‹ Les douze génies [poèmes scéniques]Chapitre 14 sur 16 · LE RHAPSODE D ATHENES · texte numérisé non relu

LE RHAPSODE D ATHENES

Chaque ville d'Hellas, vers le divin Homère Envoie, ambassadeur sacré de la Chimère, Son plus savant rhapsode, afin d'avoir par lui Un reflet de cette âme où le génie a lui. Et Sparte, qui pourtant hait un art qu'elle nie, Sparte vient à son tour honorer le génie.

(S^ avançant vers le Spartiate^ qui se tient grognon, seul^ a r écart. — Très cordial.")

Salut ! Je suis Klétos, rhapsode athénien... C'est bien qu'on puisse voir parmi nous Sparte !

LE RHAPSODE SPARTIATE, impassiblement

Bien.

KLÉTOS

J'aime la profondeur de l'âme Laconique. Cette âme a sa beauté, sévère, haute.

LE RHAPSODE %VAKTiA.T^,Jièrement

Unique !

KLÉTOS

Oh ! Ce n'est pas toujours celui qui parle haut Qui porte en lui le cœur le plus poétique...

LE RHAPSODE SPARTIATE, trh convaincu

Oh !

KLÉTOS, flatteur

Observer en silence est un rare mérite Et souvent qui se tait, de qui bavarde...

LE RHAPSODE SPARTIATE, scandant le mot

hérite !

KLÉTOS, riant

Si je vous écoutais — mais vous me déroutez ! — Un poète grandit à se taire...

LE RHAPSODE SPARTIATE, treS net

Ecoutez !

{Il s'éloigne^

KLÉTOS, au deuxième Rhapsode, un peu déconfit

Sans doute, ils n'ont qu'un pied, les vers de ce rhapsode. Et pour bien des sujets, c'est d'un art incommode.

[Hé le ne h et Kalos sont restés ensemble dans le coin du théâtre le plus rapproché de la maison. Ils causent tendrement, tandis que peu a peu une foule de rhapsodes s'est groupée autour du trône.)

KALOS, apercevant Homère au dehors Faut-il se prosterner ? Voilà leur dieu, là-bas !...

(Homère est devenu le blanc vieillard majestueux de la légende. Il entre soutenu et guidé par deux jeunes gens et entouré d'un cortège d'admirateurs. Tous les rhapsodes groupés autour du trône se pressent sur ses pas et il pose les mains sur le front de quelques-uns d'entre eux, tandis qu'il se dirige vers le trône. — Un instant, il s'arrête.

Kalos a pris la main d'Hélène h, l'a portée à ses lèvres, l'a bruyamment baisée — et les grands yeux aux orbites creuses, pleins d'une flamme rouge

se sont comme posés sur lui. — Uéphebe a peur : il murmure a sa maîtresse ;)

KALOS

Oh ! Ces yeux morts !,.. Est-on bien sûr qu'il ne voit pas ?

UN RHAPSODE quatid Homère s'est assis

Père, il est parmi nous deux figures nouvelles :

Les beaux rêves qu'en mots chanteurs tu nous révèles,

Sparte et Khos ont voulu les connaître à leur tour.

(hes deux Rhapsodes envoyés par Sparte et par Khos se sont avancés jusqu'au pied du siège sur lequel est assis le vieillard^

HOMERE

Soyez les bienvenus !

KALOS, a Héleneh Souris-moi, mon amour !

Père!

Parle

HOMERE

En l'honneur de Sparte la farouche, Pouvons-nous demander d'entendre de ta bouche Ces vers où tu montras Akhilleus, casqué d'or. Attachant à son char le cadavre d'Hector ? Montre-nous le vainqueur, sur son char de victoire, Roide, bombant le torse en avant, la mâchoire

Massive, contractée et Tceil fixe et dur, l'œil Noir, insondablement, d'insolence et d'orgueil. Montre-nous, les talons percés par des lanières, Le corps au front sanglant qui bondit sur les pierres, Le corps aux bras traînants, inertes. Fais-nous voir A l'endroit des remparts dominant le Lavoir, Près de la Double-Source et de la Porte Scée, Les femme des Troyens, blanche foule oppressée Par l'horreur du destin de leur jeune lion. Montre-nous, sur les murs funèbres d'Ilion, Dans le soir rouge où son manteau de pourpre flotte, Priam, le roi vaincu, qui gémit et sanglote.

UN AUTRE

Père, fais-nous trembler, ainsi que tu le fis,

Aux râles d'Hékabèh, criant : Mon fils ! Mon fils !

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