‹ Les dragons et les bénédictines; comédie en un acte et un proseChapitre 10 sur 21 · SCENE Y I I r · texte numérisé non relu

SCENE Y I I r

Madame Sainte SCHOLASTIQUE, Mad. St. AGNÈS, le CAPITAINE.

leCAPITAINE, Prenons le ton grave et mystique nécessaire pour noua

faire écouter.

S Le. SCHOLASTIQUE ( appercepa?ii le capitaine )

Miséricorde !

Stc, AGNÈS.

Un homme !

Ste. SCHOLASTIQUE.

Un officier! à quel dangers on est exposé dans ce siécîâ

maudit !

Ste. A G N E S.

Cependant il a l'air réservé.

LE CAPITAINE

De c;race , mes-dames. ...

Ste. SCHOLASTIQUE ( s' adoucissant, )

Ouel son de voix tlateur !

Ste. AGNÈS {de même )

Quelle figure intéressante î quel dommage ^ (jae ceteaii

jeune homme ne soit ;^:as religieux î

Ste. S C II 0 L A S T I O U E. Appellerons nous , saitite Aû;nès ?

Je n'en ai p?s la force.

Ste. S C FI O L A S T I Q U Ei îil'y moi , ma sœur.

LE CAPITAINE, ( passant entre-elles deux )

Ou'avez-vous , mesdames? aarais-je le mulliear de vous effrayer.

Ste. SCHOLASTIOUE, Mais j monsieur. . . . votre entrée ici. . . . LE CAPITAINE»

Vous t!-Lonne k ce qu'il me parait?

Ste. A G N È S, Kous étonne ? nous confond.

LE CAPITAINE

Elle n'a pourtant rien que de très-naturel ^ les portes étaient fermées , il a fallu sauter par dessus les murailles»

Ste. SCilOLASTlQUE.

OI15 le petit impie! n'avez-vouç été vu de personne?

LE C A P I T A I N E, De personne absolument.

Ste. AGNÈS.

Il est prudent, au moins.

Ste. S C H O L A S T I O U E.

Mais, monsieur, quel est votre dessein?

LE C A P I TA I N E, De vous admirer de plus près.

Ste. A G N È S.

De nous admirer l monsieur avait donc entendu parler de nous ?

tî^ , mesdames , votre verlii iuiL un bruit darts lîT

inonde

Ste. SCnOLASTifJUE.

Notre vertu fait du bruit, ma sœur?

Ste. A G N È S.

Et dans le monde encore ! quel honneur j^our la maî^

«on !

LE CAPITAINE

Oui , mesdames, votre vertu est connue a vingt lieues à la ronde, et je me plai^ à lui rendre hommage* Sie. SCHOL AS TIQUE* C'est un élu , ma sœur,

Ste. AGNÈS.

Il a , en elTet , un air de béatitude.

L Ë CAPITAINE, {se cowposaTif ) Je n'ai jamais aimé la jeunesse. Elle est si pervertie aujourd'hui !

Ste. AGNÈS.

Vous avez bien raison , mon fils.

;, E C A F I T A I N PI. {/es fixant allemaHrcwcnt.) Si jamais je prends une compagne , je veux qu'elle soi6 raiscnnable , et d'un âge mur.

Ste. se H 0 L A S T I C) U E* Çuel jugement !

ste. A G N É S.

Çuelle sagesse !

LE CAPITAINE

Ce n'est plus que dans les monastères qu'il faut cliercher le mérite sans orgueil ^ la modestie sans apprCt , la tendresse sans perlidie.

Çuel homme!

StÇ4

Ste. S C H 0 L A S T I O U E, diactme de ses paroles va droit à l'aïue.

S te. A G N È S, Oui, H l'ame^ ma soc'ur,

I3epuis que les cloîLres sont ouverts^ rien ne m'empêche ,^lus de poursuivre uu projet que je crus Ion'>-Leius uns xhimère , et si un engagement solide. . . .

S te. S C H O L A S T I O U E ( â pari]. Lu eni2aiieni(;nt soliile !

Sle. AGNÈS. -, L'aimable petit enlkuL !

Si en engagement soide pouvait intéresser quelqu'un. , .;

Ste. A (; N È S (bas).

Béfiez-vous de sainte Scholastique.

Ste. S C H O L A S 1' I O U E (ôas),] '^Craignez sainte Agnès.

Ste. AGNÈS (bas).

tîle est acariâtre.

Ste. SCHOLASTIQUE (bas).

£île eit méchante.

Ste. A G N È S (bar). • , ,.

Ce n'est pas à sainle Scholisliqae que %'05 di^ccura Vadressent ?

LE CAPITAINE (bas}.

•Non <, sans doute.

Ste. S C H 0 L A S T I O U E (br,s). Ce n'est pas de sainte Agnès que vous avez entendu *arler?

LE CAPITAINE ( bas }.

Je n'ai sarde^

(,8) Sie. AGNÈS.

Ma sœur, nous avons eu tort de parler à madame comme nous venons de le faire. La ]hilosop]uc pourrait n'avoir pas tant de loris.

Sle. S C H O L A S T I O U E.

Et ce jeune philosophe est bien fait pour nous le persuader.

Sle. AGNÈS.

C'en est fait. Je crois que je suis délermim'e. Sle. S C H O L A S T I 9 U E.

Et moi aussi.

Si'e. AGNES»

Je veu-^ ine rétracter.

Sle. SCHOLASTIOUE.

Moi de même.

'" Ste. A G N È S.

Allons ma sc^ar^, rel'ournez près de madame. Sle. SCHOLASTIOUE.

f)ae 'fy retourne ^ madame? nos intérêts sont communs»

Ste. A G N È S.

Hé bien , allons-y ensemble.

Ste. SCHOLASTIOUE.

Soit, ensemble.

Ste. AGNÈS (bas). A tantôt, mon Ois*

. Ste. SCHOLASTIOUE (has).

'A ce soir, mon cher enfant.

(Elles sor/euf , en se retournant l'une ajirè s l'autre ^•ët's Is capitaine , qui leur fait des signes').

S C É xN E IX.- LE C A P I T A I N E seul.

Et (le deux. Vivent les dragons pour converlir les nonc?. Si on ne dcraave pas mon petit plan de campagne , d'ici à ce soir, je gagne tout le couvent a la République.

Mac]. SAINTE CLAIRE {accourant) , L £ C A P I T A I N E.

hte, CLAIRE.

Hé bien^ mesdumos , av;ivs-je tort de vous d'rn que,

bîcntôl [S'arrclunf). In officier \ [à ^utrt). Où

comme il est joli !

LE CAFITAIN E, '/- 'i <''^ La séduisante petite mine ! ■ \

Ste. CLAIRE. '-'^

Comme il me regarde !

LE C A P I T AINE. ' -

Je suis enclianlé ,. cliarmantc sœur , de vous avoir rencontrée. Je suis un n;issionn:iire cliargé d'opérer des cciiversious , et je m'applaudirai de vous avoir au rang do mes prosélites.

Ste. CLAIRE.

{A part) Il a de l'esprit. [Haut). On aurait pu clioi.-,Ii' un apôtre moins dangereux , et il eût été difficile d'ei\ trouver un plus aimable , ■

LE CAPITAINE

Je ne cherchais pas un compliment,

Stp. C L A r R E.

^ussî , nVn n'cst-co pas un que j*ai prt'len Jii vous fair?:. l E C A r I T A I N E ( T'onhmt lui -^nendre les mains }, Adorubie , en honneur.

Ste. CLAIRE.

Laissez donc ; vous oubliez qu'un missionnaire ne doift. parler qu'à Tesprit.

LE CAPITAINE

Il ne lui est pas défendu d^intéresser le cœur.

Ste. CLAIRE.

A la bonne heure. Le mien ne prend encore aucun in» térét k tout ceci.

LE CAPITAINE, Çueile insensibilité !

Ste. CLAIRE.

On est insensible, parce qu'on n'adore pas monsieur ks la première vue.

LE CAPITAINE

Oh, je n'exige pas cela.

Ste. CLAIRE.

Mais vous y comptez un peu ?

L? CAPITAINE

A vous dire vrai , je croyais

Ste. CLAIRE.

N'avoir qu'à paraître pour opérer une conversioni

LE CAPITAINE

La vôtre ne me semble pas très-facile.

Ste. CLAIRE.

Monsieur juge sainement.

LE CAPITAINE

Mais je n'en désespère pas»

Ste. CLAIR F.

Ce spra.'t nn désespoir un peu prématuré.

LE C: A F I T A I N E

Cliannanle religieuse ?

Ste. CLAIRE.

Aima. L' dragon?

LE CAPITAINE

Les mjmens sunt précieux. Tâchons de nous entendre,

Sle. CLAIR E.

Bien vijlontiers. pai-lez ^ je vous écoute.

LE CAPITAINE

\ ous pensez bien que je ne suis pas ici seloïi saint Benoîl.

Ste. CLAIRE. '

Cela se devine , et de reste.

LE. CAPITAINE. ^ Oue je ne peux pas y rester éternellement. .>

Ste. CLAIRE.

Vous seriez Lien à plaindre d'en avoir seulement la pensée.

Le cloître vous ennuie ? • .

Ste. CLAIRE.

A la mort.

Il faut en sortir , et à l'instant.

Ste. CLAIRE.

En sortir, j'y compte ; à l'instant , c'e^t une sutrc afFaire

LE C A P I T A I N E ( montrant la muTaiUc ). Je suis arrivé par -là, nous partirons par le même clieniin.

Ste. CLAIRE.

Te crains les chemins dilnciles, et vos intenlions apostoliqu<?s ne œe ras£urent pas du tout,

LE C A P I T A I N E

!Mes intentions! mais je vous jure que je n'en ai aucuii^ qui puisse. . . .

Ste. CLAIRE.

J'en ai, moi, et dont je ne m'écarterai poiitt. Le capitaine.

Feut-on, sans être indiscret, vous demander quelles sont ces intentions?

Ste. CLAIRE.

Je n'ai jamais rien dissimulé. La vie monastique ne me convient pas du tout , vous pouvez en jucher ; j'ai résolu de me rendre à moi-niéme, vous le croirez aisément j mais je n'employerai que les moyens avoués par la décence, et je me garderai bien d'aller courir les champs avec un dragon, et un dragon de votre tournure

LE CAPITAINE (à par/).

\ oiliile plus aimable petit lutin que j*aie vu de ma vie.

Sle. CLAIRE (à par/].

Voil;i le plus dangereux missionnaire que je pusse ren^ contrer.

LE CAPITAINE

Ma scrur ?

Ste. CLAIRE.

Mon f.cre ?

LE CAPITAINE

Je voulais vous convertir , et je crois que c'est vous quï me convertirez.

Ste. CLAIRE.

\ rus allez attaquer mon amour-propre ; je vous déclare que je n'en ai point.

LE CAPITAINE

Charmanle , et point d'azucur - propre ! Vous êtes un» femme accompli(X

( -^3 ) Sle. C L A I R E.

Vous revenez, k \ oLre but piii' un dctour , finesse

inuLile.

LE C A P I 1" A I N E

Je nVmploie ni linfsse , ni drlouv. Ea iéte me tourn!" ^ rt je crois que j'ai le cœur aussi vivement alLa^juc qu*^ l'esprit.

Ste. C E A I 11 E.

Votre état est alarmant ! lieureuseiuent ce mal subit ne sera pas ue Ionique durée.

LE C A P 1 T A I N E

Qui vous l'a dit?

Stc. C L A I RE .

Je le présun\e. '*

LE CAPITAINE

Et si vous vous trompiez.? . •-'

Ste. CLAIRE.

Ce serait un triomplie trop liatteur ! Ene petite religieuse voir un vainqueur a ses pieds! ....

LE C A P I 'ï AINE.

Ah , vous me perfilllez. ! PiOvcuons ; j'ai été jusqu'ici passablement libertin.

Ste. CLAIRE. ■ - -^

Je le crois.

LE CAPITAINE

j Mais je renonce k mes amours de rr'irnison , et je raft |)ette k corps-perdu dans la réforme.

Ste. C L A I R E.

Et vous le dites d'un ton a persuader le contraire.

LE C A P I r A I N £.

Ce n'est pas k mon ton, c'est k mon cœur qu'il faut Ivoire,

SLe. CLAIRE.

Écoulez ) monsieur le dragon, vous me parle?-, je vous répiinds ; grâce à mon élourderie , me voilà passablement compromise. Je vois que cette conversation nous mènerait trop loin : je vous salue , et je vous quitte, LE CAPITAINE.

Un moment. Il sera toujours tems de nous ni'.ilter, et bien-tôt , peut-être , il ne le sex'a plus de prendre cerUiila arrangemens, . . .

Ste. CLAIRE.

Des afrangemons , l'expression est forte. LE CAPITAINE.

Et si ceux que j'ai à vous proposer » accordaient votre Cœur et votre délicatesse ?

Ste. CLAIRE.

Cela me paraît difficile.

LE C A P I T E I N E

Rien de plus aisé. Vous quittez cette maison , vous rentrez dans le monde : qu'y ferez-vous ?

Ste. CLAIRE.

Je ne sais.

LE C A P I T A I N Ei

Avez vous des parens ?

Ste. CLAIRE.

Hélas , non,

LE CAPITAINE

tJne jeune personne de votre âge, ne saurait vivre isO'*-,|| lée. Il faut tenir k quelque chose , et le mariage est } le moyen le plus sûr d'imposer silence aux méchans ; \ voilà pour la délicatesse : il vous faut un mari jeune', enjoué , qui ne vous lie que par la tendresse , qui n'ait d'empire que pcir les plaisirs^ voilà pour le cœur: je serai ce m.ari là -, je levé toutes les difficultés , je vous épousf? ce soir , c'c'^L un aHaii-e conclue.

Ste»

Sic. C L vV I R E.

Vous allez un peu vîie.

LE C A P T T A î N E.

Nos moniens sonL cnmnlés , un militaire est pressé â<i )ouir , et nous nous marierons aujourd'hui, parceque je jjiris être tué déniai n.

Sie, CLAIRE Voilà qui est parfaite ment arranué,

LE C A P ï 1' AINE..

N'est- il pas vrai ?

Ste. CLAIRE.

Si c'est une plaisanterie, elle esL trop forte; si ce projeÊ 'est sérieux, il est ,ns. ns',

Je fais l'amour oaîment et je ne plaisante pas, et loin qu'il y ait de ladémen?e à vous aimer ^ plus je vousvoisj plus je me trouve ra s naable.

Sic. CLAIRE Voila bien le plus s'n^ulier hasard!.,, mais pensez donc que nous ne no^s connaissons point. LE (JAPITAINE Je crois au con'ra-re que nous nous connaissons beaii^

toup.

Ste. CLAIRE,

Oue je ne possède absô'ument rien;

LE C A P I T A I N F-

N'y moi non plus , je sais dans toute l'étendue du moi un capitaine sans culottes.

Sle. C L A I R Ei Et que je suis d'une étourderie. ... i

LE C A P I r AINE, Oh, de ce côté là, je n' uirai rien k vous l'éprocher. Vous voyez que nous tenons d'éjk l'un ki,'dutre par les

(.6) rannorts les plus frappans , et si l'.imour que vous m'aveî inspiié était, un Je tes coups simpatîii lUes, . .. Ste. CLAIRE.

Monsieur le capitaine, le désir de la liberté, si na.« turel a mon uo^e , l'espoir de la recouvrer bientôl , m'ont exalté la tête à un point que je n'ai scu d'aujourd'hui n'y ce que j'ai fait, n'y ce que j'ai dit. Nous venons d'avoir un entretien , qui n'a pas le sens commun , et que ma situation seule peut rendre excusable aux yeux de la rais(>n. Cmelque soit l'opinion que vous avez conçue de moi , quelques soient vos in'cnlions , je vous détlare que vous ne m'arracherez pUis un mot et que je v nis attends au parloir : c'est là , qu'en présence de madame i' Abbesse , je parlerai avec l.i franchise que vous me connaissez ,je me n •Hime madame sainte Claire souvenez vous en, e§ prenez votre parti. ( c^/e sort. )

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