X. LA VIGILANCE
La vigilance est une vertu qui nous rend diligents et exacts à remplir tous nos devoirs.
Un Maître doit avoir cette vertu , et pour lui-même et pour ses disciples.
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11 doit veiller sur lui-même, c'est à dire, sur les pensées de son esprit, sur les mouvements de son cœur, sur l'usage de ses sens, sur toute sa personne, pour ne rien faire que de bien et pour remplir dignement ses obligations. Les manquements qu'il ferait, par défaut de vigilance, de quelqu'une de toutes ces manières, nuiraient évidemment à l'éducation des enfants et pourraient même leur inspirer pour lui du mépris et de l'éloignement.
Un Maître doit être vigilant sur ses disciples : il est leur ange gardien. Si son absence ou son inattention (car l'une équivaut à l'autre) donne lieu à l'ennemi de l'homme, qui tourne sans cesse autour d'eux, de leur enlever le précieux trésor de leur innocence, que répondra-t-il à J.-C. qui lui demandera compte de leurs âmes, et qui lui reprochera d'avoir été moins vigilant pour les
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garder, que le démon pour les perdre?
De ce principe il suit, i° qu'un bon Maître ne quittera pas sa classe, sous prétexte que son compagnon, qui tient la sienne auprès de lui, conservera le bon ordre dans les deux classes. S'il s'absente, ce ne sera jamais que pour une très-grande nécessité, et toujours pendant le temps le plus court qu'il sera possible. En effet, sa présence seule contribue beaucoup à rendre les enfants plus attentifs en fixant et arrêtant leur imagination; et elle leur épargne bien des distractions et des négligences, qui sont la source de plusieurs fautes qu'ils font, et qui donnent lieu ensuite à des réprimandes etàdes punitions que le Maître aurait pu prévenir s'il n'avait pas été absent.
a° Lorsqu'il est dans la classe, il observe tout, il voit tout ; rien n'échappe à ses regards. Par là, il con-
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tient les écoliers dans Tordre et l'application ; il les fait venir à l'école exactement à l'heure prescrite; il leur fait faire entièrement la tâche du travail qui leur est donnée; il exige qu'ils soient propres, ainsi que les livres, les papiers, les cahiers qui sont à leur usage. On peut donc dire que cette vigilance s'étend à tout, qu'elle dirige, qu'elle soutient, qu elle anime tout: piété, lecture, prières, catéchisme, manière de répondre à la sainte messe, d'y assister, écriture, orthographe, calcul ; en un mot, il n'est rien qu'elle n'embrasse.
3° Un bon Maître veille sur la conduite des écoliers, généralement partout ou il se trouve avec eux, agissant avec prudence cependant, pour empêcher qu'ils ne remarquent qu'on les examine. D'ailleurs, il doit avoir une application continuelle pour découvrir, pour connaître tout ce qui se passe non-seulement dans
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ia classe, mais encore dans les rues, soit avant, soit après l'école; et s'il ne peut lui-même voir partout, il se sert adroitement des inspecteurs qu'il choisit parmi eux : il sè sert même plus utilement encore de ses compagnons, avec lesquels il entretient un concert louable et inspiré par la charité pour la bonne administration des écoles, suivant en cela le conseil que l'Apôtre donnait aux Romains, en disant (i) : Supportezvous les uns les autres, comme Jésus- Christ vous a supportés pour la gloire de Dieu.
4° C'est surtout à l'église que l'application , les soins et les regards d'un Maître se réunissent sur les écoliers pour les contenir dans l'ordre, la modestie et le respect qu'exige la sainteté de ce lieu. À cet effet, il évite soigneusement de promener ses
(i) Rom. xx, 7.
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yeux et de les fixer sur d'autres objets, il se tient en garde contre la curiosité, la dissipation, et s'interdit absolument tout ce qui pourrait le distraire de sa vigilance sur les enfants, ne s'arrêtant même pas trop à regarder comment se font les cérémonies du culte divin, lorsque cela pourrait affaiblir l'attention qu'il doit à ses disciples, persuadé que s'il lui arrivait de s'oublier sur ces points, ils s'en apercevraient bientôt, et ne manqueraient pas de s'émanciper, parce qu'ils pourraient n'être pas vus, de se scandaliser, d'imiter ses mauvais exemples, et d'en espérer l'impunité.
5° Enfin, la vigilance d'un Maître s'étend même sur l'avenir. L'expérience du passé lui suggère des précautions contre des événements qui peuvent arriver, et que le raisonnement lui fait prévoir. Son attention le porte à éloigner ce qui pourrait
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offenser les écoliers- Il pense à prévenir leurs fautes, ainsi que les punitions qui en seraient la suite, en ne leur laissant, s'il est possible, ni les moyens, ni les occasions de pécher. Il vaut mieux, en effet, prévenir un mal que de le punir quand il est commis; et c'est ce qu'opère la présence continuelle et l'œil attentif du Maître; car ordinairement les écoliers, avant de faire une faute, commencent par regarder s'ils ne seront pas surpris et aperçus par le Maître, dont ils craignent souvent plus les yeux que les corrections.
Il ne faut pas néanmoins que la vigilance d'un Maître soit inquiète, défiante, embarrassée, accompagnée de conjectures mal fondées. Elle pourrait alors être opposée à la justice et à la charité; elle serait aussi révoltante pour les écoliers, qui s'en apercevraient, que gênante et incommoda pour le Maître. Cette applica-
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tion doit être paisible, sans agitation, sans trouble, sans contrainte et sans affectation ; elle n'en est alors que plus parfaite. Comme il ne faut rien omettre de ce que demande une exacte surveillance, il ne faut pas non 3lus outrer les précautions. D'aileurs, en voulant conserver les bonnes mœurs, on doit faire en sorte que les enfants ne deviennent pas des hypocrites.
Un Maître s'abstiendra des défauts suivants, comme étant contraires à la vigilance : il évitera l'application à toute autre chose qu'à ce qui doit l'occuper dans chaque moment ; la lâcheté, l'assoupissement, les conversations inutiles avec les écoliers, avec les externes, même avec ses compagnons d'école, la dissipation d'esprit, le dégoût pour la classe, l'inattention, l'indolence, un certain engourdissement qui le rendrait incapable d'action, la présomption, la
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témérité, ainsi que la pesanteur ou la lenteur de la paresse.
Outre ces défauts, un Maître doit encore éviter une trop grande inquiétude, des agitations précipitées et vives du corps, de la téte, des yeux, des bras; la négligence à observer tout ce que font les écoliers, et de quelle manière ils s'acquittent de leurs devoirs ; l'inexactitude à tenir soigneusement et continuellement la main à tout ce qui peut établir Tordre et l'application.
Prenez garde à vous-même et à votre troupeau. Act. xx, 28.
Pour vous, veillez; souffrez constamment toutes soi tes de travaux; remplissez votre ministère. II Tim.
iv, 5.
ce Nous avons un grand dépôt confié à nos soins et à notre vigilance ; ce sont les enfants. Ayonsen tout le soin possible, et prenons
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garde que le voleur rusé, qui n'en veut qu'à nos âmes, ne nous les enlève pour en faire sa malheureuse proie. » Saint Jean Ghrysostome sur la première épître à Timothée.
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La piété est une vertu qui fait que nous nous acquittons dignement de nos devoirs envers Dieu.
Nous nous en acquittons dignement lorsque nous les remplissons avec respect et zèle ; car la majesté infinie ae Dieu, sa bonté immense, exigent de nous que nous lui rendions l'hommage le plus respectueux, et que nous ayons le plus grand empressement pour le servir comme il le demande. e
Un Maître doit avoir éminemment la vertu de piété : c f est-à-dire que sa piété sera intérieure dt sincère ; au*
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trament, il ne serait qu'un hypocrite.
Elle sera éclatante et exemplaire, parce qu'il doit faire paraître au dehors les sentiments dont son cœur est pénétré.
Qu'est-ce, en effet, qu'un Maître , chrétien , chargé de l'éducation des jeunes gens ? C'est un homme entre les mains de qui J.-C. a remis un certain nombre d'enfants qu'il a rachetés de son sang, et pour lesquels il a donné sa vie, en qui il habite comme dans sa maison et son tem-
Ele, qu'il regarde comme ses merares, comme ses frères et ses cohéritiers, qui régneront avec lui et glorifieront Dieu par lui dans toute l'éternité. Et pour quelle fin les lui a-t-il confiés ? Est-ce précisément pour en faire de bons écrivains, de grands arithméticiens , d'habiles calcula teurs, des mathématiciens, des savants ? Qui oserait le dire ou le penser 1 II les lui a confiés pourconserver
LA PIÉTÉ
en eux le précieux et l'inestimable caractère de l'innocence, qu'il a imprimé dans leur âme par le baptême, pour en faire de véritables chrétiens.
Voilà donc ce qui est la fin et le but de l'éducation des enfants : tout le reste ne tient lieu que de moyens.
D'où il suit qu'un Maître doit avoir un très-grand soin de les former a.
la religion. Ainsi il s'appliquera, comme nous l'avons dit ailleurs, à les instruire des mystères de la foi, en particulier de ceux qu'il leur est nécessaire, de nécessité de moyen, de croire d'une manière explicite:
du symbole, des vérités qui regardent la pratique, comme des commandements de Dieu et de l'Eglise, des dispositions requises pour recevoir avec fruit les sacrements, etc.
Il ne manquera pas non plus de leur parler des engagements du baptême, des renonciations qu'ils ont faites en recevant ce sacrement, de
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1 esiime qu'ils en doivent avoir, des grâces qu'ils y ont reçues, et de ce qu'ils sont obligés de faire pour les conserver.
Il leur expliquera ce qui concerne l'obligation d'assister aux offices divins, surtout à la sainte messe les dimanches et fêtes, les fruits précieux qu'ils recueilleront en y assistant tous les jours, la manière de faire cette importante action et de se tenir dans l'église, tant pour l'intérieur que pour l'extérieur.
Il leur apprendra quelle est la nécessité de la prière, comment et en quel temps on doit remplir ce devoir essentiel, comme le matin, le soir, et en une infinité d'autres circonstances de la vie. Il exigera d'eux qu'ils sachent les formules ordinaires dont on se sert en priant, qu'ils les prononcent bien et distinctement quand ils les récitent.
Il leur enseignera comment ils
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rendront leurs actions méritoires en les offrant à Dieu, et lui demandant son secours pour les bien faire; comment encore ils doivent profiter des peines, des afflictions, se soumettre avec résignation à la volonté de Dieu dans la maladie et dans les autres événements fâcheux de cette vie, s'acquitter des obligations de leur état, s'éloignér des occasions du péché, n'être jamais pour les autres des sujets de scandale, etc.
Il leur fera bien connaître les vertus chrétiennes et morales, la foi, l'espérance, la charité, la justice, la bonté, la droiture de cœur, la sagesse, la prudence, la force, la tempérance, la modestie dans tous leurs discours et dans toute leur conduite, le respect et la soumission qu'ils doivent aux puissances ecclésiastiques et civiles, l'immortalité de l'âme, les dernières fins de l'homme, la grâce, le péché, etc.
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un
11 leur inspirera non-seulement une piété solide envers Dieu et envers N. S. J.-C. , mais encore une dévotion singulière à la très-sainte Vierge, à saint Joseph, à leur saint patron, à leur Ange gardien; les instruisant sur les motifs de cette dévotion, récompensant ceux qui s'y affectionneront davantage. Il ajoutera, dans les circonstances convenables, certains traits frappants de la vie des saints et des hommes illustres. Les bons exemples font par eux-mêmes plus d'impression sur l'esprit des enfants que de longs discours, même les mieux raisonnés.
Enfin, il leur inculquera sans cessé l'obligation où ils sont de préférer leur salut à toute autre chose; et, par toutes ces instructions, il formera en eux les qualités qui font le bon chrétien, le bon citoyen, le bon père de famille, le bon magistrat, le
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bon militaire, le bon négociant, etc., suivant les différents états auxquels chacun sera appelé par la divine Providence.
Mais n'oublions pas d'observer ici que c'est surtout pour bien enseigner la religion aux enfants qu'on doit diversifier, ainsi que nous l'avons déjà dit, et simplifier les instructions suivant leur besoin ; qu'il ne suffit pas de leur faire étudier et de leur faire répéter journellement le catéchisme, mais qu'il faut encore leur en développer la doctrine par des explications qui soient claires et bien à leur portée. Si un Maître tient cette conduite, s'il l'appuie de l'exemple de toutes les vertus, il produira infailliblement les plus grands fruits.
Au reste, il n'est pas nécessaire d'avertir que tous les exercices de piété doivent se faire avec respect, avec modestie, avec un recueille-
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ment intérieur et extérieur. On ne doit donc alors rien permettre ni souffrir qui puisse distraire de l'application qu'on doit y donner. Il faut aussi exiger qu'à l'église les enfants aient des livres à, la main, et qu'ils y lisent toujours.
Tels sont les principaux objets dont un Maître doit instruire les enfants. Mais, encore une fois, pourrait-il leur donner une semblable éducation, et les former parfaitement à une vie chrétienne, s il n'était pas lui-même rempli de tout ce qu'il leur enseigne ? Nous avons donc eu raison de dire que sa piété doit être éminente; mais, pour la rendre solide, il ne manquera pas sans doute de prendre J.-C. pour son modèle, la morale de ce divin Sauveur pour fondement et pour principe de sa conduite. Ainsi il méprisera les biens de la terre qui passent, les louanges des hommes qui n'ont aucune réa-
LA PIÉTÉ
lité, les plaisirs du siècle qui ne sont que dangers et illusions.
Un Maître manquerait à la piété en parlant de Dieu par manière d'acquit, sans goût, sans être pénétré des vérités de la religion , en disant ou laissant dire la prière avec précipitation, sans pause, trop haut, sans modestie, sans respect, sans attention, en négligeant ou en faisant sans application, sans ferveur, certaines pratiques de dévotion, telles que sont de prendre de l'eau bénite, de faire le signe de la croix, de joindre les mains, de s'incliner, de se mettre à genoux en temps et lieux convenables, surtout si c'était par honte qu'il s'en abstînt.
Exemez-vous à la piété Elle
est utile à tout ; et cest à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis.
I Tim. iv, 7 et 8.
Di