plus ici ces formules incomplètes et obscures. Les douze Poèmes seront bientôt tous publiés. Leur signification et leur diversité ne pourront plus échapper à personne.

Qu'il lui soit seulement permis de protester contre une idée qu'on lui

prêta et qui ne fut jamais la sienne : celle *' de dresser douze statues colossales le long de la route ou passe l'Humanité. " Profond malentendu ! Il n'a jamais voulu, il n'a surtout jamais promis à ceux qui veulent bien lui faire l'honneur de s'intéresser à son travail, que d'évoquer — une évocation n'est pas un portrait ! — ces grandes figures qu'il a choisies. Loin d'être les douze groupes similaires d'une espèce de " Sièges-Allée " les Douze Statues différent non seulement par l'expression de la physionomie évoquée, mais encore par la matière dont ces statues sont faites.

Si l'on voulait lui pardonner quelque complaisance à parler de son oeuvre, il dirait que son rêve fut de consacrer à Homère un bas relief de marbre rehaussé de peinture, à David une statuette d'or, à Ezéchiel quelques coups de ciseau dans un bloc de granit, à Démosthènes un mausolée en marbre Pentélique, à l'Apôtre Paul une de ces mosaïques naïves et hiératiques, chères à Byzance, à Juvénal un buste en marbres polychromes, à Rabelais une effigie en cœur de chêne, à Cervantes un médaillon en terre cuite, à Shakespeare deux moulages d'un même profil vu sous deux angles différents, à Voltaire un groupe symbolique d'après Houdon, à Lord Byron un bronze d'après Canova, à Victor Hugo un plâtre d'après Rodin.

Hélas ! du plâtre ! Tout cela ne sera jamais que du plâtre... Notre langue, la plus imparfaite des grandes langues Européennes, à côté des lingots d'or du latin, des blocs de Pentélique du grec, des tables de bronze de l'Allemand, des plaques de cristal ou l'Anglais décompose la lumière, notre langue ne fournit à l'artiste qui veut s'en servir que le plâtre de ses pléonasmes et de sa pauvreté...

ACHEVÉ D'IMPRIMER LE VINGT-SEPT OCTOBRE MIL NEUF CENT ONZE PAR " THE ST. CATHERINE PRESS LTD " QUAI ST. PIERRE, BRUGES BELGIQUE

BINDING SECT. SEP 3 1970

PQ Du Bois, Albert, comte

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