‹ Les douze vertus d'un bon maitre proposées par le Vén. J.B. de La Salle, expliquées parChapitre 11 sur 15 · XII. LA GÉNÉROSITÉ · texte numérisé non relu

XII. LA GÉNÉROSITÉ

La générosité est une vertu qui nous fait sacrifier volontairement nos intérêts personnels à ceux du prochain, conformément à la conduite de saint Paul, qui disait (i) quV/ ne cherchait point ce qui lui était avantageux, mais ce qui était avantageux à plusieurs, afin quils fussent sauvés .

On voit par cette définition que la générosité n'est pas une vertu commune et ordinaire, mais très- Ci) I Cor. x,33.

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relevée ; en effet le sacrifice qu'elle nous inspire se fait librement, et l'objet de ce sacrifice est considérable.

Il se fait librement. On n'est pas généreux lorsqu'on ne donne aux:

autres que ce qu'on est tenu de leur donner, ou autrement ce qui leur appartient. Son çbjet est considérable. En général on n'est généreux qu'autant qu'on se relâche de ses droits en faveur de quelqu'un , et qu'on lui accorde plus qu'il ne peut exiger. On peut donc regarder la générosité comme Je plus sublime de tous les sentiments , comme le mobile de toutes les belles actions, et peut-être comme le germe de toutes les vertus.

Appliquons à un bon Maître ce ue nous venons de dire : il est aisé 'en inférer que la générosité lui convient, et qu'elle lui convient même d'une manière très-sublime.

LA GÉNÉROSITÉ. ibl

11 fait un sacrifice bien libre, ûn grand sacrifice, puisqu'il se livre volontairement à un travail essentiel pour le prochain ; savoir, l'instruction des enfants, surtout des enfants pauvres.

Quelle est d'ailleurs la sublimité de ses sentiments? Pour se mettre plus en état de mieux instruire, il se consacre à Dieu dans une profession où il renonce à tous les biens de la terre par le vœu de pauvreté , aux plaisirs les plus légitimes par celui de chasteté, à sa propre volonté, c'est-à-dire à sa personne même , qu'il offre comme un holocauste, par celui d'obéissance : n'est-ce pas de sa part un sentiment admirable, un sentiment héroïque?

Bien qu'il procure au prochain des avantages d'une importance infinie, loin d'en retirer aucun émolument temporel, il se fait gloire du plus parfait désintéressement. Quelle beauté

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dans cette action dont sa générosité est le mobile!

Il se dévoue, non pas d'une manière momentanée, mais pour toujours, à une fonction très-excellente, très- laborieuse , très-rebutante de sa nature, et qui, loin de paraître relevée aux yeux des hommes, leur parait, au contraire, abjecte et basse.

11 la regarde néanmoins comme Tunique objet de son travail, de son application continuelle, de ses soins, de ses études; et ce qu'il se pro-

f)ose, c'est d'en faire recueillir tout e fruit à ses écoliers; en sorte qu'il peut leur dire avec l'Apôtre (i) :

Pour ce qui est de moi, je donne très-volontiers tout ce que j'ai, et je me donnerai encore moi-même pour vos âmes: De combien de vertus la générosité n'est-elle pas en lui le germe !

(4) H Cor xn, 15, ;

LA GÉKÉRC91TÊ. lî)3

Expliquons encore ce qui regarde la générosité. On dit que c'est un sentiment aussi noble que la grandeur d'âme, aussi utile que la bienfaisance, et aussi tendre que l'humanité ; mais la générosité d'un bon Maître n'a-t-elle pas ces trois caractères ?

Elle est aussi noble que la grandeur d'âme. Il s'élève au-dessus des injures, dont il ne se venge qu'en faisant le bien , des contradictions , des dégoûts, de l'ennui, des soins d'un travail très-assidu, en un mot de tout ce qu'il y a de plus difficile, de plus pénible à supporter, pour bien élever les enfants.

Elle est aussi utile que la bienfaisance. Il rend de très-grands services aux enfants, et pour l'âme et pour le corps : il leur donne des soins continuels à cet effet; il les forme aux vertus chrétiennes et sociales; il leur apprend des choses très-inté-

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