I.A MÈRE MIRAEEE
bord des élangs solitaires : tout cela, je lo vois, te monte K la tête et égare quoique peu ton bon sens et cotte froide raison qui ne devrait jamais nous abandonner complètement.
J’ai lu ta l'-ltre, je l’ai relue.
Ce n'eat pas une lettre, c’est un journal.
Ce n’est pas de la vie rcellc, c osl du roman, par exemple un livre de Sandeaii.
St tu avais la moindre tendance à la phthisie, si tu toussais un brin, je croirais lire une pastorale d'Kticnne Enault.
.Mais, chère belle, que ce jeune homme so soit jeté a la n :»ge, ait repôdié ton fils cl te l’ait rendu, c’ost fort bien.
Cependant il ii’y a là qu'une action fort simple. I.e premier bûcheron venu, sacliam nagt r, en eiil fait autant.
Maintenant tu dis l'avoir froissé.
Comment? de quelle manière?
Il ne lui matuiuait plus que d’être fier pour devenir poétique à tes yeux.
C’est de la folie, cela, ma .Marilie chérie, et l’aul, à qui j'oi tendu ta ielti^e, a eu l’impertincncc de rire aux éclats.
Tu le gronderas, n*cst-ce pas? ce M. Paul do l.assenie, mon seigneur et maître, «pii lit {xir-dessus mon épaule, tandis que je t’écris; tu le gronderas bien fort et tu le remercieras ensuite, cir il a trouvé, lui, le moyen de te tirer de ce joli guêpier oû vous voius êtes fourrée presque de gaieté de cœur, ma toute l>elle.
Écoule. Tu vas voir.
Tu vas d'abord quitter ce joli manoir si poétique, si bien perdu au milieu des bois, ot sous le toit duquel ta petite tôte s'échauffe cl délire.
Tu ne diras (>as un mot de ton départ à la mère Miracle.
La sorcellerie n'est plus de mode.
Comme on rirait à Paris, si on savait que la jolie baronne Mercier , qui n'a qu'à faire un signe pour mettre à ses pieds ).i moitié du Paris à moustaches, conâuUc une sorcière do village, ni plus ni moins que ces créatures qu’on appelle, je crois, les qui se font les airtes pour savoir ce que leur réserve l'avenir.
Tu viendras nous voir.
Notre Touraine , chantée par tant de poètes , avec son doux ciel, ses grands horizons bleus, ses ruines pittoresques, .ses vertes prairies et ses belles collines chargées de vignobles, n’est, auprès de la forêt senliinentaie. que lo pays le plus banal et le plus vulgaire.
Plus de .«orciers, plus de liéros de roman ; pas le moindre sire do Rawenswood drapé dans sa pauvreté.
Nos roules sont macadamisées, nos châteaux restaurés; nos gentilshommes fument des londrès, chassent à cheval, se promènent en breack et s'habillent le soir pour dîner.
Nous nous amusons beaucoup ; mais pas la moindre l>oésie, nia chère!
Je te conseille donc de nous rejoindre au plus vile.
Nous te garderons juste le temps nécessaire pour te guérir et te remarier.
Ceci n’est pas difficile.
Je le donne le choix entre...
Mais non, tu ne sauras rien avant ton arrivée.
Peste I j’oubliais que tu es une femme d’imagination.
Mainienant arrivons au remède trouvé par Paul.
C'est effrayant de simplicité, comme tu vas voir, et cependant il soulagerait la conscience timorée d’un casuiste.
Le point de départ étant donné — j’ai des formules algébriques, comme dit Paul — que M. de üeauchêne 8’est ruiné par cent folies, Il est très-facile d’admettre qu’il a prêté de l’argent à ton et à travers, à Dieu et au diable.
Rien de plus facile, par conséquent, que d’inventer un débiteur.
Ce débiteur restitue au fils les cent mille francs prêtés par le père.
Paul l’arrangera cela à merveille ; le smuff'itr de tm (Us, comme on l’appelle, éfwusera la meunière, et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Nous le donnons deux jours pour faire tes caisses.
On est très-mondain en Touraine, et je t’engage à ne pas nous arriver sans un impartant excédant do bagage.
Prends le train de Tours qui part à midi d’Orléan.'^ ; tu seras à deux heures et demie à Amboise.
Paul et moi, nous t'attendrons à la gare avec notre grand omnibus de famille.
On va dix ou douze crinolines à l’intérieur, les hommes sc sont entassés jusqu’à quinze sur l'impériale, et nos quatre juments percheronnes traînent tout cela comme une arahjnée.
Deux heures après, nous serons au château, laissant Chenonceaux sur la gauche.
Le soir, nous te présenterons une demi-douaatne de nos voisins, dont deux célibataires, qui se couperont un peu ia gorge pour toi, dès le lendemain, si tu ne mets une sourdine à ta coquetterie et si lu n’emlv**guines un peu ta rayonnante beauté.
Ainsi donc, c’ost convenu, et nous t'attenifons. Lu télégramme d’Orléans, et nous {)artons.
Ton liséré bleu,