‹ Les dragons et les bénédictines; comédie en un acte et en proseChapitre 15 sur 17 · SCÈNE X V ï I · texte numérisé non relu

SCÈNE X V ï I

Les précédentes , Mad. Ste. C L A I R E, dans le fond.

Ste, AGNÈS.

Pourquoi n'îmiterait-on pas Sainte Monique?

Ste. SCHOLASTIQUE. minaudani Mais je ne suis pas loin de suivre son exemple.

Ste, AGNÈS.

Tout de bon, ma sœ'ui"? ali ! vous me ravissez ; je \\\9 propose aussi de l'imiter dans peu.

Ste. SCHOLASTïOUE.

A\\ , chère sainte Agnès !

Ste. AGNÈS.

Ah, chère Scliolastiquc ! (^ elles s'emhassent'^ Ste, S CHO LAS TIQUE.

Avez -vous tait un choix?

Ste. AGNÈS.

Et vous ma tqndre amie»?

Ste. SCHOLASTÏOUE.

J'ai inspiré un penchant vertueux ù rhoznmQ le plus iiiinablc, , , . ,

( 3S ) f^tp. A G N È S.

J'ai le "bonliciir de plaire à un petit être accompli.

Sie. S C H O L A S T I Q U E.

Il a la beauté d'^un arcîiange.

Ste. A G N ES.

Et le courage des Machabées.

Ste. S C H 0"L A S T I O U E.

Une onction dans le discours

Ste. A G N È S.

Une grâce sous l'habit militaire ! . . .

Ste. SCUOL ASTI QVE. (à part) Sous riiabit militaire ! ( haut ] enfin c'est. . . »

Ste. AGNÈS.

Le petit capitaine que je tiens sous la clef.

Ste CLAIR E.

Sous la clef!

Ste. S CHOL ASTIQUE. ( at^ec aigreur après un viomsiit

de slupéfuction, ] Assurément, madame , vous vous trouipez.,

Ste. A G is È S.

Pas du tout, madame , )e scais ce que je dis^

Ste. SCHOL ASTIQUE.

Bien certainement c'est moi qu'il aime.

Ste. A G K È S.

Cela ne se peut pas , il m'a jTrotesté le contraire,

Ste. S C H 0 L A S T 1 9 U E.

Comme l'amour propre vous égare !

Ste. AGNÈS.

Comme le votre vous aveugle !

Ste. SHOLASTIQUE,,

Voulez-vous cjue je vous confonde?

Ste. AGNÈS.

Qli! je vous uicLs au défi.

(3.;) Ste. S C H O 1, A S T I 0 U E, Ouvrez et que ce cher enfant prononce.

Ste. CLAIRE. ( riant aiuv éclats) A\\ , ah , ah , ah ,

Ste. S C H 0 L A S T ï O U E.

C'est sainte Claire , elle a tout entendu....

Ste. AGNÈS. ( sortant ) Je me sens rouge jusqu'au blanc des yeux.

Ste. SCHOL ASTIQUE {sortant) Ma confusion est inexprimable !

Ste. CLAIRE. ( les prenant par la main et les ramenant sur le dci ant de la sçc/ie. )

Et vos vœux , mesdames , et la règle , et madam'» l'Abbesse , et Monseigneur notre Évèque , ah , ah , ali , ah î

( Sainte Scholasfiçue et Sainte Agn,ès sortent en grommelant et en se quercUani .

S c E N E X Y I I In Ste CLAIRE ( seule ).

Voila comment sont faits les trois quarts des humains ; pleins d'indulgence pour eux-mtJmes , inexorables pour les autres ; redoutant la médisance et toujours prêts à médire, se permettant sans scrupule , ce qu'ils blâment hautement dans autrui Ne vais-je pas philosopher pour la première fols de ma vie ? C'est bien là le moment U

résulte de l'entretien de ces dames, que mon pelit capitaine leur a plu à toutes deux; tant mieux. Je veux que toutes les femmes en raffollent ; mais il me semble aussi

qu'il les a tiattées l'une et l'autre d'un espoir Voilà

ce que je ne veux pas , par exemple. Où vais-je m'arreter? Il est jeune , enjoué ; il s'ennuyait et se sera donné la comédie à leurs dépens : il n'y a pas grand mal kcela... Il s'ennuyait. Et pourquoi s'ênnuyait-il , ce beau monsieur?

Oiio ne v<^nait-il au parloir? Se griluiis rli- nl\:t^\en([\'6 appeler, j'étais sur les épines; c'est que je l'aime. 0)i , je r.iiine comme on aime la première fois ! Et je crois que je suis piquée de ne lui pas trouver l'empressement que je voudrais. ... que je devrais lui inspirer , tranclious le mot. Oui ^ je suis piquée, très-picquée , et je lui ferai

ime mercuriale Mais il faut penser au plus pressant*

Il est renfermé ici , et son régiment vient y faire une perquisition ; on le trouvera , on ne croira jamais qu'il y soit pour le compte de ces dames; pour peu qu'il p.irle , moi , je rougirai, je balbutierai , j'aurai l'air de ni'ctre concertée avec lui , et l'esiiuie de ses cliefs. . . Voila ce qui m'embarasse. Il avai t bien affaire de s'amuser de ces deux prudes! C^est moi seule qui ai tort; oui , j'ai tort, absolument tort ; pourquoi leur l'ire au nez ? Quelle imprudence; si j'avois été raisonnable, je les aurais tranquillement écoutées , et, j'aurais découvertla cachette .... Il fa;it pourtant que je le trouve, et où le cherclicr mainipn.nnt? ( E//e lonrnc. , et appelle à demie voix : capitaine I capitaine/ ... Il n'est pas enfermé dans le corps de logis,

du moins il n'y a point d'apparence Oh le mauvais

petit sujet! (^Kl/e crppu/e sa tête contre la croisée du pu-' O'ilinn'^ elle tousse , et on tousse aussi en dedans.) Ah lucr Toilk tranquille !

LE C A P I T A I N E ( f/z dedans. ) Mesdames , êtes vous la ?

S te. CLAIRE.

Non , monsieur , ce ne sont pas ces dames,

LE C A P I T A I N E

Ali ! charmante Sainte Claire , de grâce , ouvrez: moi»

S te. C L A I R E.

Attendez m.idnme Sic A<'nès.

> UII3 c(es prîs de moi çL vous voulez que j'attende!

Stc,

t E s Précéilens , U N OFFICIER,'

( Venant entre VAhhesse et le Colonel. )

J'ai cherché votre neveu dans les caiTrs , dans les auberges ; j'ai fait le tOur de la ville et personne n'a pu m'en donner des nouvelles.

Vous cherchex un neveu.

LE COLONEL

Dont l'absence m'inquiète à vous dire vrai. Il a l'habitude de fiire des sottises, il n'a pas celle de maucjuet à son devoir.

U sert sans doute sous vos ordres.

L z COLONEL.

Il est Capitaine au régiment. C'est un jeune homme delà plus jolie ligure , d'un cœur excellent , aimable , plein d'esprit de valeur, plus instrwit qu'on ne i^est ordinaire-»ment à soti^ acre ; mais d'une fjlie , d'une étourderie dont on ne peut se faire d'idée.

S te. CLAIRE ( Cl ^mr{ }.

Le vcila trait pour trait.

L'A B B E S S E- Ses qu&lités lui domieat bien des droits à votre indul-

■cence.

Aussi je l'aime de tout mon cœur , cepf^niant quand il paraîtra je ferai un bruit

( Vendant ceUe sç'-nc Gertnide entre et se prosterne aux pieds de saint mirtui, juscju'ù ce c^ae ie Qupilaine éclata

i/e TLre. J

pour la forme.

LE COLONEL

Oli j rien que cela^ que voiilez^vous ? l'âi^e amènera la raîsvon ; j'avoue niêirte ma faiblesse. Ouelque dessein que iaie de gronder , quelque sujet que j*en puisse avoir ^ il rit il caresse, il jne fait des contes; ses saillies me désarment et sans le sé.ieux que je suis contraint d'alFecter, ie rirais souvent de tout mon cœur et de ma prétendue colère et de. son ori^iinalité.

LE C A P I T A 1 N E. ( 9wi pendanf le couplet pré' cèdent s'est beaucoup contraint éclate de rire à la fin et descend. )

Ah i ah , ah , ah ,

Au prodige , au miracle ! Saint martin vient de rire et très distinctement.

Saint Martin vient de rire ? . . . ( il approche ) hé parbleu c'est le Capitaine et le vieux camarade. La plaisant© équipée !

LE C O L O N E L. ( « l'ahbesse) f)ue lui dire à présent ? il a tout entendu,

pardonnez , c'est le plus court.

-Mon cher oncle , vous avez un peu compromis la dienité de votre caractère, mais je n'en abuserai pas. Faisons nous loyalement la guerre et supposons que je n'ai rien entendu. \ oyons, donnez vous carrière, grondes, querellez , apostrophez, et je vous réponds que vous f tort.

LE COLONEL

Ceci est un peu fort, a la preuve, citoyen.

CVst où j'en veux venir. Le conseil de guerre arrctd une visite dans cette maison; la Li^onipeUe sonne, le régiment 5'assemble , et vous entre» : j'étais déjà ù mon )>oste. J'ai fuit ce qu'une arnivîe n'aurait pn faire , c'est de -là que j'ai tout vTi , tout entendu et que j'ai pénôlrô *es plus secrètes pensées. Vous voyez, , citoyen, que mon zèle et mes services l*emportent de beaucoup sur mon inexaclilude apparente , et qne le Colonel le plus bévèra n'aurait absolument rien à me reproclier. LE COLONEL, Et qu'à produit ce zèle , dont vous me parlez avec tant d'emphase ?

LE CAPITAINE

Rien de bien intéressant pour la républiine , j'en conviens ; mais j'ai fait des découvertes qui peuvent assurée votre repos.

LE COLONEL

Et peut on savoir ^ citoyen , qu'elles sont ces découvertes?

LE CAPITAINE

D*abord,je demande grâce pour le vieux camarade, qui

o'a d'autre tort que d'avoir cédé à mes instances,

LE COLONEL

Accordé,

LE CAPITAINE

Il n'y a que le meilleur des oncles» qui puisse avoir dô

pareils procédés. ( Il l'embrasse )

LE COLONEL

Au fait, citoyen , au fait.

LE CAPITAINE

Je vais maintenant vous parier raison , pour la première fois de ma vie.

Il esl de bonne foi au moins,

LE C A F I T A I N E

Vous me trouvez aimable ^ plein d'esprit , toi^t le monde en Convient ; brave, il n'y a pas de mérite à cela , étourdi vous avez raison, mais j'ai le cœur excellent et c'ett d'une grande ressource. Vous pouvez d'un mot i'aire do moi l'homme le plus sensé et le plus réiiéchi.

LE COLOTS'EL.

' Si je fais une pé^reille métarnorpliose , ]e ne doute plu? de rien.

LE CAPITAINE

Je vais vous étonner d'^avantao;e. J'ai pensé , oui )'ai pensé et me suis dit : qu'est-ce qu'un étourdi ? c'est ua être dont l'imagination vole d'objet en objet , sans s'ar-. rêter à aucun, qui ne jouit de rien , parce que ses désirs M'ont pas de but déterminé , qui embrasse l'ombre et laisse écliappé la réalité , qui a le cœur vuide et la tête exaltée ; suivez moi s'il vous p^ait.

LE COLONEL

Je ne perds pas un mot.

Et j'ai ajouté : le bonlieur est en nous. Il ne faut poufîe saisir que résler ses moyens au lieu d'en abuser ; troqaiçrla frivolité conire un grajn de raison ;^ ne point écouter sa tète et consulter son cœur; ne plus dire de jolies choses à toutes les femmes, mais s'attacher sérieusement k une geule. Ce raisonnement m'a paru dicté par le bon sensji et j'ai résolu de me marier.

Ste. S C H O L A S T I Q U E. (à parf } Il est charmant.

Ste. A G N É S. ( à parf) U est adorable,

COLONEL

JPt le mot quç you§ tittcnd~ez , c'est mon cODsentementl^

(53) LE CAPITAINE

Précisément, citoyen.

LE COLONEL

Onand je voudrai du mal u une femme , je lui conseillerai de vous épouser.

LE CAPITAINE

Mais pensez -donc que vous faites le procès a l'étourdi ; et que vous le confondez avez, l'homme raisonnable. Figurez-vous votre neveu marié à. une femme jeune, jolie et enjouée; voyez-le dans son petit ménage , toujouts tendre et toujours aimé; representea-vous mon cher oncle passant ses quartiers d'hiver avec nous, et une nièce clwrmanle souriant au récit de ses exploits guerriers. Je vois d'u l le tableau. Vous êtes assis dans un grand fauteuil, les pieds sur les chenets, ma femme est k vo3 côtés. Elle a une ifiain dans les vôtres, et de l'autre eile soutient un petit marmot qui balbutie votre nom. Un regard tendre s'échappe de tems à autre, et pénètre mon cœnr du sr^ntiment intime de sa félicité. Vous jouisse?; de tout cela. Vous éprouvez des sensations qui vous étaient inconnues. V otre existence est doviblée , votre bonheur est parfait ^ etc'çst è moi cpie vous en êtes redevable,

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