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Madame la baronne Mercier avait souri parfois en lisant cette lettre.
Puis son front s’était assombri do nouveau.
PuLs enfin une larme furtive, après avoir longtemps roulé dans ses yeux, se détacha et tomba sur le papier.
Cette lettre venait-elle donc trop tard?
— Maman ! maman ! cria ufie voix enfantine au seuil du boudoir.
Ia baronne alla ouvrir la porte, car l’enfant n'étalt pas encore assez haut sur ses petites jambes pour atteindre le boulon de la porte.
— Maman, dit-U en entrant, c'est un monsieur tout noir ({ui vient là-bas.
— Qu’est-ce que cela» mon ami, un monsieur tout noir? fit la baronne.
Et elle prit son fils par la main, sortit avec lui du boudoir, traversa le vestibule et vint jusque sur le perron.
Le monsieur tout noir était un cavalier qui arrivait au petit trot dans une des allées forestières qui convergeaient au château.
Ce cavalier était un prêtre.
La baronne se souvint du récit que lui avait fait la mère Miracle touchant le nouveau curé de Saint-Donat.
Elle reconnut le cheval fleur-de-pêcher qui était célèbre dans toute la omlrée; elle devina dans ce grand vieillard à cheveux blancs le marquis Uuval de Clianiperret.
Le vieillard mil pied â tcnc et vint à elle en lui disant :
— Madame la baronne, je suis depuis quinze jtmrs curé de Saint-Donat, et je fais une vi>ile â tous me? paroissiens.
La baronne le regarda, et une espiîrance descendit dans son cœur troublé.
N'éUit-ce pas le médecin de l’àme que lui envoyait la Provideirce ?
C’était le soir <lti mariage de Joseph NoCd avec mamselle Adèle Koquillon.
La cérémonie avait eu lieu avec toute la pompe villageoise possible.
la jeunesse de Saint-Donat avait tiré des coups de fusil.
Pendant la messe, la musique des pompiers s’était fait entendre.
Le soir, on dansait chez Roquillon, après un de ces repas gargantuesques que les paysans ne font que deu.\ ou trois fois dans leur vie.
Tout le monde était radieux, depuis le grand Jacques, à qui son oncle avait donné le fameux morceau de pré, jusqu’au bon Marc Noël lui-niôme, qui se trouvait heureux du bonheur de son niais de frère.
On apFK?laitdéjâ la Roquillonne Madame Noël, gros comme te bras.
Un poète du cru avait composé un épithalame qui, chanté au dessert, eut un succès fou.
A neuf heures, les jeunes filles entourèrent la mariée et lui offrirent un bouquet.
En même temps, une couronne de Heurs, suspendue au-dessus de sa tête par une ficelle, descendit lentement et la coiffa.
l.es pompiers reprirent leurs instruments et la cacophonie recommença.
A minuit, tout le monde était plus ou moins enluminé et chancelant.
Uq seul des convives n’avait ni bu ni mangé. C'était M. Henri.
Son corps était au village, mais son âme était ailleurs.
Le grand Jacques, le beau meunier, l’avait méoie surpris, une larme au coin de l'œil, ci il en avait tiré la conclusion que certainement U comprenait que l’heure de quitter le château des Ormes allait bientôt sonner pour lui.
Mais, comme on le pense bien, ce n’était pas là h vrai souci du pauvre gentilhomme.
Il songeait au cliâteau de Heuil, que sans doute il ne reverrait plus, car sa résolution de quitter Saim- Donat était plus inébranlable que jamais.
A minuit donc, Joseph Noël, qui se croyait au paradis et avait achevé de noyer sa raison dans des (lots de vin de la I.oire, Jo5<‘ph Noël se leva et annonça son inletuion de conduire sa jeune femme au domicile conji'Sal.
La Itoquillonnc, qui sawiit son rôle à merxeille. fondit on larmes on so jetant dans les bras de son père.
i.o digne cabarelicr crut devoir pleurer aussi, et o* fut un petit moment d'èmution qui trandia agréablement sur la gaieté universelle.
Lu noce se mil donc en route, la musique en avant
Il faisait un beau clair de lune et les chemins étaient secs, ce qui est rare dan.s l'Orléanais, dont la terre est. .selon l’expression rustique, une terre de bonne amitié
KuquUlon était resté dans la maison, selon l'usage.
De S*aint-Donat aux Ormes, il n’y a que deux kiiomèires.
Le trajet se fil donc en moins d’une demi-heure.
Les pompiers soufllaient dans leurs instruments arec un zèle digne de plus d'harmonie et de justesse.
La jeunesse continuait à tirer des coups de fusil.
On cbt offert la couronne de Belgique à Joseph Noël, qu'il l'eût refusée, tant il était heureux en ce momeiit.
Il lui semblait qu’à cette heure, le monde entier avait les yeux sur madame Noël, sa légitime épouse.
Marc avait pris M. Henri par le bras, et tous deux marchaient derrière les mariés.
Le bon Belge disait tout bas :
— Si mon frère est heureux, tout ira bien ; mais je crois que la petite a une fameuse tète, savez-vous?
— Ah! fit Henri, dont lu pensée était toujours ailleurs.
— C'est égal, reprenait le bon Belge, c'est plaisant tout de même, une noce. J’aime ça, moi. On boit et on mange, savez-vous?
~ Et ça n'est pas fini, mon compère, n’esi-ce pas’ dit le grand Jacques en frappant familièrement sur l’épaule de Marc Noël.
— Nous allons recommencer au château, dit naïvement le bon Belg'\ (it nous boirons jusqu’au jour, et demain on mangera et on boira encore, cl comme ça jusqu’à dimanche; pas vrai, Joseph?
Et Marc, à sou tour, frappa sur l’épaule de Joseph.
— Certainement qu'on boira, répondit ce dernier.
-Mais la Roquillonne lui pinça le bras, et lui dit à iru-
voix :
— Qu’cst-ce que vous dites donc là?
— Les domestiques sont levés, dit Joseph. On mettra la table et on ira à la cave.