LES VISITES DE NOCES
Cette première nuit des secondes noces était en quelque sorte le prologue de a
l'existence impossible réservée par Blanche Lizely à l'homme dont elle était devenue g
la femme. (ji 1^ Chaque jour le comte, dont une froideur sans cesse renaissante exaltait jusqu'au ^ délire la passion inassouvie, voyait se renouveler des scènes presque pareilles à
fl celle que nous venons de raconter. — Chaque jour il s'efforçait de fondre la glace ^
i^ et d'animer le marbre^, et chaque jour il l'essayait en vain. i^
f<i Cette torture sans nom, oubliée par Dante Alighieri dans les supplices de son ^
^J] Enfer, Paul la subissait en esclave, sinon résigné, du moins docile. — Il ne se S)
[^ décourageait point et, sachant que Blanche l'avait aimé, il comptait sur l'avenir et '^
'Û se disait que plus tard, sans doute, trouvant l'expiation suffisante, elle lui reviendrait ^ ^ tout entière, ardente et tendre comme autrefois... — Cette espérance lui donnait
.a force de tout accepter- m
M La nature féminine est essentiellement mobile et changeante. — C'est seulement l
\3 dans les romans et dans les drames qu'on trouve des héroïnes tout d'une pièce dont '^
V l'inflexible caractère ne se dément jamais et qui poursuivent, jusqu'au bout du v
i^ volume ou jusqu'au dénoûment de la pièce, sans faiblir et sans hésiter, leur œuvre ^
de haine ou de \ engeance. ^ Le temps efface bien des souvenirs, cicatrice bien des blessures, et, somme toute, il était dans l'ordre des choses possibles que les ihusions du comte devinssent un jour des réalités.
Qui sait par exemple si la nouvelle comtesse, obtenant, grâce à son mari, ces ^,
satisfactions d'amour-propre, ces jouissances d'orgueil auxqueUes elle attachait un n
La marquise, vm peu souiïiante, n'a pu m'accompagner. (Page 5.) fj
grand prix, n'en arriverait pas, sinon à l'aimer de nouveau, du moins à ne plus le S
haïr?... (fi
Nous l'avons dit dès le début de ce récit, — lorsque nous avons présenté pour la Û
première fois à nos lecteurs la blonde maîtresse du chalet de Ville-d'Avray, — k'
Blanche, fille du baron Lizely, tenait d'autant plus à devenir madame de Nancey, ^^
que le comte — (elle le croyait du moins) — pourrait ouvrir devant elle les portes ^
du monde aristocratique, de ce monde dont sa situation en marge de la société é
semblait devoir l'exclure à tout jamais. S
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I? 10 LA COMTESSE DE NANCEY g
^ Huit jours après son mariage, la nouvelle comtesse étudia la liste des famille? ^
l auxquelles des lettres de faire-part avaient été adressées, et elle dit à M. de Xancey j^
s! qu'elle était prête à commencer les visites de noces qui devaient lui créer de nom- |
(J breuses et aristocratiques relations. 3
S Paul n'aimait pas le monde, — nous le savons, — et ces visites allaient être pour g
t lui une insupportable corvée ; — il s'y soumit cependant, non-seulement de bonne
grâce, mais encore avec un feint enthousiasme.
^ Qui sait si, le soir venu, Blanche ne le récompenserait pas de son empressement ^
P par une froideur un peu moins désespérante? g
k Dès le lendemain la jeune femme, délicieusement belle et gracieuse dans sa f)
8 toilette exquise, montait en voiture avec son mari, emportant toute une cargaison 8
^ de cartes armoriées. U
ci II s'agissait de parcourir successivement le faubourg Saint-Germain, le fau- ^
n bourg Saint-Honoré, le quartier des Champs-Elysées et celui du parc Monceaux. /^
«^ — Plusieurs après-midi devaient être employées à ce travail mondain, surtout R)
(^^ si le nombre de maîtresses de maison qu'on trouverait chez elles était considé- (J
f) rable... |
^ i\Iais tout d'abord il fut évident que ce nombre serait restreint. — On eût dit ^
U que ces dames s'étaient donné le mot pour n'être point chez elles. — Partout le k
f^, valet de pied du comte, après avoir disparu pendant quelque secondes sous la voûte ^
g de la porte cochère, revenait en disant : g
f) — Madame est sortie. §
vit Et déposait des cartes cornées. \\
U — Il fait beau, — murmura Paul avec un sourire un peu contraint, — tout le U
^ monde est au bois... ^
« Blanche fronça le sourcil et ne répondit pas. ' |i
S) — C'est le jour de réception de la vieille duchesse de L...;, dont je suis l'arrière- S)
^t cousin, — reprit le comte au bout d'un instant, — nous sommes sûrs au moins de (ft
r) la trouver chez elle. S
^ — Qui sait? — répliqua Blanche. — Peut-être la duchesse, rompant avec ses ^
^- habitudes, est-elle au bois... comme toutes ces dames... îi
à Non, la duchesse n'était point au bois, et elle recevait. ^
^^ Déjà dix ou douze voitures de maître se trouvaient en ligne dans la cour de son ^^
fV hôtel, Tun des plus vastes de la rue de Yarennes. jv
^ Paul et sa femme mirent pied à terre sous la marquise vitrée qui protégeait les y
U degrés du perron, — un grand valet de pied, en culotte courte et en habit à la S
^ sonnes '
^ française à galons armoriés, se tenait debout dans le vestibule. — 11 ouvrit la x|
y^ porte d'un salon d'attente; un huissier vêtu de noir et à chaîne d'argent prit les |^
n noms des visiteurs et, ouvrant une seconde porte, annonça : ^
^ — M. le comte et madame la comtesse de Nancey... ^
^ Une quinzaine de femmes et cinq ou six hommes étaient réunis dans un salon p)
\S immense, avant une cheminée monumentale à chacune de ses extrémités. >J
y. x\ussitôt après l'annonce de l'huissier il se fit un grand silence, et tous les regards U
15 se tournèrent vers les arrivants. K\
a La duchesse, âgée de soixante-huit ou soixante-neuf ans à cette époque, avait g
g été fort belle, et des vestiges de cette beauté se retrouvaient encore sur son visage ^
\^ pâle, encadré de cheveux blancs comme la neige. — Elle était grande et mince, très- vt
V droite malgré son âge et véritablement imposante. U
^ Madame de Nancey, malgré son aplomb, malgré la confiance en elle-même résul- J^
n tant de la certitude de sa distinction, de son élégance et de sa grâce, se sentit un nt
^ peu intimidée et presque émue. F)
^ La duchesse quitta son fauteuil, fit deux ou trois pas et attendit. C*
^ Le comte lui baisa respectueusement la main et lui présenta Blanche. t^
^ Madame de L..., sans embrasser la jeune femme qui, par le mariage, se trou- ^
f{ vait devenue son alliée, — à un degré très-éloigné, il est vrai, — lui rendit froide- /^
^ ment son salut, — lui désigna de la main un siège auprès du sien, — lui adressa £)
(.i d'un ton glacial quelque phrases banales d'une irréprochable politesse ; puis, ces- ^^
^ sant de s'occuper d'elle, renoua avec les autres femmes de son cercle la conversa- fj
^ tion commencée auparavant et un instant interrompue. ^
y, Cette conversation devint presque aussitôt générale. — Paul et Blanche, seuls, U
^ n'y pouvaient prendre part, personne ne s'adressant à eux, et d'ailleurs les choses j^,
h et les gens de qui l'on s'occupait d'une façon toute familière leur étant inconnus... g
^^ Il était impossible d'être plus complètement isolés au milieu de vingt per- ^
^) Blanche ne paraissait point s'en apercevoir; mais elle en éprouvait une gêne V
^ inouïe et une souffrance poignante. — Les femmes la regardaient curieusement, a ^^
la dérobée, comme une chose qu'on est bien aise d'avoir vue^ mais qu'on ne doit 4
plus revoir. — Les yeux des hommes exprimaient l'admiration pour sa beauté sou- ^
veraine; mais cette admiration, trop vive pour être bien respectueuse, était de (5
celles qu'on accorde à une actrice, à une danseuse ou à une écuyère du Cirque... g
'i Paul faisait semblant d'écouter ce qui se disait auprès de lui, — souriait vague- m
I ment et hors de propos, et se mordait les lèvres jusqu'au sang... ^
fj 12 LA COMTESSE DE NANCEY S
Au bout de di.x minutes madame de Nancey se leva, salua la duchesse et prit
■^ congé, suivie de son mari. 0
La grande dame les reconduisit jusqu'au milieu du salon, — leur fit une rêvé- |
rence de la bonne école, avec cette même politesse irréprochable et glaciale dont ^
fj nous avons parlé, — et leur tourna le dos. v
1 A peine en voiture, Blanche, faisant sur elle-même un violent effort pour ne vi
point laisser éclater sa colère, murmura d'une voix tremblante :
^ — C'est donc ainsi qu'on vous reçoit dans votre famille et qu'on accueille votre ^
à femme! — Je vous en fais mon compliment! ^
^ — Il ne faut point vous blesser des façons cérémonieuses de la duchesse, — bal- ^
8 butia Paul, qui voulait à tout prix conjurer l'orage menaçant. — C'est une femme (.♦
tj d'une autre époque. — Elle se choque facilement quand on paraît manquer en Lj
>! quelque chose aux égards qui lui sont dus. — Or je l'ai singulièrement négligée, g!
H et depuis bien longtemps... — Elle m'en garde rancune et nous l'a fait sentir par à
pj ses manières un peu contraintes... mais vous verrez vous-même, lorsque vous la JJ
(^ connaîtrez mieux... (f.
p; — J'ai vu cette duchesse aujourd'hui pour la première et dernière fois de ma p
^t vie! — interrompit Blanche violemment. — Je ne remettrai plus les pieds chez ^
U elle!... — Oh! non, par exemple, jamais ! U
& — Cependant... — hasarda le comte. ^
^ — Jamais, jamais! — répéta madame de Nancey, — et tenez pour certain, (?^
f\ monsieur, que, lorsqu'elle me rendra ma visite, la consigne sera donnée et je ne fi
^1 serai point chez moi... y
^2 Paul secoua la tête sans rien dire. U
Il commençait à croire que Blanche n'aurait, hélas ! aucun besoin de donner è!
cette consigne, et que la voiture de la duchesse ne s'arrêterait pas de sitôt devant }i
l'hôtel de la rue de Boulogne... ^ La tournée continua... — Le valet de pied fit son office en déposant des cartes
cornées dans les loges de concierge des plus aristocratiques maisons de Paris... —
Toutes ces dames étaient sorties ! . . . Au bout de trois jours la liste fut épuisée, et madame de Nancey resta chez elle, ^ attendant les visiteuses...
if^ Ces visiteuses ne parurent point et se firent représenter par une pluie de cartes
§ non contées, apportées sous enveloppe par des nuées de valets aux livrées multi-
M colores... ^r
W La déception était cruelle. . . l'insolence manifeste. Blanche en frissonnait de colère. [<
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LE CONCEET.
La nouvelle comtesse de Nancey ne se tint pas cependant pour battue. — Elle se persuada que par Tattrait des plaisirs mondains elle forcerait à venir à elle ces femmes impertinentes et dédaigneuses, et elle résolut de donner une fête dont la splendeur étonnerait Paris.
Serait-ce un bal? — Serait-ce un concerL?
Elle se décida pour un concert.
Le programme rédigé fut splendide. — Il comprenait le nom de tous ces artistes illustres dont la renommée se paye si cher que chaque note échappée de leur gosier représente un billet de banque. — Adelina Patti devait chanter. C'est tout dire.
Les princes de sang royal, les princes de la finance, ou les princes du journalisme, pouvaient seuls se permettre une pareille réunion de célébrités.
Certaine de fixer ainsi du premier coup l'attention sur elle et de classer sa maison parmi celles dont les réceptions font événement, Blanche lança ses invitations.
Un souper, — ou plutôt quatre soupers, devaient suivre le concert, — et les invités, divisés en quatre séries, prendraient place successivement à des tables servies avec une incomparable magnificence.
Il suffira d'un tout petit détail, croyons-nous, pour donner une idée du luxe prodigué par madame de Nancey.
Le mémoire des fleurs rares qui garnissaient les salons, les escaliers et le vestibule, atteignit le chiffre de quinze mille francs, — et ce chiffre n'avait rien d'exagéré.
Blanche s'était promis d'être, ce soir-làj, plus belle encore que de coutume. Elle
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^ se tint parole. — Sa toilette, d'une adorable simplicité, consistait en une robe de ^
crêpe de Chine d'un bleu pâle, décolletée audacieusement, dont le corsage n'était g
§ retenu que par de minces épaulettes qui paraissaient toujours au moment de glis- ^
§ ser, — et qui cependant ne glissaient pas. (J
8 Autour du cou, — tranchant sur la blancheur éclatante de la peau, — un ruban V
^ de velours noir auquel un gros diamant servait d'agrafe. g
y\ A chacun des poignets un cercle d'émail noir, constellé de trois diamants. }f
h Dans les nattes des cheveux blonds, du côté gauche, un nœud de rubans bleus £J
S ayant un diamant au centre. — Deux longs rubans de la même nuance descen- ^^
^ daient plus bas que la taille et caressaient les épaules nues. f)
^ Blanche ainsi vêtue, — la pâleur faiblement rosée de son teint mat mise en vt
j^ valeur par ces tons d'azur délicat qui semblent faits exprès pour encadrer les blon- U
n des, — était si séduisante que le comte en le voyant tressaillit, frissonna, et sentit ^,
^i un flot de sang chaud monter de son cœur à ses joues. . . (}
L") Jamais l'électricité amoureuse qui rayonnait autour de la sirène ne s'était déga- f)
(5 gée plus violemment, et n'avait agi sur les sens de Paul avec plus de puissance. ^
1^) L'enchanteresse n'était point pour lui la comtesse de Nancey, — elle était toujours v
et plus que jamais Blanche Lizely ! — L'épouse légitime n'existait pas...— La mal- ^
tresse adorée avec frénésie, désirée avec rase, restait seule... U
r\ Il s'approcha de la jeune femme qui jetait un dernier coup d œil sur les salons S]
(d illuminés déjà presque complètement ; — deux valets achevaient d'allumer les ^^
^ bougies des candélabres et des lustres. ty
^ — Que dites-vous de la façon dont j'ai tout ordonné? — lui demanda Blanche. y
^ — Il me semble que c'est réussi... U
R — Tout est bien, tout est parfait... — répliqua le comte. — Partout se voit l'em- h
h preinte de votre goût si pur... — Mais ces magnificences, je l'avoue, me laissent (a
^ indifférent... — il y a ici une merveille près de laquelle toutes les autres pâlissent, ^
^ s'effacent et disparaissent. . . — C'est vous ! . . . 11
j^ En une autre occasion Blanche aurait accueilli ce madrigal par un froncement !J
^ de sourcils dédaigneux ; mais, ce soir-là, elle voulait plaire à tout le monde et, ^
n dans sa fièvre de coquetterie, elle consentait même à plaire à son mari. (i
^ — Amsi, NOUS me trouvez en beauté? -— murmura-t-elle avec un demi-sourire, s)
§ en jouant de l'éventail et en se regardant de trois quarts dans une grande glace qui ^
1^ lui faisait face. fv
^ M. de Nancey lui prit la main, qu'elle ne retira pas. >î
>\ — Vous êtes belle à fondre les cœurs... belle à damner les âmes !... — répon- K
^ dit-il avec passion. — Et quand je pense que tu es à moi, tiens, vois-tu, je deviens
n fou!!!
ij) Encouragé par le sourire qui n'avait point quitté les lèvres de madame de Nan-
cey, Paul essaya de la prendre dans ses bras et d'appuyer ses lèvres sur l'or pâle
de sa chevelure.
Blanche le repoussa vivement.
\ — Oui, en vérité, vous êtes foui — répliqua-t-elle d'une voix sèche et dure, — U
i\ ne voyez-vous pas que vos eens sont là? ç!
J — Vous êtes cruelle!... — balbutia Paul.
^ — Cruelle, parce qu'il ne me plaît point de donner à des valets le spectacle de ^-j
\S vos pastorales! — répondit la jeune femme d'un ton moqueur. — Eh bien! soit! ^
^ — Mieux vaut la cruauté que le ridicule ! — J'accepte le premier rôle et je vous v
jX laisse le second... ^
a M. de Nancey baissa la tête et s'éloigna silencieusement. — Nous ne demandons Jji
^ point qu'on le plaigne, car il ne méritait pas de pitié, mais sa souffrance était S)
\^ poignante. — Ces coups d'épingle continuels équivalaient pour lui à des coups de ^^
^ couteau ... ?)
fi . . }i
|5 Tous les apprêts étaient terminés. vî
^i Les roues d'une voiture firent résonner les pavés de la cour, et l'huissier chargé U
i^l d'annoncer lança dans les salons un nom retentissant, celui du marquis de P... i^
(è — Il est seul ! — murmura madame de Nancey en allant à sa rencontre avec Paul . ^
^ — Pourquoi seul? f)
p — La marquise, un peu souffrante, n'a pu m'accompagner... — dit M. de P... (1
f^ en baisant la main de Blanche. — Plaignez-la, madame la comtesse... Elle va per- U
^ dre les plaisirs d'une soirée qui fera certainement époque dans les fastes de la haute c!
^ vie. . . — Plaignez-la ! . . . plaignez-la ! . . . ri
V3 vit
^^ Les sourcils noirs de madame de Nancey se contractèrent; — mais en somme S)
li " n
\)5 il était possible que la marquise fût souffrante... — Pourquoi pas? — Aucune ('t
y marquise n'est à l'abri d'une migraine ou d'un rhume... x)
^ Hélas ! — il faut croire qu'une malfaisante épidémie sévissait ce jour-là sur les >î
h plus aristocratiques quartiers de Paris et frappait spécialement les femmes. ^
g Les habits noirs affluèrent bientôt dans les salons, mais rien que des habits noirs! ^
{^ — Pas une jupe ! (^
7i) Les invités, en saluant madame de Nancey, avaient tous sur les lèvres la même f)
"^ phrase d'excuses, banale et stéréotypée. — Comtesses, vicomtesses et baronnes y
fl étaient retenues au logis — par ordonnance du médecin ! . . . vt
i^" iG LA COMTESSE DE NANCEY g/
;^ Deux cents habits noirs, environ, respirèrent le parfum des fleurs, s'enivrèrent ^
fï d'harmonie, applaudirent la divine Patti, — et mangèrent les quatre soupers. j
i> Blanche frémissait d'une colère qu'elle ne parvenait qu'à grand'peine à dissi- j^,
(è muler, malgré tout son empire sur elle-même. '^
^^ C'est donc une conspiration ! — se disait-elle tout bas en froissant dans ses r)
fe mains crispées son mouchoir de dentelles. ^
1^ Oui;, c'était une conspiration. U
i\ Une barrière infranchissable existait entre la nouvelle comtesse de Nancey et ce ^
(^ monde patricien vers lequel la poussaient ses aspirations. g
^^ Après le retentissement terrible du drame de la rue Vintimille, — après le ^
S tapage du procès de Paul, — après l'acquittement triomphal, — le public apparte- 8
i^ nant à toutes les couches sociales s'était occupé du comte avec une curiosité pas- W
P, sionnée, et non-seulement de lui, mais encore de tout ce qui, de près ou de loin, >|
h touchait à son passe. j^^
ij) Une enquête, approfondie malgré sa frivoUté apparente, — comme le monde È\
§ sait si bien les faire, — avait eu lieu relativement à Blanche Lizely. ^,
''Ç Les renseignements, on le comprend, devaient affluer. — Nombre de gens y)
^ n'ignoraient point la longue liaison de la jeune femme avec un pair d'Angleterre. ^
fi On apprit que pour elle le vieillard s'était, sinon judiciairement, du moins scanda- S
i,\ leusement séparé de sa femme. ^
(^ On ne mit pas en doute que mademoiselle Lizely eût été la maîtresse de Paul, ^^
^ sous les yeux mêmes de la première comtesse, et dans sa maison. — L'attitude fj
\S de Blanche aux fêtes du petit château de Ville-d'Avray l'avait démontré jusqu'à It
^j l'évidence. U
i< Alors on plaignit Marguerite... ^
Q On la croyait coupable, il est vrai, — mais personne ne mettait en doute que la ^
l) trahison du comte, l'adultère elTrontément installé par lui au foyer conjugal, eussent ^
^ jeté la malheureuse enfant dans les bras de René de Nangis, — triste amour né Çt
1^ dans les larmes et dénoué par les balles d'un revolver... î^-
Enfin on trouva que M. de Nancey avait outragé toutes les convenances en
épousant trop vite celle qui avait été, sinon la complice, au moins la cause première n
d'un si funeste événement. ^
De là, contre le comte, une réaction complète; — de là cette décision prise par (^^
les femmes du monde de fermer impitoyablement leurs maisons à l'intrigante r,'
qu'un galant homme n'aurait jamais admise à l'honneur de porter son nom, et j^î
qu'il était impossible de recevoir sans un manque absolu de dignité. U
îl»jgî^3rî:i<;£?(2r;i<5î7(jrîiC52;<x;i<52?<5^<Si7^
La Icge de Ehiucbe 'dévouait le re;idfz-vou> de ses fidèle.^. (Vive l'O.) (1
Les maris ne combattirent point la résolution de leurs femmes, mais l'éclatante Vî
j beauté de Blanche plaidait en sa faveur auprès d'eux. — Ils résolurent de rester §
I dans les meilleurs termes avec Paul, d'accepter ses invitations, de faire la cour à i
(3* la nouvelle comtesse, et, si son avenir devait ressembler à son passé, de profiter de H
'è ses galantes faiblesses le plus et le mieux qu'ils pourraient. . . p;
v5 Voilà pourquoi nous avons vu tant d'habits noirs et pas une jupe au concert de 'f\
« la rue de Boulogne. S
îî^<^<s;:>fsiy<s::^s^<sz:izf:^:1^^