LA PETITE FILLE, GERTRUDE
LA PETITE Fille, sortant de la maison qui est à droite'.
Dites donc , la femme ?
Gertrude.
Eh bien , qu’est-ce , la fille ? La femme î la femme !
LA PETiTE Fille.
Vous êtes attachée au régiment?
Gertrude.
Qu’appellez-vous , au régiment ? Je suis l’épouse d’un maréchal-des-logis en chef.
la petite Fille.
Ah ! j’en suis bien aise.
' Gertrude.
Je ne* vois pourtant pas que cela vous avance de beaucoup.
LA P F T I T E Fille.
Au contraire : ma marraine , qui demeure là , et qui aime bien le Colonel, ma cliargée de pnrler à quelqu’un du régiment; et comme vous me paroissez douce et honnête , j,e viens vpus prier
Gertrude. '
Fi ! qu'il est affreux , à votre âge , de faire ce vilain métier-là ; et c’est Gertrude qu’on choisit pour un semblable commerce l Gertrude , qui a vécu sous la règle de saint Benoît, et dont on connoît la vertu ! Apprenez, petite damnée , que vous feriez plutôt parler une seconde fois l’âne de Balaam , que de m’arracher un mot sur vos amours illicites. ( Elle rentre sous le hangar. )
LA PETITE FILLE, seule.
E H bien ! qu’ai-je donc dit qui puisse la mettre en colère? Elle n’a seulement pas voulu m’entendre. J’allois lui faire quelques questions sur la conduite , le caractère , les relations du Colonel; oui, voilà les trois mots de ma marraine, conduite , caractère, relations ; et je fais un vilain métier ! et je suis une petite damnée ! et j’ai des amours illicites l Oh ! elle n’est ni douce , ni honnête , cette citoyenne-là. Il me semble pourtant que quand on aime un homme, il est bien naturel de vouloir le connoître.