‹ Les drames de l'InternationaleChapitre 3 sur 7 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

Le 28 avril 4866, le procureur impérial de la Seine recevait le rapport suivant qui lui était «idressé par Tun des commissaires de police les plus intelligents-de Paris :

. Monsieur le procureur impérial,

Un crime des plus audacieux, et sur lequel je n'ai pu encore recueillir que des renseignements in-

complets, vient d'être commie dans un petit hAtel de la rue du Rocher, appartenant à Mme veuve labitait avec sa domestique, la nom- >llet.

24 août, vers huit heures du matin, >uraudeau, qui exerce dans le voisiîl l'industrie de brocanteur, je me de me rendre sur les lieux pour prord auz constatations lëgales, et mettre a vole des recherches à effectuer.

□l'était d<<sign<; comme ayant t--té le ne est situa rue du Rocher, non loin a Bienfaisance, c'est-à-dire dans les : quartier communément connu au- Dom de Petite-Pologne.

mtre cour et jardin.

)se de deux étages et d'un rez-de-

lausBée et le premier étage étaient dme veuve Milton, qui l'habitait de- !S environ, en compagnie de la fille

lamsée, dans lequel J'at pénétré en

ne m'a pas paru tout d'abord rien

îulier.

I du salon, recouverts de leur housse,

t été dérangés, et la fenêtre de cette

pièce, qui ouvre sur le Jardin, était hermétiquement fermée. La salle &. manger ne présentait non ,plu8 aucun désordre; j'ai trouvé les armoires intactes, le buffet garni de son argenlerie, toute chose ecûn régulièrement, à sa place, et, sans cesser de prendre note du résultat de mes investigations, j'ai passé alors dans la cuisine, où m'attendait un speetacle saisissant.

Li, dans un coin de la pièce, derrière la purte d'entrée, gisait, étendu sans vie, le cadavre d'une femme, que le sieur Durandeau, qui m' gnait, reconnut tout de suite pour être ce nommée Ursule Collet.

Cette malheureuse avait encore le col t che fortement comprimés par une serviatte marquée des lettres G. M, qui sont les inl nom et prénom de sa maîtresse. Les ét^ent glacés et avaient la rigidité de la i

Il résulte du rapport du docteur Duo meurant me Saint-Lazare, 1 03, que la mor Infortunée a été déterminée par la stran et qu'elle avait dû cesser de vivre depui huit heures, ce qui fait remonter laper du crime au 23 au soir, ou aux première du S4.

I a cuisine dans laquelle je venais de t cadavre d'Ursule Collet était loin de pW

môme aspect que Iëi autres places du rez-âe-chaug- Bée.

QuelgucB ustensileî, tels que boullloUei, casseroles, philtres, boîtes à thé, Jonchaleot le plancher: une table même était renversée; onpeutcoDdre gu'll s'est passé là une lulte lelle Ursule Collet a fini par ! efforts d'un adversaire énergisnt acharné à sa perte.

1, ce crime n'est pas le seul qui i iQvestlgatloQg, et, apr(B avoir lonstatatlons qui pouvaient me ces de l'assessin. J'ai poursuivi amen minutieux du premier

imler étage de l'bâtel psr un esches commencent au vestibule uss^e et aboutissent à un large

tceè res:a1ier était entre-bàillée, pousser pour pénétrer dans la ert d'antichambre à l'appsrte-

se compose d'un salon, d'une une cbqmbre à coucher sur la-

quelle s'ouvrent ieux grand? cabinets qui prennent jour gur le jardin.

J'ai visité d'abord le salon et la salle imanger, mais sans rien remarquer dans l'état des lieux qui pût donner le soupçon d'un crime ou d'une scène de violence.

Ce n'est qu'en pénétrant dans la chambre & coucher de Mme Milton que je me suis trouvé en^ face du second tableau de ce drame sanglant.

Cet^e chambre est meublée avec un grand luxe. Un tapis couvru le parquet; à gauche, en entrant^ on aperçoit le lit enveloppé de dentelles et de soie. Sur la cheminée, une garniture ^e marbre et d'or; à droite, une armoire à glace en ébène h filets d'argent; qh et Uy des meubles de Boule et des vases d'ontx. Eofin, au milieu, suspendue au plafond par des chaînes d'acier poli, une lampe, dans la« quelle brûlait encore une veilleuse qui pe jetait plus que de pâles et indécis reûcfs»*

Au premier abord je ne distinguai rien.

Les doubles rideaux de soie appendus aux fenêtres interceptaient le jour et laissaient à peine glisser h l'intépieur quelques rayons du soleil levant.

Mais, au bout de quelques secondes, j'aperçus un nouveau cadavre^ étendu sur le parquet, aux pieds d'une table placée au milieu de la chambre.

J'avançai avec précaution, pour ne rien compro-

mettre des constatations altérleures, et je ne tardai pas à reconnaître que ce nouveau cadavre était celui de Mme veuve Millon.

La victime était coucbée sur le côté. Son hras pour ainsi dire, autour de la table, ) tordu dans une horrible et suprSaie autre, labouré de nombreuses blessunerte et sanislant sur le tapis, étaient entièrement nues, ses cheveux lient dénoués et en désordre; sa robe, ) nombreux endroits, laissait voir au- 1 gauche une large blessure, profonde entimëtres.

ait, dans l'état de la malheureuse rgie de la lutte qu'elle avait tenté c l'assassin ; mais sa vigueur, sa résoent réussi qa'k prolonger cette lutte laquelle elle devait fatalement finir r.*

<a venait d'entrer dans sa trentelée.

euve depuis longtemps déjà et nliaue pendant huit mois de l'année. Les mois elle les passait, dit-on, en AnlefBeld, où elle avait conservé des Inrables dans l'exploitation de boulllère»

bis par son mari.

Durandeau prélend, le fait lui aurait été affirmé par Ursule, qu'il y avait dans la vie de cette femme certaines particularités de nature suspecte. Elle lui a assuré même qu'elle^ n'a peut-être pas été tout à fait étrangère aux faits bizarres qui, vers 1859/se sont produits à Sheffield. Il s'agissait, M. le procureur impérial se le rappelle certainement, de crimes inouïs commis par des assassins mystérieux et restés inconnus.

Quoiqu'il en soit de ces asserlions que je ferai v.'rlûer, Mme venve Milton état une de ces beautés devant lesquelles le regard s'arrête, impérieusem<'nt fixé, et, sous la pâleur et l'immobilité de la mort il était impossible de ne pas remarquer l'exqui e distinction de ses traits et l'admirable délicatesse de ses formes.

Ce dernier détail que je relève en passant aura peut-être son importance quand il s'agira de déterminer les mobiles qui ont pu pousser à ce double crime l'assassin que nous aurons à reebercber.

Un de ces mobiles paraît, du reste, avoir été le vol.

J'ai pu constater, «n effet, que la serrure de Tarnaoire à glace avait été fracturée, et que Ton avait enlevé de ce meuble tous les objets d'or ou d'argent qui, par leur forme ou leur poids, pouvaient être facilement emportés.

— iO —

Nous n'y avons trouve qu'un coffie-fort da trente ' cpntloiètrea de hauteur, sur vinçl de largeur, lequel, BoUdoment rivé à l'armoire mfime, n'avait pu être ni crochetû ni brisé, malgré les efforts qui ont but.

comparlimcnts du cofTro-fort, que vant moi, se trouvaient les valeurs

Trésor de 2j,0OO francs, du chemin de fer du Nord, lions de la ville do Paris, titre de rente de trois mille francs veuve Milton.

'es le quart de la fortune que l'on ,ime,

faits principaux sur lesquels s'est istigatlon, et que Je ma suis cmaer sur mon procès verbal.

Ijornait pas la mission que j'avais à ; à recliercher avec la môme vigitiers faits acquis ne pouvaient ofTrir ilile à l'instruction qui allait s'ouoint, comme sur les autres, je dois les renseignements qui sont parlaissance.

menta sont des plus étranges.

! drame des (éléments bizarres dont

je n'ai relevé l'équivalent dans' aucune autre affaire criminelle. Mais, de quelque nature que soient ces éléments, si invraisemblables qu'ils me paraissent, je les relaterai tels que je les ai recueillis, sauf à en tirer plus tard les inductions rigoureuses qui. doivent conduire à la découverte de la vérité.

Voici donc dans quelles circonstances extraordinaires se serait accompli le double crime que j'ai été appelé à constater.

Il n*cst pas douteux, pour tout esprit un peu familier avec les mvstères des affaires criminelles,

que l'assassin de Mme veuve Milton devait être un habitué de lliôtel de la rue du Rocher, soit qu'il connût et fréquentât la lille Collet, qui aurait éveillé ses convoitises en lui parlant de sa maîtresse, soit que, d'une condition plus élevée, il entretînt avec la veuve elle-même des relations assez étroites pour qu'il ait pu être reçu dans son in* tirpité.

Les deux hypothèses sont également admissibles et permettent d'établir avec la même vraisem* blarice comment 11 a dû procéder.

Je ne dirai pas de quelle façon l'assassin a pé-* nétré dans l'hôteL

Sur ce point, Je n'ai jusqu*à présent rien découvert qui pût m© fixer*

Aucun vestige de pas au dehors ; rieu non plus

dans le vestibule; — seulement de la cuisine à l'es-

calliir OQ distiDKu<i des empreintes d'un soulier

, lesquelles sont légèretnent souil-

leiée de sable lie qui provient évi-

in.

ge contradiction, gui cependant )le à expliquer, à partir du paétage, les empreintes prennent utce forme, et on reconnaît ft re a trace d'un soulier Terni délicat

leux assassins, au lieu d'un ?

as arrêté une seconde à cette sup-

[lenser.au contraire, que l'assassin,

;ié la tille Ursule Collet, a chanen arrivant à l'appartement de pour ne pas donner ré?eilà celle-

arer des causes d'erreur aux re-

tice.

loin de nuire aux investigations

I suis livré, n'aurait servi qu'à

M et âier mes irrésolutions, si

ég qui précèdent démontrent en

a plus péremptoire, que l'assassiij

la nommée Ursule.

Je rechercherai et j 'établirai plus tard, je l'espère, comment 11 a pu s'introduire dans la cuisine, sans laisser l'empreinte de ses pas ni au dehors ni dans le vestibule, mais ce qu'il y a d'acquis, dès à présent, c'est qu'il a pénétré d'abord dans la cuisine, qu'il a lutté avec la fille Collet, qu'il l'a étranglée et étouffée, et que, ce meurtre acfcompli, il s'est dirigé vers l'appartement de Mme Milton. '

Une circonstance recueillie au cours de l'enquête permet en outre de préciser à peu près l'heure à laquelle ce premier crime a dû avoir lieu.

Vers 7 heures du soir, le 23, une femme du quartier, fruitière au n^ 25 de la rue de la Bienfaisance, a vu Ursule qui lui a remis une boîte au lait vide qu'elle devait lui rapporter pleine le lendemain matin.

Les deux femmes se connaissaient; elles ont causé un instant de choses indifférentes; puis, la fruitière s'est retirée, et elle a entendu la nommée Collet fermer derrière elle la porte du vestibule à double tour.

C'est donc, en tenant compte de cette déposition

et des termes du rapport du docteur Dumont, entre

huit heures du soir et minuit, que la malheureuse

a dû succomber.

Quant à la seconde victime, le même procédé

ne servir pour préciser autant que les faits se sont passés.

'6 le désordre de sa toilette, diun(,'o

lénâtre dans l'appartement.

t dans sa cbambre à couclicr,

)s du soir, onze peut-être, puisiiuo

est allumée.

i veuve est sans déliance.

neot à elle lui est connu...

peut-être un amant, auprès de la table; on est d^ins preodre le thé que la bonne pii-

laussée.

tomme se lève, se précipite sur sa

i de son couteau et s'apprête à l'a-

;ompt6 sur une victoiro facile, La i moment surprise, oppose une ince; elle est Jeune, vigoureuse, 1 mourir. Ello pare avec son bras porte l'a ssa' si ni e sejette alTolde sur lui, et le saisit

crcoup plus adroit et plus sûr la itelle roule enfin sur le parquul, nte, serrant encore dans sa main

convulsive une toiifle dc( cheveux qu'elle a arrachée au misérahle.

Voilà la scène.

C'est ainsi qu'elle 3*est passée, et les inductions lumineuses que Ton en peut tirer vont nous permettre de donner à la justice les principaux traits de la physionomie de l'assassin.

Celte partie de mon procès- verhal est délicate, j'en conviens volontiers, ma\; si les observations que je consigne ici peuvent paraître empruntées à certains procédés d'Edgar Poë, qui les avait empruntées lui-même à Voltaire, elles acquièrent dans la circonstance actuelle une importance telle, qu'il ne m'a pas été permis de les repousser.

Le double assassinat une fois constaté, il s'agisfait de rechercher quel avait pu être l'assassin ; et j'ai trouvé dans la nature même des premiers faits révélés les indices certains qui devaient infailliblement m'amener à établir son identité.

Voici quelques-uns de ces précieux indices :

En premier lieu, l'assassin est jeune.

Les cheveux noirs que nous avons recueillis des doigts crispés de la victime appartiennent évidemment à un homme dont l'âge peut varier entre vlngt-einq et trente ans.

En second lieu, il a la main pelile et nerveuse, et porte les ongles longs et taillés en pointe.— On a

coQSlab'' sur le col de la (Ill6 Collet Vempreinle de cette main et la margue profonde de ces ongles. En outre, il est de taille moyenne, — plutôt petit ■and, — ainsi que l'atteste la forme délicate pied, dont le soulier a laissé une sorte de le sanglant sur le parquet du premier ét^e.

a, Il doit appartenir à la classe aisée de la et avoir certaines habitude!) d'élégance.

lout de manchette déchirée a été trouvé dans a de la chambre à coucher ; la toile en est ; piquée avec un soin qu'on ne rencontre que chez les meilleurs faiseurs de la capi-

àire de la rue du Rocher avait produit une de sensation dans tout Paris; le biuit s'en épaudu dès la prem'ère heure, et chacun liait à démêler, comme je le faisais moiquel pouvait Sire le mobile du crime oomt surtout quel pouvait en être l'auteur.

dans le quartier Eurlout où le meurtn a'é- ;ompli que l'émotion était la plus forte, et la lé plus oriente.

le malin, une foule campa te accourut dans ilronf, interpritant mes moindres paroles, mes moindres actes, et ce n'a pas ^té une e ogne que de me prémunir con're le zâle

Intempfsfif et iacor sidéré des officieux àc bas élage.

L'affaire du signalement était, entre autre?, fort importante ; elle demandait à être conduite ^ves beaucoup de prudence, et je n'en voulus laisser voir que les principaux traits, peur ne donner Tév vell à personne.

Mais dès le débat je compris que ma prudence était inutile.

Les interrogatoires que j'ai fait subir, dès le premier jour, aux personnes du quartier qui entretenaient avec l'bôtel des relations plus ou moins suivies, ont paru d'abord donner, eu efft t, raison à mes inductions, et le personnage que je venais de reconstituer, jeune, brun, élégant, de taille moyenne, ne tarda pas à prendre un corps et à devenir un être réel et connu.

La fruitière entre autres déclara sans hésiter que mon signalement ne pouvait se rapporter qu*à M. Gilbert, l'ingénieur, et Durandeau, le brocanteur, confirma cette déclaration en ajoutant que l'hypothèse d*un crime commis par ce jeune homme, tout invraisemblable qu'elle parût, n'était cependant pa§ absolument ina'/missible.

C'était une piste. 11 fallait voir où elle allait me conduire.

Malheureusement, le mystère s'ac en tue ici d'une

fafion iDfittenduc, et le drame de IhAtel Mlltoa s'enveloppe tout à coup de ténèbres pour ainil

slatlons l'anls- : puissant a pu

etror cette sant, qui apparalslit seul nous en rigé toutes mes

nt.

imme de vlnirt-

rce depuis cinq Dleur et occupe onsidérable, rlslterles prinanger, en AUeiBBcrâ deux ansslonnelle.

ilIappHrtecalt, ■X parvenus sur [u'il ett né en son patrimoine voyages 11 était urceii

Mais il jouissait dès lors d'une de ces notoriStés ' que llndustrie recherch*», et il ne tarda pas à être attaché en qualité d'ingénieur à la compagnie du chemin de fer du Nord.

Son retour à Paris coïncide avec son emménage* ment chez Mme veuve Mllton.

L'hôtel de la rue du Rocher se compose de deux étages, ainsi que je l'ai dit au commencement de ce rapport.

•Le re^-de-chaussée et le premier étaient habités par la Jeune veuve, et comme le second étage demeurait inoccupé depuis lu mort de son mar), qu'il lui était parfaitement inutile; que d'ailleurs, il existait un escalier distinci pour cet appartement, Mme Milton^ qui passait pour être un peu intéressés, s'était décidée à prendre un locataire sur lequel elle n'avait pu recueillir que les meilleures références.

De l'aveu de tous ses voisins, que j'ai interrogés, Mme Milton n'eut jdmais lieu de se repentir de sa détermination.

Ursule Collet, qui aimait assez à racop'er les affaires de sa maîtresse, avait depuis longtemps édifié tout le quartier sur la conduite de 'l'ingénieur Gi'hert Duniesnil.

. Une jeune fiUe n'eût pas été plus rangée.

Et discret... et généreux... et travailleur !..«

Ce qu'il y a de certaio, ce dont tout le monde

pouvait témoigner, c'est que bien souvent sa l.impe restait aliumée jusqu'aux premières lueurs du Jour.

Il faisait des plans, des dessins de machine, des projets d'usine.

Ursule assurait que tout cela était exécuté avec un tel soin, que Ton eùf juré que c'était de VimpHàé ou de la gravure.

Le seul défaut que l'on eût entendu reprocher à ce jeune homme, c'était sa timidité...

Il était sombre, peu communicatif, et jamais on n'avait vu un ami passer le seuil de sa chambre.

Quant à Mme Milton, il parait qu'elle parlait de Gilbert avec indifférence, et seulement comme d'un locataire dont la régularité lui était agréable.

Leurs rapports étaient au surplus fort limités.

A chaque époque de terme, le jeune Ingénieur faisait une visite à sa propriétaire. Celle-ci le recevait dans son salon. On causait avec enjouement pendant une demi-heure. Puis Gilbert se levait, saluait avec courtoisie et se retirait pour ne revenir que trois mois après.

C'était tout !

En dépit des attestations favorables qui me par* venaient de toutes parts sur le compte de ce jeune homme, qu'à tort ou à raison j'avais cru pouvoir soupçonner d'un crime aussi épouvantablOi je ne

me tins pas pour satisfait, et je poursuivis mon enquête, en opérant sur-le-cliarap une perquisition minutieuse dans Tappartement du second.

Mais, à mon grand étonnement, je trouvai cet appartement absolument vide.

Tout ce qvi apparlenaît à Gilbert Dumesnil, avait disparu, il ne restait dans le sîilon de travail que certaines ébauches de tracés, ot, dans la chambre à coucher, que quelques objets de lingerie, dont une chemise déchirée et tachée de sang, et deux paires de chaussettes. ,

Je m'emparai vivement de ces objets qui me •semblaient destinés à devenir de précieuses pièces de conviction, et je demeurai confondu en constatant que chemises et chaussettes étaient marquées d'initiales qui ne se rapportaient nullement aui nom et prénoms du locataire.

Tout cela était étrange et avait besoin d'éclaircissements.

Gilbert était donc absent; où était-il allé? à quelle époque remontait son départ? d'où vient que l'on ne m'en avait rien dit ?

La Compagnie du chemin de fer à laquelle Gilbert était employé pouvait seule me fixer sur ce point, et je m'y suis rendu saos délai.

J'ai vu les administrateurs, j'ai consulté les chefs de bureau, j'ai causé «avec les employés, et de ce

côté, comme rue du Rocher, J'ai acquis la cerlltude

" " . -~-. . jjg iorle d'exception, uue in-

quelte tous les rapports sem-

entoaner un viritable con-

obtemt un congii 11 y n un

dépari, entretenu quelquessystème de traction bien auplolent nos chemins de fer ispostS ù aller l'offrir à une

ondres.

ste, datée de cette ville, dans il L été mis en relations aveo [aliste américain, qui a apdej termes de cette, lettre, il a form6 le projet do partir

t-&-dlre trois semaines avant i Paris. Il s'est montré dans pagnie, a en'retenu loegne- 13 eipérancej, et tout eu exle point trouver en Fiâmes es pour tirer un parti lucra- R déclaré qu'il allait pro-

ch3inement s'embarquer au Havre pourTAmérique. Depuis on, ne Ta plu5 revu*

Il n'y avait rien à d're à toutes ce» attestations; et les assurances que je recevais de toutes parts eussent dû me convaincre.

Il n'en a pas été ainsi.

Tout cela au coti traire n'a fait que me confirmer dans mon premier sentiment.

Evidemment, ce Gilbert n'est pas un homme ordinaire. * \ *

Commeot! à l'âge où le sang circule ardent dans les veines, où le cœur bat, où l'âme aspire vers l'inconnu; au milieu de cette ville unique où mille séductions vous épient au détour de chaque rue^ quand on n'a qu'à tendre les lèvres pour boire à toutes les ivresses, voilà un homme jeunO| beau, intelligent, né avec l'instinct do l'élégance et le désir de la fortune, qui ferme £on cœur aux brùifs du monde, qui s'isole dans le travail, et repoussa ces mains provoquantes qui se tendent vers lui pleines de promesses...

C'est impossible !

Ce n'est pas, d'ailleurs, lemême intérêt vulgaire qui détermine tous les crimes et les mobiles s'élèvent en raison directe du rang que le criminel occupe dans la hiérarchie intellectuelle*

Donc, je ne me contentai pas de ce que je venais

it je ne tardai pas à recueillir b'enlôt

n scepticisme obstiné.

In mBme du Jour où j'avais porta mon

les liursaux de l'admiDlslraflon. du ' du Nord, un employé suballeme de :ration te présenta chez moi et décrier.

ssai de le faire entre', r, me dit cet homme avic une certaine

vous êtes venu à la Compagnie et laadé des renseignements sur M. Uil-

, répondis-Je à cet homme, s satisfait de ce que vous avez appris?

à fait.

[ue j'ai pensé.

'ous quelque cliosu, vous-même, qui à nous éclairer?

lonc de faits graves?

mon ami, parlez, c'est le devoir de homme de venir en aide h la justice, ■.[3. tenu compte de votre bonne vo-

ainsl] j'otl'ris un siéb'e à mon inter-

locuteui:, qui s'assit et rt^prit après un instant de silence :

— J'ai beaucoup connu M. Gilbert, poursuivit

cet bomme, et je dois dire que j'ai rarement ren-

contre un employé plus doux, plus bienveillant et plus généreux. •

— Mais...

— Attendez. Seulement, quand on vous a affirmé bier que M. Gilbert vivait absolument seul et comme un petit saiQt,.je n'ai pas pu m'empêclier de sourire, car moi, monsieur, j'ai été mis dans la confidence de ses secrets, et j'ai pensé que peut-être si Ton cherchait de ce côté, les idées que l'on a sur lui changeraient du tout au tout.

— Voyez-vous celai Et comment avez-vous élé admis dans cette confidenc3?

— Par mes functions.

— Que voulez-vous dire?

— Je suis garçon de bureau.

— Eh bien?

— Eh bien ! M. Gilbert me faisait faire ses courses, et plus d'une fois j'ai porté des lettres.

— A qui ?

— A une femme.

— Sa maîtresse?

— Pour sûr.

— Comment s'appelle cette femme?

- Mlle GcorBclifl.

!■. -A -"-Tneure-t-elle"?

[elder, 106.

ise! une fille! une da ces créatures I retrouve presque toujours derrière X que le vice ou le crime amÈne liésnr les bancs de la cour d'asElses.

s pas trompû.

retnler myatùre, une première honte e Gilbert, Il n'tïtait pas Impossible d'autres.

1 avoir ImmédiatemeQt le cœur net; nne voiture, la donnai au cocher rue du Helder, et Je partis.

heure après, Je sonnais à la porte de

;int m'ouvrlr et se mil ù me tolîcr

ete.

esse cst^elle là'? demandai-je brus* tir éviter uD trop long préambule.

onsieur, balbutia la soubrette.

?fiienl DIs-luI que le commlsBaire

ruo du licclier déelre lui parler, et ur être rcju Immédiatement.

m'ouvrirent tout de suite toutes les us Introilult aussitôt auprès de Mllo

L'appartement qu'occupe celle fille est ' aveo un luxe qui accuse iiuc situation e:

□elle.

J'ai BU depuis qu'elle mène un gran qu'elle tient un des premiers rangs dans 1 de la (galanterie parisienne.

Elle a vingt an^ h peine.

Elle est jolie, bien failo, Iimne avec ( bleus; elle n'a f as paru iulîmldi^e de ma d et sou aplomb ne s'est pas démenti Instant.

Je lui ai demand<3 la permlsalon do pi une perquisition chez elle, et c'est elle-m m'a ouvert toutes ses armoires et la plupi meubles.

J'ai trouvii dans le secrétaire trente-trùl tlons du chemin de fer du Nord, deux co rente et diverses sommes assex considérai et en billets; en tout environ soixante-i fran;s.

Tout en me ll.rant h cette opération, J'i la jeune femme.

Elle me suivait d'un œil ironique, i rieux.'

A un moment, nos regarjs se rencontiô se prit à sourire.

— Qu'avez-vou> donc? lui demandai-Je.

, je trouve tout cela si 1er ainsi dans mes bi fêlez pas bif ntât finirî

as trop tôt. Seulement, )ii3 niiez m expliquer...

ez donc pas ?

Jusque je m'en doule?

3 manière de dire que je oute, que vous tenez re^

? mais il était pauvre, lit à plusieurs anrt'fis.

t-il par mois?

t-ll des cadeaux?

— Ohl il ne se ruinaftpas. D'ailleurs, je ne l'aurais pas souffert ; )e ne l'aimais pas pour son ^r- Rent.

" — CepeaiJant, ces Eoixante-diz mille Tr.

La jeune Temme haussa li^gërement I« avec un gests lnimltal>le.

— Je n'avais pas que M. Dumesnil, elle d'un accent qui èlait sincère à force pudeot.

Je m'inclinai, et j'allais me diriger ver G-eorgelte me retint.

— Ah çà ! «lit-elle alors avec une cerl cité ; c'est une chaïade, tout ça, et je von< deviner. Il lui est donc arrivé malheur il fillbertî

— Oui, mademoiselle,

— Il aura fait quelque bStiseî

— Une bëtisc... qui pourrait le mener a

— Lui I mais qu'est-ce doDC, mon Dfe quez-vous.

— Vous le voulez?

— Je vous en prie.

— Eh bien, M. Gilbert Dumesnil est s d'avoir assassiné Mme veuve Mltton et s tique Ursule Collet.

En prononçant ces paroles, je ne quitta yeu2 la jeune femme que j'avais devant ir

Je la vis pâlir tout à coup; un frémissement violât agita 868 membres et elle porta ses deux mains à son front.

— Horrible ! c'est horrible î balbutia-t-elle, et vous êtes sOr de ce que vous avancez ?

— A peu près.

— MmeMilton!..»

— Sa propriétaire.

— Et Ursule!

— Vous la connaissiez aus)ii... ?

Au lieu de répondre^ la jeune femme releva vive* ment la tête et attacha sur moi ses deux grands yeux profonds.

— Voyons, voyons! reprit-elle au bout d'un instant, et comme sous rinûuence d*u ne émotion dont elle ne démêlant pas bien elle-môme le véritable caractère. Voyons! vous dites MmeMilton, n'est-^cô pas?

--En effet.

— Un crime horrible... J'ai lu hier ce récit dans les Journaux, et il y a trois jours que le m'urtro a été commis.

•— Précisément.

L'expression de son visage se transforma subite-ment. Un éclair ironique sillonna son regard et un pli railleur crispa sa lèvre.

— Je le disais bien ! murmura-t elle, c'est encore

une sottise de la police. Vous avez cru mettre dans le m^lle et vous n'avez attrapé que le zéro.

— Que voulez-vous dire? fls-je tout étonné de cette évolution.

. — Je veux dire, monsieur, répondit impétueuse^ ment Georgette, que M. Gilbert ne peut être le meurtrier de Idme Milton, parce q e Mme MiÛon a été assassinée il y a trois Jours et que M» Gilbert Dumesnil est parti pour ^ew-York voilà deux se* maines!

— Quoi ! vous affirmez...

— J'affirme, monsieur, que j'ai accompagné M. Gilbert au Havre; qu'au Havre ce môme M. Gil< beH a devant moi retenu et payé sa place & bord du Franklin, et que le lendemain, iO avril, il prenait la route deTAmérique. J'espère que c'est clair, cela, et, dans cette situation, il ms parait difficile d'admettre que vos soupçons puiss^'ut avoir quel* que apparence de fondement.

J'avcuî que je restai confondu devant cette déclaration à laquelle j'étais loin de m'attendre.

La Jeune femme était-elle sincère en me communiquant ce renseignement? Cette réponse ne lui avait-elle pas été soufflée par l'assassin lui-même pour le cas où elle serait interrogée?

Il fallait au plus tôt éclalrcir ce point important, et c'est c que je m'empressai de faire.

Dès le soir nDëœe, je faisais venir dans mon bnreau l'aRont Lemoonier, et voici les mr sures que je vrenidB :

X de faire Ici l'éloge de 1'. geut

« le Eom.

tient à la police df puis l'aDCJe

m entrée dagsrinstitulloD, ap-

ies dél'c&'ca fonctions i:ne pru'

, UD flair qui l'ont en pru dd

tentlon de tes chffj.

1 agent (eut à fait hors llgre:

nnelle, lotElIlgenceel éducation

't destiné, ielon toute vfai^efn-

npldement aux pos'es lei p"ns

tuent rfgis-eur de grandes projet dans l'Anjou; puis, dircie d'essurancef, et il n'est entré rès «voir perdu une partie de sa

iour où J'avais va la fllle Geor-

peler Lemonoler et je pris avec

e r^c'amait le fait nouveau qui

élé.

du reste, depuis le commentée-

Iployé un zèle qui m'a été bien

re qui planait sur ce douMe

meurtre Tatlirait; il dépensait une activité fiévreuse à la recherche du coupable, et, comme moi, * il était resté convaincu que le crimin^îl ne pouvait être que l'ingénieur Gilbert Dumesnil.

L'alibi que venait de m'indiquer la fille Georgetle parut un moment le dt^concerter, sans Tôbranler cependant dans sa conviction.

Il me demanda à partir pour le Havre — ce que j'allais lui proposer.

Je lui donnai mes instructlcns, et il s*éloîgna, le soir même, à onze heures.

Cet agent m*a fait le lendemain la relation de son voya/e, et en voici le n^sumé succinct :

A son arrivée au Havre, il se fit descendre à l'hôtel de Normandie.

C'était là que Gilbert avait dû passer, la veille de son départ.

Lemonnier d^^clina sa qualité au maître de l'établissement, et obtint immédiatement la communication du registre des voyageurs.

A la date indiquée par Georgette, figuraient bien les noms de M. Gilbert Dumesnil, ingénieur, et de Mlle Georgette Mcrvaod, sans profession.

Lemonnier ne se contenta pas de ce renseignement qui, pour être positif, n'en était pas moins banal, et il se transporta à l'office même dps Paquebots américains.

Là, mêmes assurances.

Bien mieux, on avait pris la précaution de copier le signalement du passager, et, devant cette nouvelle et formelle attestation, il n'était plus possible de conserver le moindre doute.

C'était bien Gilbert, llngéaieur de la compagnie du chemin de fer du Nord, le locataire de Mme veuve Mil ton !

n était arrivé le 9 avril au HavrOj en était parti le iO à la marée du matin, et n'avait pu se trouver à Paris le 2i pour commettre Tborrible assassinat de la rue du Rocher !

L'alibi était précis et inattaquable.

Lemonnier revint du Havre un pou désappointé.

Il voulait douter encore; mais c'était bien difficile.

Le mieux était évidemment de chercher ailleurs; d'abandonner cette piste, pour en découvrir une autre ; de ne pas s'obstiner, et de recommencer à nouveau l'enquête qui venait d'aboutir à un résultat si complètement infructueux.

C'est ce que nous allons faire.

Mais, en attendant, je n'ai pas voulu remettre davantage l'envoi de ce procès- verbal négatif; les éléments qu'il renferme sont précieux, c'est du moins mon opinion, et Je ne doute pas qu'ils ne

servent puîssamment aux recherches ultérieures que la police ne manquera cas de faire.

Le commmaire,

DlftlVKAU*

Paris, 29 avril 1867.

Llnsuccès que constatait le procès-verbal dont nous venons de donner un long et fidèle extrait, ne découragea pas les hommes qui s'étalent lancés à la quête d'une piste.

L'alfaîre devenait peut-^tre p'us difficile après une première erreur. IL fallait resserrer davantage la surveillance, organiser des moyens d'action nou^ veaux, faire entrer des agents tout frais qui ne fussent point butés déjà aux vraisemblances des pre* mières supposition^*

L*actlvité ne re ralentit pas^ ct^ pendant plusieurs mois, on se crut vingt fois sur le point d'atteindre la vérité.

Mais vingt fois aussi on se vit contraint de renoncer à Tcspoir mal fondé que Ton avait conçu^ et tonte la ûl^vre dépensée^ à Cette occasion, n'aboutit qu'à faire ressortir davantage rimpuissan^.e de la police.

C'était humilianti

On finit par se relâcher, et bientôt tous les agents jusqu'alors aeharnés à la découverte du coupable durent finalement s'avouer vaincus.

Un seul homme, Lemonnier, continuait obstinément ses recherches, mais isolément, sans rien communiquer k personne, avec cet'e patience Invraisemblable du Corce, qui, placé en embuscade, attend pendant de loûgues années derrière les makis le passage dei son ennemi.

Lemonnier n'avait jamns entendu parler des makis de la Corse, mais il a. ait loué une petite mansarde dans un bouge de la rue de la Bienfaisance, et de là il guettai'.

Quoi? •

^L'hôtel de la rue du Rocher !

C'est une chose acquise, dit-on, et qui ressort des nombreuses observations recueillies par la police^ qu'à une heure donnée le criminel, fatalement attiré par une monstrueuse nostalgie, revient toujours sur le théâtre du crime qu'il a commis. . Lemonnier attendait cette heure fatale.

Et chaque soir, penché à la fenêtre de sa mansarde, il plongeait son regard avide sur le silencieux hôtel dont la silhouette se détachait, sinistre et sombre, des constructions qui l'entouraient.

Depuis le crime, Thôtel était resté inhabité.

Le seul héritier direct de Mme veuve Milton était

M. Carpentier, son frère, maître de forges dans la Haute-Marne.

Au lendemain de la catastrophe, il était venu à Paris, avec saûUe unique, Berthe, une enfant de seize ans, et s'était empressé de mettre en vente un hôtel dont il n'avait que faire, et où sa sœur avait été assassinée.

Mais le souvenir du crimoi trop récelot encore^ avait fait tort à l'immeuble, et aucun acquéreur sérieux ne s'était présenté.

Il y avait déjà plus d'une année de cela.

C'était à désespérer*

Les clefs en avalent été confiées à Durandeau le brocanteur, et c'est à lui que l'on renvoyait toutes les personnes qui se présentaient pour visiter les lieux.

Une véritable sinécure pour le brave homme.

L'hôtel était donc resté hermétiquement fermé ; les volets demeuraient clos ; l'herbe poussait dans la cour d'entrée^ et le soir, quand on passait le long du grand mur triste qui donnait sur la rue, on ne pouvait se défendre d'un certain sentiment d'épouvante superstitieuse, comme à l'approche des enclos de la mort!

Depuis un an, Lemonnier avait exercé une surveillance obstinée sur Timmeuble en question.

L'actif agent couchait le plus souvent dans la

]nnnsiriIo,,et biea dos fuis l'uube nahgante l'avait loste d'observation, lit patient et entèl'i ; mais il y a des et il commençait k s'irriler do l'invi - ITorts, lorsque arriva la siotruliëre loua allonB raconter, [iionnier venait do rentrer liaus sa ^[ait tord Afjh, H avait «tA retsou à par les obligations da fa fonction; de Eonner.

lé et avait besoin de repos, ic gagner directement son lit, quanl prit et, comme pour l'acquit de sa ^dirigea verj la fenêtre, qu'il ouvrit.

. pas plutôt jeté un regard sur rhà:ol tupéfactlon Jaillit de ses lèvres, et deux mains à ses yeui pour s'assut point le jouet de quelque hallucina'

s vole's du s:(!ond étage flUral! une tremblotante.

iielqu'un dans l'appartement occupé IbertDumesnlII,., ira bruyamment, suffoquer.

1 crut qu'il se trompait, et i^ldngca 1 regard à travers l'ombre.

Maïs il n'y avait pas à douter. Quoique les volets fussent fermés, la petite lumière rayait la nuit de pâles clartés qui glissaient doucement à travers les lames des perslennes !

Lemonnier tressaillit dans tout son être.

-« Enfin ! balbutia^-t-il avec satisfaction, il est venu; c'est lui ou quelque complice. Eh bien ! c'est ce que nous allons savoir.

Il sortit aussitôt de la mansarde,^ descendit Tescalier, et une fois dans la rue, se dirigea rapide* ment vers la demeure du brocanteur.

La boutique était fermée. Lemonnier frappa rudement à la porte.

Durandeau venait de s'endormir, et lé premier sommeil est dur.

Il ne se réveilla qu'au troisième appel.

— Qui est là? demanda-t-il derrière la porte.

— Moi, Lemonnier; ouvre, répondit l'agent.

— Que se passe-t-il donc?

— Je vais l'expliquer ça«

La porte s'ouvrit, Lemonnier entra; les deux

hommes se trouvèrent seuls.

— Eh la! la! s'écria Durandeau, vous avez l'air tout bouleversé.

— Il y a bien de quoi.

— Expliquez-vous»

'heure, dans IliAtel, je viens d'apercd-

talreî

moins, une lumière qui prouve qu'il

ce qui vous a mis aux cliamps...

, TOUS aveï tort de vous dévisser comme de quoi il retourae.

ute.

-il donc?

le l'hâte] est vendu; que le proprlA-

I me demander les clefs et que c'est lui

ne répondit pas.

acé les sourcils et btUssé la tête.

prit-il blantfit, comme s'il se fût parlé

l'hfitel est vendu!

rd'huiî

homme est l'&cqaércur?

uB savez, ni chair ni poisson, un

I deux &ge9, moitié poivre et sel, mais

nërne, et généreux... U m'a donné une

ne un Anglais?

iricain.

— Et il s'appelle?

— Charton. ,

Lemonnier passa sa main rapide sar son froot. Il était évidemment en proie à un vif dépit, et Ta?surance qne l'on venait de lui donner cont'ariait toutes ses suppositions.

Toutefois, il n'abandonna pas tout de sal'c la partie^ et continua l'interrogatoire commencé.

^Charton! répéta-t-i], Cliarton! il me semble que ce nom ne m'est pas inconnu. Au moins, as-tu Causé avec lui?

— Fort peu.

— Alors, tu ne sais pas ce qu'il vient faire en Francci ni s*il compte habiter l'hôtel?

— De tout cela, il ne m'a rien dit. Un clerc de notaire l'accompagnait; il était huit heures du soir.' M. Charton avait Tair pressé d'eatrer en possession et cela a même été cause d'une erreur dont il n'aura pas le temps de s'apercevoir, et qae je réparerai demain à la première heure.

— De queileerreur veux-tu parler? demanda Le* monnier.

Le brocanteur prit un air important.

— Vous savez ^ieux que personne, dit-il, que Thôtel a deux étages, n'est-ce pas ?

— Après.

— Et que le second est absolument indépendant •

du premier, de telle sorte qu'on ho peut s'y renj- —iTlQ et un fscaller qui don-

!-vou3 que, daas ma précipl-

I remettre h M, Charton les

m ne peut gagner l'appartc-

)umesnlL

Bt un soubresaut, et un éclair

le ce que tu avances là? dequ'll avait peine à ratTcrmlr.

s sitr.

je M. Chitrlon... î

M. Charton a dû Atro fort u visiter rimmeuble. Mais, enu me trouver, et que d'alN tigud, j'estime qu'à l'heure idément tans se douter que nt étâ le théâtre du plus aboimes.

Lemonnier saisit le braa du la au dehors avec une autois de réplique, près. Ils se trouvaient à quel-

queg pas de l'hôtel, et l'agent faisait remarquer à Durandeau la lumière qui brillait au second étage.

— Voilà qui est étrange, dit ce dernier, après un silence effaré.

— Tu vois, repartit Lemonnier, que le nouveau propriétaire connaît les ôtres, et qu'il n'a pas besoin de clef pour ouvrir les portes.

— En effet.

— Il y a là un mystère. *- Je le crois.

— Etilfautréclaircir.

— Comment?

Lemonnier ]*éflécbit un moment, san« cesser d'observer ce qui se passait dans l'hôtel*

Ce qu'il remarquait en ce moment lui semblait encore plus inexplicable.

A cette heure, en effet, ce n'était pas seulement le second, c*é tait aussi le premier étage qui était éclairé.

Il n'y comprenait plus rien.

Cependant son hésitation dura peu^ et il se tour* na. vers le brocanteur.

— Nous sommes sur une piste nouvelle, lui dit-* 11 à voix rapide et basse ; et le hasard se met de la partie pour nous favoriser ; il importe de ne pus laisser échapper cette occasion.

— Mais que faire? interrogea Durandeau.

- Une choM fort simple, continua Lemonnler.

- Laquelle?

- Il y a une issue, n'est-ce pas pour chaque

iffet.

)ien, tu vas, toi, te poster ft la porte du ^tage, et moi, à la porte du second :. de n, l'acquéreur, quel qu'il soit, ne pourra ipper, et il faudra bien ^u'il passe par nos

} quelle est votre idée?

nier se prit à sourire. I idée, répondit-il, je te l'expliquerai plus Ile cette nuit, observe avec soin, exécute ie sans murmurer, et demain nous sauque cbose, ou j'y perdrai mon nom, leau ne répondit pas.

ivitation de l'agent, il alla se poster sur ! de l'escalier qui conduisait & l'apparteuère occupé par ringénieur, et pendant ongeait sur las dalles, Lemonnler se diri- I la porte qui donaait sur le vestibule de

ces dispositions eurent été prises, deux lonnalent à l'horloge de la gare voi-

B s'était voilée. Il faisait nuit noire.

Lemonnier qui ne perdait aucune occasion d'observer, remari^ua qu'à ce moment même la lumière du premier et celle du second s'éteignaient en même temps, et, sûr désormais du succès de son entreprise, il s'allongea contre la porte du vestibule et se livra au sommeil.

Combien de temps resta-t-il ainsi? ,

Il n'eût pu le dire.

Quand il se réveilla, le Jour était venu, et pour n'éveiller les soupçons de personne, il gagna une charmille, d'où il pouvait tout observer sans être vu.

Une heure environ s'écoula de la sorte.

Puis, la porte de l'hôtel s'ouvrit, et un homme parut.

C'était M. Charton.

Le brocanteur l'avait bien dépeint :

Un homme de quarante à cinquante ans ; figure placide, cheveux grisonnants, paraissant bien constitué, d'ailleurs, et robuste autant qu'on peut le désirer.

M. Charton avait un cigare entre les dents. Il jeta un regard investigateur à droite et à gauche, lâcha une bouffée de tabac, et gagna d'un pas dégagé la porte de la rue par laquelle il ne tarda pas à disparaître.

— Et d'un! murmura Lemonuler, dès qull Teut ▼tt s'éloigner.

Mais ce n'était pas M. Cliarton qui l'intriguait le plus; il y avait encore le locataire du second, et c'est celui-ci qu'il désirait surtout rencontrer.

Il s'empressa d'aller rejoindre le brocaûteuré

— Eli bien ! lui demanda-t-il dès qu'il l'aperçut, as-tu vu quelqu'un, toi, pendant cette nuiit

— Je n'ai vu personne, répondit Durandeau.

— A merveille. Donne-moi les clefs de cette porte. L'oiseau n*est pas envolé ; je veux le prendre dans le nîd.

— Et que ferai-je, pendant ce temps-là ?

— Tu vas retourner à ton magasin, et si j'ai* besoin de toi, j'irai te le dire.

Et, sans plus tarder, l'agent se précipita dans l'escalier.

Arrivé au palier du second élage, 11 s'arrêta et sonna.

La réponse se fit un peu attendre ;-- il enteiidlt, pendant quelques secondes, aller et venir dans l'intérieur de l'appartement.

Puis enfin la porte s'ouvrit, et une jeune fi le d'une éclatante beauté parut sur le seuil.

C'était un type étrange !

D'une taille un peu au*dessus de la moyenne, brure avec des yeux bleus, profonds et vifs, cette

jeune Mie, qui pouvait avoir dix-liuit ans, présentait dans Tenaernble de sa personne un air particu* lier d'audace et de résolution qui n*était ni de son âge ni de son seie, #

Dès qu'elle eut ouvert la porte et aperçu Tagent, elle enveloppa ce dernier d'un regrard dont la viva* cité déconcerta un ntoment Lemonnier ; puis paraissant prendre tout à coup son part), elle esquissa un sourire ironique, et fit un signe imperceptible de la tête.

— A qui ai-Je Thonneur de parler? demandât-elle d'une voix harmonieuse et sonore, et avec un léger accent dont Lemonnier ne démêla pas la na* tionalitéé

Lemonnier sinclina*

^ Je délirais parler à M. Charton, répondit-il en faisant un pas pour pénétrer dans Tappartement.

^ Mi CSiarton est absent pour le moment, fit la jeune fille, droite et immobile sur le seuil de la porte»

— C'est que J'aurais bien désiré lui parler.

-^ Eh bien ! il faudra reveniri

«-En son absence, ne pourrais-je au moins vous entretenir quelques instants?

I»a Jeune fille, étonnée autant qu'irritée de rinsistvice de son interlocuteur, releva brusque^ meBt la tête et fronça le sourcil.

— Pardon, moniieur, âit-elle, mais Je vous ai adrecsé tout & l'heure une question & laquelle vous is encore répondu. Avant de pousser plus intretlen, voulez-rous bien, je vans prie, k quel singulier personnage j'ai affaire?

t BBlua une secoude fois, t trop juste, répondit-il, je m'appelle Le- , niad«niolselle ; je suis attaché à la police I de Paris, et' c'est dans l'intérêt de M.

lul-mfime que je sollicite de vous quellutes d'eatretién.

se fille se prit k sourire, et à son tour elle avec une politesse exagérée, illait donc le dire tout de suite, dit-elle >uem«Dt. Et comme votre franchise charlérlte de trouver sa récompense, je vous I Je m'appelle Diana Charton, fille de M.

, sujet américain, que nous sommes arrlh Paris, et que nous comptons quitter la dés que seront réglées les affaires d'Intérêt à l'acquisition de cet hâtct.

lintenant, ajouta- t-elle, en poussant la l'appartement et Invllantdu geste Lemon- ' entrer, s'il vous plaît de passer le leuU de ibre, je me ferai un véritable plaisir de rélax queslions que vous voudrez m'adrescer. »ul de la Jeune fille, et & sou attitude sur^

tout^ Lemonnler comprenait iien que Ton «e moquait de lui; mais sa curiosité était trop vivemeot évelliée pour qu'il te résignât à rester en si bon chemin^ et, sur Tinvitation qui lui étaijt faite, il pénétra résolument dans Tappartement,

Son premier coup d'œil ne rencontra d'ailleurs rien qui lui parût de nature suspecte. Tout au plus remarqua-t-il avec intérêt un cliarmant revolver k six coups placé sur une table près du lit où Disna avait dormi.

— Vous aviez donc quelque appréhension de passer la nuit dans cette chambre? demanda Lemonnier en inilquant le revolver du doigt»

— Obt nullement, répondit Diana avec insouciance; feulement, dans mon pays, on laisse volontiers aux femmes le soin de défendre leur honneur et leur vie, et ces armes, qui effraierdient les jeunes filles d'Europe, sont ehez nous en quelque sorte les jeux de l'enfance et la distraction de la jeunesse. Au surplus, pourquoi aurais-Je eu peur de passer la nuit dans cette chambre? Serait ère donc hantée par des fantômes ou des ri^venants?

Lemonnier dressa l'oreille.

— Je ne le pense pas, répondit-il, mais peut être, en faisant l'acquisition de cet hôtel, avez-vous appris en raison de quel événement terrible il est resté longtemps inhabité.

' ;iO

Diana haussa les épaules.

— Oui, on nous a dit cela, répUqua-t-elte avea

une petite moue qui lui allait à ravir. Mais, nous

antres Amfrioaines, nous n'avoBS pas les supers i-

lions niaises des hommes d Europe, et ce qui a

uÉreurs est précisem«it ce qui attire

loelaî ,

est elalr, cependant. Voici tin hôlet sanglant s'est passé, dit-on, et sur le- «mble peser une sorte de malédiction nmeuble, qui valait deux cent mille in an, est vendu aujourd'hui pour ;lne. C'est donc cinquante pour cent it que mon père doit au crime qui a ta ce compte on serait presque tenta .

.'assassin.

ne répondit pas tout de sulte< it regardait!

le était charmante. Sa roiz avait une ise ; son regard des caresses aalvea os et quand ses lèvres s'entr'ouvraient elles laissaient voir une double raniblouissantes et s!Un«gi prit-il au bout d'un instant^ c'est avee I connaissance du meurtre dont cet

Page 1