‹ Les dragons en cantonnement, ou, La suite des bénédictinesChapitre 5 sur 34 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les précédens , GERTRUDE.,,

Ger.trude, passant au milieu du théâtre".

Vous êtes un homme charmant, mon mari.

Je le sais bien, ma'femme : du vin. (^ll lui présenti une bouteille vuide. )

Comment , du vin ! et la moitié de la pièce est perdue 1 ■

LE Marechal-des-Logis.

n faut boire le reste , de peur d’un nouvel accident.* ( Un Ums. ) Eh bien ! faut-il que Je retourne à la caVe 2 Gertrude, prenant la bouteille.

R.estez , mon mari.

LE M A,R E c H A L-D E S-L O G I s , V arrêtant.

Non , Gertrude , vous vous comportez en femme soumise, je me montrerai mari complaisant. Je t’aime , mon enfant , je t’aime de tout mon cœur ; mais , palsembieu l je n’ênlends que tu me mène. Viens m’embrasser.

X Gertrude^ l'embrassant.

Tiens , es -tu content ?

LE Marechal-des-Logis.

Enchanté.

PREMIER Dragon, se levant et passant à la droite de Gertrude.

Nous sommes un peu cause de tout ce grabuge ; per^ mets , camarade , que nous donnions aussi le baiser d@ paix.

SECOND Dragon, levant et allant à la gauche de Gertrude.

Oui , le baiser de paix , citoyenne Gertrude.

( I/s vont pour V embrasser ^ et Gertrude leur dontlC' à chacun un soufflet. )

premier Dragon.

Ta femme distribue des soufflets aussi lestement... ^ SECOND Dragon.

Que nous des coups de .'abre.

LE Marechal-des-Logis;

Ma femme, Vous avez manqué à ces braves gens, eft je ne souffre pas qu’on manque à mes camarades.

Gertrude.

^ Ce sont eux qui m’ont manqué. Mais vous ne sentes rien. Des dragons qui veulent m’embrasser \

COMEDIE. îi!

LE Marechal-des-Logis.^'

Eli! qui embrasseras -tu donc, des capucins? Je n® ‘crois pas aux vertus qui égratignent , moi ; je t’en avertis J ils t’ont demandé un baiser , et tu le leur donneras.

Gertrude.

Grand Saint-Benoît ! me voilà précisément dans h cas de la cliaste Suzanne !

LE M A R E C H A t - D E s - L O G I s.

Ta Suzanne étoit entre deux vieillards ; et tu ne sais pas ce qu’elle eût fait entre deux jeunes gens. Embrasse.

Non , non , non. C’est abuser de ma patience et de ma bonté.

LE Marechal-des-Logis, ajyrês im sî^m d’inteîUgencz aux Dragons.

' En ce cas , donne-moi mon sabre.

Gertrude, tffrayh:

Pourquoi faire ?'

LE Marechal-des-Logis;

Il faut que toi ou moi , leur fassions raison des souf^ Cets.

Gertrude.

J’embrasse. ( hes Dragons V embrassent. Elle s^essuie et fait la grimace. )

LE Marechal-des-Logis.

Allons , enfans j il nous reste un verre de vin , remettons-nous. Gertrude, place-toi entre ces deux lurons.

Gertrude.

Je n’ai pas soif. v

le Marechal-des-Logis: ;

Nous avons encore la grande santé à porter.

Br’ ' ..

12 LES DRAGONS EN CANTONNEMENT, j Gertrude.

Je n’en porterai ni grande, ni petite ; je ne veux pas boire.

LE Marechal-des -Logis,

Comment, morbleu î tu ne boiras pas à la République,’ n qui tu dois la clef des champs ; et ton mari ? • Gertrude.

Oh ! d^ bon cœur, mon petit homme, et je verserai ( elle verse, ) à la République.

PREMIER Dragon.

C’est la bonne sainte , celle-ci.

LE M A R E C H A L “ D E s - L O G î s.

C’est la grande faiseuse de miracles.

T O U s J buvant.

A la République !

LE IVI a R E C H A L- D E s- L O G I s.

Tdi bien , voilà une bonne femme , une femme qui verse à boire, qui boit avec nous, et qui embrasse mes amis ! Tu as encore un reste des momeries de ton couvent ; mais tu n’auras pas fait deux campagnes , qu’il n’y paroitra plus. ( Tirant une grosse montre. ) Enfaris , voilà l’heure du devoir. Il faut savoir faire son métier aussi gaiement qu’on vtiide une bouteille,

PREMIER D R A G O N , JC UvaUt.

C’est bien dit , camarade ; chaque chose a son îcms. Combien doit-on , la bourgeoise ?

Gertrude.

Je vais vous dire cela.

L E M A R E C H A L - D^E S - L O G î S , à part.

ïl faut que la leçon soit complète, ( haut, ) On ne doit Tien, c’est moi qui régale.

SECOND Dragon.

Au revoir , donc. Demain , nous aurons notre tour.

- (Les Dragons sortent, et ceux qui occupent le fond S( ■lèvent et sortent aussi par la droite. )

Page 1