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Les drames de l'adultère

r QWfev^^ ^^^ aurait voulu s'isoler dans ce qu'il appelait son bonheur ; mais }^

ft l^^W^^^Mî Blanche avait exigé qu'un dîner d'apparat réunît à l'hôtel de la rue k\

(i^ W,|?^^^ de Boulogne quelques-uns des plus intimes amis du comte. g

1^ \^^^^^é' Pendant ce repas, qu'elle présidait avec une aisance souveraine et t.'

^ î-Q^ qu'elle semblait prolonger à dessein malgré l'impatience manifeste de vr

ri ^^t ^* ^^ Nancey, la nouvelle comtesse étonna ses convives par une 'gaieté '^

5) nerveuse qui n'était ni dans sa nature ni dans ses habitudes. — On eût dit qu'elle i^,

§ cherchait à s'étourdir. ^^

8 Cependant un peu après onze heures elle disparut, laissant son mari et ses hôtes ^

^ libres de passer au fumoir, si tel était leur bon plaisir. Itt

f^ Paul, en la voyant s'éloigner, poussa un soupir de soulagement, et ses amis, W

S comprenant qu'il avait hâte d'être seul;, ou plutôt d'être deux, firent retraite de ^

(|i bonne grâce, non sans avoir accompagné leurs adieux de quelques plaisanteries un (^

§ peu plus que gauloises. ^

(s — Enfin ! enfin ! — murmura le comte en s'élançant dans l'escalier dérobé qui (^

y. conduisait à son appartement particulier, séparé par un couloir de celui de Blan- v

^ che. — J'ai cru que cette soirée ne finirait pas!... ^

n Aussitôt chez lui Paul fit sa toilette de nuit avec une rapidité fiévreuse. — U

g 4 LA COMTESSE DE NANCEY fj

j? Jamais amant de vingt ans, époux depuis une heure, et qu'une vierge amoureuse

Ji attend dans la chambre nuptiale, n'eut plus de désirs dans le cœur et plus de laves

j^ dans les veines.

^ La Circé dont les yeux magiques le troublaient et le fascinaient, — la Mélusine

ï) dont les cheveux blonds l'enlaçaient de leurs cordes d'or dont le parfum lui don-

j^ nait le vertige, — l'irrésistible enchanteresse qui depuis si longtemps se refusait

jl à lui, allait donc enfin se donner tout entière, sans entraves, sans restrictions, sans

R remords, et resterait sa maîtresse adorée tout en étant sa femme légitime !

f'j Paul, ému jusqu'au délire, agité jusqu'à la folie^ se répétait ces choses en traver-

^^ sant le couloir au bout duquel se trouvait la porte du cabinet de toilette de la nou-

^ velle comtesse.

y. Il voulut ouvrir cette porte... V

^ A sa grande surprise, elle résista. — Les verrous intérieurs avaient été poussés. ^

n Que signifiait cela? — Blanche devait l'attendre. — Elle savait bien qu'il allait '

^ venir. — Pourquoi donc cet obstacle imprévu, retardant de quelques minutes le

(ij moment pour lequel il aurait donne des années de sa vie?. . .

léj L'impatience du comte égala son étonnement, mais il ne s'y mêla d'abord ni soupçons ni colère. — ■ Le hasard seul était sans doute coupable. — Vraisemblablement quelque femme de chambre maladroite avait poussé les verrous dans la

K journée; — la comtesse ignorait ce détail, et, tout naturellement, la porte restait

^ close... — Rien de plus probable en somme, et, — pensa Paul, — rien de plus

^^ certain...

Il frappa doucement d'abord et, pendant une ou deux secondes, il attendit. Aucun mouvement intérieur, aucun bruit, même le plus léger, ne vint luijaire comprendre qu'on l'avait entendu,

g 11 frappa plus fort, — puis très-fort. — Même immobilité, même silence,

g Entre le couloir et la chambre à coucher il n'y avait que le cabinet de toilette.—

i 11 était impossible que la jeune femme se fût endormie, et d'ailleurs le bruit de la

V main impatiente de Paul heurtant le panneau sonore aurait suffit pour interrompre

^ le plus lourd sommeil.

n Mais alors pourquoi donc s'obstinait-elle à ne pas répondre, à ne point ouvrir?

g M. de Nancey approcha sa bouche de la serrure et à deux ou trois reprises il pro-

§ nonça le nom de Blanche, d'une voix de plus en plus accentuée et qui finit par

ij être éclatante^ car la colère le gagnait.

^ Il domina cependant cette irritation et, faisant sur lui-même un violent effort,

Yi il attendit de nouveau, en prêtant l'oreille.

Toujours, à l'intérieur, ce silence incompréhensible.

Alors une terreur folle s'empara du comte, et les suppositions les plus insensées se présentèrent à son esprit. — Dans la disposition d'esprit où il se trouvait, tout semblait possible, — même l'impossible...

— Si Blanche avait pris la fuite?... — se dit-il en frissonnant; — si la chambre était vide ?

A peine ce soupçon terrible eût-il effleuré sa pensée qu'il ne chercha plus à se contenir, — il recula de deux ou trois pas, prit son élan, bondit, et son épaule heurta l'obstacle avec une impétuosité si grande qu'on entendit le bois gémir et craquer, les serrures se disjoindre, et que la porte fendue s'abattit à moitié, retenue seulement par un de ses gonds et laissant le passage libre...

Le flambeau que tenait M. de Nancey s'était échappé de sa main. — Il se trouva dans une obscurité profonde.

Mais au même instant un flot de lumière inonda le cabinet de toilette, et Blanche, pieds nus, serrant contre sa poitrine les plis d'un peignoir mal attaché, parut sur le seuil de la chambre.

Paul s'élança vers elle. — Dans son désordre elle était si belle que la colère du jeune homme s'évaporait déjà...

Blanche l'arrêta du geste.

— Quoi ! — lui dit-elle d'un ton glacé et méprisant, — un tel scandale dan.votre maison !.. . la nuit!... Et c'est vous! vous... un gentilhomme!... Ah! monsieur le comte!...

— Soyez juste... — balbutia M. de Nancey, — est-ce ma faute?... J'ai été violent, j'en conviens... Mais si vous m'aviez ouvert...

— Vous n'auriez point brisé cette porte, je le crois sans peine ! — interrompit la jeune femme en haussant les épaules ; — mais, puisque je ne vous ouvrais pas, vous deviez comprendre que je voulais rester seule et respecter ma volonté...

— Rester seule! cette nuit ! — répéta Paul stupéfait et pouvant à peine croire à ce qu'il entendait. — Vous l'avez désiré? — Vous avez cru que j'y consentirais?

— Pourquoi non ?

— Mais vous êtes ma femme... Vous m'appartenez... — s'écria M. de Nancey. — La loi de Dieu et la loi des hommes le veulent ainsi!... — Le mariage m'a donné des droits...

— Des droits dont vous n'userez pas sans mon consentement, je suppose, si vou> êtes un galant homme! —interrompit Blanche. — Posséder une femme au nom de la loi, c'est là un triste privilège ! — Je refuse de croire que le mariage ait fait

de moi votre esclave! — Je vous ai loyalement prévenu, d'ailleurs... — Si je porte

n aujourd'hui votre nom, c'est qu'il me fallait ce nom pour effacer l'injuste flétris-

■A sure que vous m'aviez infligée! — J'interroge mon cœur qui vous a tant aimé, et

^ ce cœur ne bat plus... — Monsieur le comte, je vous en prie, retirez-vous...

p — Me retirer ! . . . Vous ne l'espérez point ! . . .

^ — Je l'espère et j 'y compte. . .

>l — Blanche, c'est une épreuve, n'est-ce pas? — reprit Paul en délire et trahissant

i\ par le désordre de son langage le désordre de sa pensée. — Vous me punissez de

{é cette faute qu'au prix de tout mon sang je voudrais n'avoir point commise ? — Si

^ vous pensiez ce que vous dites, la punition serait trop cruelle... — Vous savez bien

(^ que vous êtes tout pour moi... tout au monde!... Vous savez bien que je vous

^ aime î . . . vous savez bien que je vous adore î . . .

i^ Le jeune homme s'avança de nouveau vers la comtesse et essaya de la prendre

n dans ses bras. — Elle se dégagea brusquement et recula jusque dans l'intérieur de

i^ la chambre à coucher, oîi il la suivit.

(vf — Pour la seconde fois, — murmura-t-elle, — je vous supplie de vous retirer. . .

iJ — Blanche, je voudrais vous obéir, mais je n'en ai pas le courage... — Laissez-

I? vous toucher par mes prières, par mes larmes... — Je ne parle plus de mes

n droits... —Oui, vous avez raison, les seuls sérieux, les seuls sacrés, les seuls que

g Je reconnaisse et que j'ambitionne, sont ceux que je tiendrai de vous-même ! —

§ Ne brisez point d'un mot toutes mes espérances... Ayez pitié d'un cœur qui n'ap-

1^ partient qu'à vous et d'un amour qui grandit encore!... Ne me chassez pas!... ne

1^ me chassez pas ! . . .

*] En écoutant ces paroles incohérentes, ces supplications passionnées, la nouvelle

i> comtesse cachait dans ses mains jointes sa figure inclinée.

^ Quand Paul eut achevé, elle releva la tête, écarta ses mains et permit de voir

S) un visage sur lequel aucune émotion ne laissait sa trace.

IS — Soit ! — dit-elle d'une voix glaciale, — la loi me donne à vous... — Restez...

è Lejourallaithientôt paraître. —Un silence profond régnait dans la chambre

^ éclairée faiblement par la lueur d'une veilleuse enfermée sous un globe] d'albâtre, g Blanche Lizely, comtesse de Nancey, enveloppée dans un long peignoir et assise

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a LA COMTESSE DE NANCEY

auprès du lit, regardait d'un œil plein de haine son mari, pâle et fiévreux, dor- y

7i mant d'un sommeil agité. /^

Soudain Paul fit un mouvement brusque et se débattit comme pour se sous- ii\

traire à quelque terrible vision. — Des sons rauques et inarticulés s'échappèrent (j

de ses lèvres et enfin il prononça par deux fois, avec une expression de terreur, le ^

\$ nom de Marguerite...

Même lorsqu'elle n'a plus d'amour, la femme garde la jalousie. — Le diable le

veut ainsi ! . . . if^

Û Blanche saisit avec une force nerveuse le poignet de son mari et le secoua en ^

s'écriant : ^

— Ainsi, près de moi, vous pensez à elle! vous rêvez d'elle! et vous dites que C^

;r, vous m aimez î î/

^ Le comte, éveillé brusquement, ouvrit des yeux hagards et, dans le trouble de X;

son esprit, confondant le cauchemar et la réalité, balbutia d'une voix étranglée : H

— Ah! cette morte... elle me parle... elle me touche I... Que de sang ! que de Rj sang! J'ai peur... ^

Ces paroles étranges et surtout l'accent du comte étaient si effrayants que vj

^ Blanche à son tour fut émue. ^*

— Qu'avez-vous vu?. . . Que rêvez-vous donc? — demanda-t-elle avec un frisson. U Paul la regarda; il la reconnut, et, poussant un soupir de soulagement, il dit, i;'

comme se parlant à lui-même : (A

-— Un rêve, oui... c'était un rêve... ^

(^ — Quel rêve? — répéta la comtesse. — -Je veux savoir... Vi

— Un rêve affreux... — Il y avait un corps entre nous... un corps sanglant... U' le cœur troué... un cadavre... le sien... comprends-tu? ^^

— Le rêve avait raison... — pensa Blanche, glacée jusque dans les moelles de ses d os, jusque dans les profondeurs de son àme, — il y a le sang de Marguerite entre ^j cet homme et moi... il y a ce crime qui, pour jamais, nous enchaîne et nous sépare ^t à la fois... V

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