‹ Les douze mois de l'apicultureChapitre 10 sur 14 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

C'est le retour vers le littoral, si on est apiculteur pasteur. C'est l'hivernage si on est habitant des hauteurs. C'est un petit réveil si on est littoraliste, car il y a quelques fleurs d'automne qui donnent un nouveau mouvement aux colonies, de sorte que quelquefois les mâles font une nouvelle apparition, car les mâles du printemps ont depuis longtemps cessé d'exister. Après avoir joui de tous les bienfaits de la nature, plaisir de vivre, nourriture abondante, promenades lascives aux heures tièdes de la journée, leur utilité étant épuisée avec une constance sans pitié, ces êtres désormais inutiles ont été impitoyablement chassés de la demeure maternelle. Tant qu'il y a avait du miel en abondance, soit par le butin journalier, soit par les provisions accumulées pour l'hivernage, les mâles pouvaient en profiter à leur aise, voire même se faire donner la nourriture, mais après que l'apiculteur eut prélevé sa part du lion dans le butin nullement destiné à lui, les pauvres mâles qui désormais devenaient des bouches inutiles et des êtres encombrants, n'ayant plus de vierges à féconder, étaient supprimés.

Parmi les milliers de mâles d'une colonie, c'est à peine si un seul a rempli le rôle de générateur, car il se peut que la mère vive plusieurs années et le mâle n'est utile que pour la fonction d'à côté. Est-ce cruauté, est-ce utilité? Y a-t-il raisonnement? Probablement que les abeilles n'ont qu'un point de repère — la conservation de la race — en conservant le miel pour le printemps et pour servir à perpétuer l'essaimage.

La nature n'est pas avare dans la production de milliers d'existences pour servir son but, les milliers d'êtres souvent superflus disparaissent aussi impitoyablement qu'ils ont été créés. Ils ont cessé d'être utiles, donc on les supprime. Les abeilles défendent leur demeure aussi bien contre les intrus et sacrifient leurs vies au besoin sans autrement se rendre compte de ce lourd sacrifice, que contre les ennemis du bien-être de la communauté.

Souvent l'hérésie est émise, que les abeilles connaissent leurs maîtres. Comment peut-on admettre cela, si on connaît les mœurs et surtout la longévité des abeilles. La mère vit de deux à cinq ans, mais est d'autant plus épuisée au bout de la deuxième année qu'elle a pondu plus d'œufs. Régulièrement elle doit pondre six à huit cent mille œufs pendant son existence, si donc elle a été forcée de pondre toute la quantité en deux saisons, elle serait épuisée et devrait être remplacée. Les mâles vivent de deux à quatre mois ou plus longtemps si la colonie devient orpheline. Les ouvrières vivent de vingt à cinquante jours pendant la belle saison et en proportion du travail qu'elles ont accompli, mais quand le travail ne «onsiste plus qu'à veiller à la sécurité de la ruche et à garder le noyau pendant l'hiver en une espèce de demi-léthargie, elles peuvent vivre de six à huit mois. Les abeilles du printemps ne peuvent pas plus connaître le maître qui par hasard ne les visiterait pas tous les vingt jours, que celles de l'hiver qui sont blotties au centre de la ruche ; mais elle ne l'attaqueront pas s'il tient compte de leur irritabilité et qu'il les traite en conséquence.

On peut encore entreprendre de remplacer les mères trop vieilles si la saison s'y prête et s'il y a assez de mâles sur le littoral, quoique ce travail soit préférable au printemps sous l'impulsion naturelle. Au cas où une colonie devient bourdonneuse, il est bon de la réunir à une voisine pour hiverner une bonne colonie plutôt que d'en avoir deux faibles.

Le nourrissement spéculatif d'octobre a surtout pour but de renforcer la colonie pour l'hivernage.

En effet, les abeilles existantes à ce moment ont déjà subi les voyages, la fin de la miellée et le travail de

réparation, qui a lieu après chaque déplacement, si donc elles ne sont pas complètement usées elles sont très harassées et une génération de jeunes abeilles sera un apport très précieux et surtout d'une grande utilité au printemps quand la mortalité commencera ses ravages parmi les vétéranes de Tété passé. Les travaux des abeilles sont exécutés naturellement sans commandement, sans contrainte aussi bien que sans retenue. Les jeunes font les travaux du ménage, les grandes filles fabriquent la cire, les adultes portent le miel et le pollen des champs et les pauvres vieilles de six semaines aux ailes usées par le travail deviennent la proie des ennemis, également une utilité. Tout se passe pour le bien de la communauté, il n'y a pas de personne qui veut ou qui ne veut pas. On travaille, on mange à satiété tant qu'il y a, on meurt et on, se renouvelle sans spécultaion pour savoir qui sera le plus grand ou le plus récompensé, car le dictionnaire est restreint et on ne joue pas sur les mots. Est-ce la population modèle ? Oui, pour des insectes. Dans notre manie de vouloir toujours un modèle, on perd son temps à spéculer, si nous, êtres humains et pensants, nous devrions arranger notre vie, notre gouvernement, notre administration comme le font les abeilles. Mais nous n'avons pas de femmes qui peuvent fournir des milliers d'enfants, ni des milliers d'hommes qui doivent disparaître à une certaine époque ; dès lors, il faut copier ce qui est faisable et écarter l'inutile ou le ridicule.

Flore d'octobre. — L'Inule visqueuse invite la gent ailée. Romarin et néfliers du Japon précoces.

Page 1