LE COLONEL, GERTRUDE
LE Colonel, accourant avec la plus grande joie paquet à la main.
C’est toi, Gertrude?
Gertrude. \
C’est moi-même.
leColonel2
Me voilà de retour — .
Gertrude.
Je le vois bien.
le Colonel.
D’une course auprès des Représentans du Peuple
Gertrude.
A la bonne beure !
De qui j’ai obtenu une grâce bien obère à mon cœur ! Je ne suis pas de ces borames qui ne s’occupent de leurs amis que quand ils en ont besoin : j’ai pensé à un vieux camarade , brave sans orgueil , modeste sans bassesse , servant sa Patrie par goût , et se cro^mnt payé de ses services par le seul plaisir d’être utile. Gertrude, je n’ai
'eu qu’un, seul mot à dire , et la facilité des bienfaiteurs donne un double prix aux bienfaits. Voilà un paquet pour ton mari : tu le grondes , tu le tourmentes ; m.ais il t’aime, et il sera enchanté de recevoir ceci de ta main.
( Il court à son logement. )
GERTRUDE, seulè.
Bon dieu î bon dieu ! que peut-il donc y avoir dans ce paquet ? ( Elle lit l’adresse. ) C’est bien pour lui ; je grille de savoir ce que c’est : l’ouvrirai-je ? Eh , pourquoi non? il est mon mari ; mais je suis sa femme : je n’ai point de secrets pour lui , il n’en doit point avoir pour moi. (Elle ûui^re et déploie un papier. ) Un brevet d’officier ! grand saint Benoit ! ( elle regarde encore. ) de capitaine î Je suis
la femme d’un capitaine ! ah 1 j’en perdrai l’esprit
Et c’est le colonel qui a fait cela ! Supportons sa foiblessc. Quand Noé s’enivra , son fils le couvrit de son manteau:
mon pauvre vieux ! ce cher ami !... va , j e te pardonne
le vin bu et à boire , j e te pardonne tes duretés j car , dans ma conscience, je dois convenir que je ne suis pas bonne. Courons, courons lui annoncer cette bonne nouvelle. Ah ! sainte République , je ne reconnois plus que toi pour patrone ! ( Elle soit par la gauche. )