NOVEMBRE
C'est le mois des préparatifs pour l'hivernage.
Visiter les ruches oii le climat le permet, nettoyer les déchets qui peuvent être amoncelés dans le fond de la ruche, si toutefois la colonie n'est pas assez vigoureuse pour faire le travail elle-même. Réunir les ruches faibles en ayant soin de mettre la mère que l'on voudrait conserver en cage afin qu'elle ne soit pas
tuée par les abeilles introduites. Cette précaution n'est pas toujours nécessaire, surtout si Ton ne connaît aucune qualité spéciale à telle ou telle mère. J*avais acheté cent cinquante colonies faibles en Palestine vers octobre en 1889, j'étais malade et ne connaissant aucune des mères, j'ai simplement réuni les colonies par trois pour éviter tout le travail de mettre une mère en cage.
Toutes avaient conservé une mère. Telle probablement qui leur a plu d'un commun accord, les deux autres furent massacrées.
Mettre les rayons de couvain au centre, les rayons contenant le pollen à droite et à gauche et le miel ensuite. S'assurer qu'une forte colonie ait au moins une dizaine de kilos de miel operculé, ce qui suffira largement pour la mener jusqu'au mois de mars.
Placer les tabliers sur les cadres. Si le rucher est éloigné de l'habitation, il est préférable de laisser les hausses avec les rayons sur les ruches. Il n'y a pas de perte de chaleur par ce fait, l'essentiel est de garantir les abeilles contre la pluie ou la neige qui pourraient mouiller le groupe. Un apiculteur dans les Vosges ne mettait qu'un paillasson au-dessus des ruches, sans couvercles en bois ; mas le rucher était sous toit pour empêcher la neige. Même dans nos hivers les plus rigoureux nous n'aurons jamais aussi froid que les hivers ordinaires des Vosges. Cet apiculteur m'a montré ses colonies traitées de la sorte dar\s son rucher en un parfait état, à Saint-Dié dans les Vosges. L'essentiel pour l'hivernage est donc de garantir la ruche contre l'intempérie et de laisser assez de miel aux abeilles.
L'apiculteur doit préparer le miel avant qu'il ne soit cristallisé dans les différents récipients selon le besoin de ses clients.
La grande quantité doit être logée en seaux ou bidons de fer blanc de vingt à trente kilos puis en petits bidons de trois, cinq et dix kilos pour colis postaux, et en pots de verre pour la vente au détail.
C'est aussi le devoir de l'apiculteur de propager la notion de l'utilité du miel dans les ménages. C'est le miel pur, sans aucune transformation, qui est le plus hygiénique, d'ailleurs reconnu par les grandes administrations. On donne dans plusieurs pays du sucre
aux soldats, parce qu'il est meilleurs marché que le miel, mais n'équivaut pas en matière sucrée et fortifiante. Les alpinistes aussi prennent des douceurs pour être plus endurants ; on l'emploie aussi pour sucrer les tisanes, pour en faire des gâteaux, etc. Le miel étant extrait des fleurs seulement, il contient, en même temps que la douceur agréable et les principes nutritifs, des qualités médicinales pour prévenir maintes maladies des voies digestives, de la gorge, etc., par conséquent, il ne faut pas attendre les rhumes ou autres pour manger le miel, mais en manger si possible tous les jours.
S'il faut en croire le naturaliste Chatonville, voici un remède contre la migraine : « La préférence de « Tours pour le miel, dit-il, a un autre motif que la « gourmandise. L'abeille est son médecin, quand il a « des pesanteurs de tête. Il se lance alors dans les « ruches et en même temps qu'il s'y régale, le dard de « l'insecte opérateur le guérit en le piquant ». Mais voici un autre conseil : Mangez toujours du miel. Prévoir vaut mieux que guérir.
Les pays à grande production de vins et autres boissons alcooliques ne sont pas en principe de grands consommateurs de miel, à cause d'une notion erronée que le vin donne beaucoup de forces (parce qu'on dit : il est fort), tandis que le miel est trop doux et douceur équivaut à « faiblesse ». Les musulmans qui par ordre du Koran ne boivent aucune boisson fermentée, sont grands mangeurs de miel, cette nourriture étant d'ailleurs sanctifiée par leur grand législateur en un verset de la Soura XVI, intitulée « Les Abeilles ».
« Ton Seigneur a inspiré aux abeilles de se faire des « habitations en tirant le 'matériel des montagnes, des « arbres et des buissons. De se nourrir de tous les « fruits, et suivre le chemin que le Seigneur lui ensei- « gne. Un produit sort de leur corps, un liquide de « diverses couleurs, qui contient un remède aux « humains. »
Un compagnon de Mahomet ayant eu des coliques lui demanda un remède. Prends du miel lui dit-il, mais le mal persistait, il lui conseiUa encore du miel, sans plus de résultat, et ainsi jusqu'à la septième demande. Mets sept cailloux chauds tirés du four dans
le miel, lui conseilla-t-il une dernière fois, le remède était efficace, la guérison prompte. C'est donc « miel quand même ».
Les Grecs et les Romains sacrifiaient le miel à Cérès. Les Hébreux, tout en le défendant sur Tautel, étaient hypnotisés par « le pays coulant de lait et de miel ».
Et Salomon dit à son fils « Mange le miel, car il est bon ; et le rayon de miel, car il est doux à ta gorge ». (Prov. XXIV. 13).
La Flore de Novembre. — Le Romarin sur les collines et dans les jardins le Néflier du Japon qui, si le temps le permet est un apport très sérieux. Llnule visqueuse montre ses dernières fleurs.