JUILLET
Pendant ce mois, les abeilles ayant fait tous les travaux préparatoires, dont les principaux sont la construction complète des cellules endommagées par des causes multiples, l'armée formidable des ouvrières est prête à se ruer sur les fleurs mellifères et de récolter des quantités de miel, beaucoup supérieures à leur besoin absolu. Dans cette course à la récolte des richesses nationales, pour le bien de toute la communauté, il n'y a qu'un seul but, celui d'assurer la propagation de
la race par la prospérité. Ici encore, c*est Tégalitè qui règne par un altruisme désintéressé ; qu'importe Tindividu, pourvu que le principe reste debout ; Touvrière va aux champs, rapporte autant qu'il lui est possible de le faire, dans son jabot ou sur les corbeilles de ses pattes, et vide les provisions dans le magasin général, où elles sont à la disposition de chacun selon ses besoins et au moment nécessaire. Il n'y a pas de privilégiés du sort, pas de riches ni de pauvres, pas de charité, mot absolument inconnu dans leur vocabulaire restreint.
La mère est nourrie continuellement par la meilleure des nourritures, parce qu'elle est astreinte à un travail prodigieux, celui de produire continuellement des œufs, qui se développent, grâce à cette forte nourriture, si rapidement que si on pesait les œufs qu'elle a pondus en une seule journée, on arriverait à cette étonnante constatation que le poids en est supérieur à celui du corps de la mère.
On appelait autrefois cette machine à pondre « reine », mais cette appellation surannée a depuis longtemps fait place à celle plus sympathique de « mère », depuis qu'on a découvert qu'aucune espèce de commandement royal n'est exercé par elle. L'idée de commandement entretenue par les intéressés a son apparence en ce qu'il est impossible pour un essaim de se former sans la femelle, mais on a oublié d'ajouter que la femelle aussi dépendait absolument de l'essaim ; c'est comme la roue, les rais et le moyeu ; l'un sans l'autre ne peut exister, chaque membre de la grande . famille fait son travail, reçoit sa nourriture libre, et est expulsé dès qu'il a cessé d'être utile à la communauté, mère, ouvrière ou mâle.
Dans cette multiplication constante, on pourrait se demander avec raison si la ruche ne s'emplit pas outre mesure à un moment donné. Oui ! elle devrait se remplir si les décès journaliers n'arrivaient pas et rétablissaient ainsi l'équilibre. Les naissances excèdent les décès quelque temps avant l'essaimage, et ainsi se forme la grande quantité qui donne l'essaim ; mais aussitôt après, le nombre de naissances baisse et les décès continuent jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli et le nombre des naissances et des décès soit égalisé.
Les abeilles meurent à la tâche, les unes emportées par les vents ; les autres frappées par les ennemis ; le plus petit nombre meurt dans la ruche même et aussitôt le corps est transporté dehors par plusieurs abeilles; devant le trou de vol, une seule abeille porte le corps et le transporte dans les airs, où elle le laisse tomber ; l'idée qui préside est de n'avoir aucune mauvaise odeur autour de la ruche. Mais il arrive que des abeilles meurent pendant la nuit ; en ce cas, le corps n'est transporté que jusqu'au trou de vol, où il est rejeté devant la ruche, de même que d'autres déchets, qui à leur tour sont emportés par des fourmis, lézards ou oiseaux.
Quand les ruches sont pleines de miel, vers la fin du mois, on peut facilement s'en rendre compte, soit en soupesant par-ci par-là une ruche, soit en voyant les abeilles qui ventilent et remplissent l'air du parfum spécial des ruches pleines. L'époque de la récolte d'été peut être avancée ou reculée, selon la flore ; mais il est prudent, d'abord pour éviter le pillage, puis pour laisser le temps aux abeilles de remplir les ruches de nouveau, de faire la récolte quelques jours avant la fin de la flore spéciale, sur laquelle on compte pour la récolte. Le pillage s'établit si on néglige de couvrir les rayons exposés après extraction, ou qu'on laisse traîner du miel autour des colonies affamées, ce dont il sera question en août.
Flore de Juillet, — Dans nos Alpes, à partir de 400 mètres d'altitude, la lavande, la sarriette et Vabsinthe sont les plantes les plus mellifères. Les châtaigniers, les pins, les mélèzes donnent aussi un miel très foncé et de goût spécial, qui ne plaît que médiocrement.