‹ Les douze mois de l'apicultureChapitre 7 sur 14 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

La sécheresse est de règle en Provence, par conséquent, il est toujours prudent de ne pas avoir un trop grand nombre de ruches dans le même rucher. Tantôt ce sont les hauteurs qui souffrent de la sécheresse, tantôt la pluie incessante empêche les abeilles de profiter du printemps, tantôt les orages accompagnés de grêle détruisent la flore. La lune rousse en Mai a aussi souvent une influence néfaste. C'est le moment de transporter les ruches du littoral vers les hauteurs où selon l'altitude l'essaimage et tout le mouvement printannier continuent. Si on possède une ruche fixe, il faut se hâter de s'en débarrasser, en pratiquant le transvasement. Après avoir bien fumé la ruche à transvaser, la déplacer et mettre la ruche à cadres prête à recevoir les abeilles à sa place. Les butineuses iront directement à la nouvelle ruche ; sans tarder, il

faut donner un rayon, si possible, d'une ruche établie, en attendant que Ton sorte les rayons en les détachant avec un grand couteau, on brosse les abeilles dans la nouvelle ruche et Ton ûxe le rayon dans le cadre aussi exactement que possible, en l'attachant avec une ficelle en croix ; s'il y a miellée, les abeilles auront bâti le rayon au cadre dans les 24 heures.

Quand on aura sorti les derniers rayons, on videra les abeilles d'un coup sec dans la ruche nouvelle. Pour plus de sécurité, il est bon de donner un rayon contenant des œufs, et voilà une ruche prête à fonctionner.

Il est toujours agréable à l'apiculteur de n'avoir que des abeilles de choix dans son rucher ; pour en arriver là, on choisit continuellement celles ayant toutes les bonnes qualités, bonnes ouvrières, mères fécondes, peu irritables, etc. Quand une mère vient à manquer, soit par vieillesse, soit par un accident, il ne faut pas hésiter, mais faire élever aux abeilles une nouvelle en donnant des œufs de la mère ayant les meilleures qualités. Aussitôt que les cellules maternelles sont formées, on peut ajouter des rayons contenant des larves, mais quelques jours avant l'éclosion des mères, il faut cesser toute manipulation, pour ne pas secouer sans utilité les larves des mères dans les berceaux et pour ne pas désorienter la marche régulière et journalière des masses. On peut aussi greffer une ou plusieurs cellules maternelles sur un rayon, dans une ruche orpheline, si on a des cellules prêtes ; on gagne ainsi du temps et on est sûr d'avoir le choix.

Il faut seize jours pour élever une jeune femelle de l'œuf à l'éclosion, et c'est pour gagner ce temps perdu qu'on peut pratiquer le greffage en donnant des cellules mûres prêtes à éclore.

En visitant les cadres de temps en temps, on se rend compte de la fécondité ininterrompue de la mère, en notant le nombre et la régularité des rayons contenant des larves. C'est pourquoi il est fort utile de ne visiter qu'avec le calepin à proximité, pour y inscrire ces notes, et par conséquent pour être toujours fixé sur les accidents ou changements qui ont pu se faire d'une visite à l'autre, et y porter remède autant que possible. La ruche étant en bon état et la colonie en bon ordre, la visite peut être abrogée ou omise, si les mouvements

sont en rapport avec la saison ; on ne cherchera pas des sorties et des rentrées multiples s'il n'y a pas de fleurs en conséquence, et on ne s'en alarmera pas ; par contre, on exigera des sorties régulières et un nombre suffisant d'abeilles au trou de vol pour ventiler. L'apiculteur ne doit intervenir que pour les gros travaux où en un quart d'heure de travail il épargnera des journées d'efforts aux abeilles toujours occupées à se débarrasser des choses nuisibles ou inutiles qui peuvent s'être introduites dans la ruche, comme papillons, insectes, mulots, lézards, etc., ou autres matériaux, déchets. Les abeilles, qui détestent le désordre et les mauvaises odeurs, tuent l'intrus et recouvrent le corps étranger, qui est souvent trop grand pour être transporté en une seule pièce dehors, en l'enduisant de propolis, cette matière collante, qu'elles ramassent de l'exudation des plantes, et qui est aussi utilisée pour boucher ou rétrécir les ouvertures.

Le pollen, que les abeilles emmagasinent en grande quantité pendant ce mois, sert de provision pour les mois où il y en a moins. On peut en constater non pas seulement la quantité prodigieuse, mais la diversité de couleur, toute la gamme de l'arc en ciel, depuis le blanc jusqu'au noir.

La Flore de Juin n'est que la continuation de la flore de Mai, selon la zone. C'est le mois des chardons et des trèfles divers. Par exception, un olivier entre mille fournit du nectar, il en est de même pour certains chênes. La lavande commence dans des endroits bien exposés au soleil.

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