C.araval était atterré
Le substitut dit au brigadier :
— Appelez deux de vos gendarmes et commandcz-lciir do ganler à vue cet homme et celte femme.
Il désignait Caraval et sa fille.
Caraval s’eUit prb à trembler.
' Jeanne s'était assise de nouveau et promenait autour d’elle un regard hébété.
Les gendarmes entrèrent.
Alors le magistrat se tourna vers la Chevrette :
— Maintenant, mon enfant, dit-il, nous sommes prêu à vous suivre.
Et U sortit du pavillon, laissant Caraval cl sa fille sous la garde des gendarmes.
La Chevrette marchait la première et disait:
— Je l’avais promis à M. Hector que je trouverais ceux qui ont payé Maubert !
Le château proprement dit était à cent mètres plus loin , dans le parc , tandis que le pavillon occupé par Caraval était tout à l’entrée, auprès de la grille d’honneur.
Un domestique qui était à la fenêtre au moment où le cabriolet et les gendarmes franchissaient cette grille avait donné l’alarme.
U était descendu en courant jusqiùà la cuisine où les autres domestiques prenaient leur repas du malin , on disant :
— Jean avait raison , et Marianne aussi. Voici les gendarmes qui viennent arrêter Caraval et la Undaisc.
l.es gens du château étaient sortis en tumulte et s’étalent précipités vers le pavillon.
Qu . i le magistrat en franchit le seuil , il y avait une foule curieuse et compacte à l’entour.
Celle foule s’écarta devant lui.
Sir Williams , le greffier et le brigadier marchaient sur la même ligne.
l.a Chcvrett>2, que le jeune magistral avait parfaitement reconnue, bien ((u'elle eût changé de vôteracnls, cheminait la première.
Sir Williams quitta le magistrat pour s’aller mettre à ses côtés.
— Mais enfin, lui dit-il, sais-tu où est le fusil?
— Oui.
— Comment l’as-lu trouvé ?
— Oh ! il n’y a pas longtemps , dit la Chevrette , voici deux nuits seulement.
— Ah !
— 11 faut vous dire, reprit-elle, que voici longtemps que je le cherche; mais j’avais beau m’échapper la nuit ët courir les bois, je né trouvais rien. Ce(>endant |e me souvenais bien qu’on avait dit que Maubert avait dormi quelques heures dans une ferme...
— C'est au procès, dit sir Williams.
— Et que le fils du fermier avait dit que , lorsque
LE SECIIET DU DOCTEUR ROUSSEM.E
Maubert ôtait caU*é dans la grange , U avait un fusil.
— Bien.
— Puis , je me souvenais encore qu’il était parti au petit jour et qu’un bticheux qui a été témoin dans le procès, avait prétendu qu’il avait rencontré Mau?>ert vers sept heures du matin, mais qu'il n'avait pas de fusil.
— Après? fil sir Williams.
Le magistrat qui clieminait derrière écoutait attentivement le récit de la Gliovrette.
— Alors, reprit celle-ci, contme je tne suis souvenue de tout cela avant-hier soir seulement , je me suis dit qu'il était bien possible que Mauljcrt eût laissé le fusil dans la ferme oû il avait dormi.
— El c'est là que lu l’as trouvé?
— Oui , et je l’y ai laissé , et il est encore chargé et à la place môme où Maub<Tt i’a mis.
— Mais cofumenl as-tu j*énétté dans la ferme?
— Oli I dit la Chevrette en souriant, vous savez que je suis leste , que je cours bit n et que je grimpe après les arbres comme un écureuil.
* — C’est juste.
— 11 y a un gros poirier au l'Mig du mur de la ferme, continua la Clievretle. Je suis montée .^ur le poirier , du poirier j'ai sauté sur le mur , et du mur je me »jis laissé glisser dans la cour.
il y avait un cbh'y de vadie qui a bien un peu aboyé, mais je l’ai fiatté de la main, et il n’a plus rien dit.
Alors je suis entrée dans la vacherie et je me suis glissée dates la grange.
11 faisait clair de lune, et comme il y a des fenêtres dans la grange, j'y voyais comme en plein jour.
Je me suis couchée sur le foin cl je me suis dit ;
— Si j’avais quelque chose à cacher, où le mettrais-je?
Le toit est supporté par une grosse char[icnte et de longues poutres transversales vont d'un pignon à l’autre.
J’ai eu une inspiration.
Je me suis mise à grimper dans la charpente et , de poutre en poutre , je suis arrivée jusqu'à celle qui est au beau milieu des pignons.
Elle est large de plus d’un pied. J'ai passé la main dessus et j’ai rencontré le fusil.
Alors, je l'ai pris, j’ai mis la baguette dans le canon gauche et je me suis assurée qit’il était encore chargé.
Comme la Chevrette achevait, on arrivait au bout du parc , et on apercevait dans le lointain , à travers les arbres, les bâtiments de la ferme.
Tout ce que la fille sauvage avait dit était scrupuleusement vrai.
Le fermier, qu'on mit au courant, s’empressa d’ouvrir sa grange, et tout le monde y entra.
U Chevrette attacha ses jupons, grintpa dans la charpente cl, arrivée tout en haut, elle motilra le fusil.
Quand elle fut redescendue , le brigadier s'empara de l'arme et constata de nouveau que le caiK>n gauche était chargé.
— Nous allons voir ce que va dire Caraval, niurmura le jeune magistrat, quand on lui représentera son fusil.
On revint ainsi entonlehûlcà Maison-Nouve. Caraval et sa fille, gardés à vue, n’avaient pu échanger un seul mot.
D’ailleui • canne était frappa* de prostration.
La tête dans scs mains, elle ne voyait et n’entendait rien, ni le monde amassé à la porte demeurée ouverte, ni les cluichotemenLs de ceux dont elle avait été un moment la maîtresse, et qui le malin la saluaient avec resfieci.
Caraval, au contraire, était pris d’un véritable accès de jactance.
— En vérité ! disait-il, je crois que tout ce monde est fou. On assassine ce pauvre mylord. On trouve l’assassin. On le condamne... En quoi donc tout ça me regarde-t-il? C’est ces brigands d'Anglais qui ont monté ce coup-là contre nous , parce que mylord iiou.s a tout laissé... Mais on verra bien que nous sommes d’honnôtes gens... Tonnerre! on le verra!...
Taudis que Caraval se démenait ainsi, la justice revint.
— Caraval, dit le substitut en prt‘senlaiit le fusil au père de Jeanne, reconnaissez-vous cette arme ?
— Non, dit-il.
— Ce fusil vous a pourtant appartenu.
— Après ça, c’est possible, fit-il, mais on a changé la crosse... Et puis, il y a si longtemps que je l’ai vendu!...
Le magistrat fit un signe au brigadier, qui prit la baguette du fusil, retourna le tire-bourre et se mil en devoir d’extraire la diarge.
Le tire-bourre amena d’abord un tampon de feutre , puis un morceau de papier qui enveloppait et liait entre elles deux balles.
U Landaise avait cessé de cacher sa tête dans scs mains.
Elle regardait maintenant tout cela d’un œil stupide
Le gendanne déplia le paquet et prit les deux balle.>.
Alors la Chevrette fouilla dans la poche de son tablier et en retira celte même balle qu'elle avait, trois mois auparavant, extraite, avec son couteau, du cœur d’un sapin.
Les trois balles étaient absolument semblables et avaient été fondues dans le même moule.
— Eh bien, s’écria Caraval, (|u’est-ce que cela prouve, après tout ?
— Je vais vous le dire, répondit la Chevrette.
Et d’un bond, elle eut atteint une armoire de sapin qui SC trouvait dans un angle de la cuisine , à gauche de la clieminée.
C’était Id que Caraval avait coutume de serrer scs ustensiles de résinier, tels que ser|>e, sécateur, ciseau à froid, palette à pratiquer des entailles dans les arbres.
Parmi ces objets, pêle-mêle se trouvaient des bourses en filet pour prendre des lapins, un "sac à I plomb, uue poire à poudre et enfin un moule à balles.
Le pay&an, le braconnier ^mrtout, ne sc donne point la peine d'aclietcr des balles ; il les fabrique iui-ménie.
La Chevrette teiitlii le moule au brigadier , et celuici plaça dedans successivement les trois balles qui s'y adaptaient à merveille.
Celte preuve était accablante.
Néanmoins Oiraval se défendit encore et dit :
— Eli bien ! qui vous dit qu’on ne m’a p:is volé ces balles? et puis, sont-ce ccllcs-là qui ont tué M. myloi'd ?
Pendant que le brigadier faisait ces expériences , le magistrat s'etait emparé du papier qui avait serii à marier les balles.
C'était du papier imprimé qui avait un reste de marge sur laquelle un lisait : la Cuiainitiv luninjeuisc.
Au bout du titre, se trouvait le folio de la page.
C'était la page 3ô.
I.a Clievrelte courut à la clieminée; il y avait un livre sur le manteau.
L n volume sans couverture, sale, déchiré, imprégné de graisse.
Elle le tendit au substitut. Cclui«ci chercha à la page 35 et la trouva déchirée h moitié.
De plus, le morceau qui avait cnve!op|)é la balle 8*adaptait parfaitement au morceau qui adhérait au volume.
On n’avait pas pu empêcher les domestiques d’envahir le pavillon.
Celte dernière cliarge qui s’élevait contre les Caraval était tellement éclatante qu’un sourd murmure s’éleva de toutes parts.
Caravai perdit la tète. U montra le poing à la Cliovrette et lui dit avec un accent de haine féroce :
— Ah ! poison d’enfer, si jamais je le trouve sur mon chemin !...
— Caravai, dit le magistrat, et vous, Jeanne, au nom de la loi, je vous arrête. Gendarmes, mettez les menottes aux prévenus.
Jeanne sc redressa, l’œil en feu, l’écume à la boudie.
— Eh bien, oui, s’écria-t-elle, je ne merai pas plus longtemps. Cest mon perc qui a chargé le fusil et qui Ta remis à Maubert, mais c’est moi qui l’ai voulu. Et ne croyez pas que c’est pour avoir l’héritage de mylord que je l’ai fait assassiner. Non, je me moque de l’argent ( C'est parce qu’il m'avait trafiie, c’est parce qu’il allait sc marier, c'csl parce que j’étais jalouse.
Ayant ainsi parlé, ellcdexint calme tout «i coup.
— Monsieur, dit-elle au magistrat, je suis prête k aller en prison; mais avant de me mettre les menottes, permctiez-moi de me vêtir convenablement.
— Le brigadier va vous conduire b votre chambre, dit le magistrat, et il demeurera à la porte.
Jeanne se dirigea d’un pas ferme et la tête haute vers rescalier qui conduisait au premier étage.
Les autres gendarmes entouraient la maison, cl il n’y avait {)âs d'évasion possible.
Jeanne entra dans la chambre et ferma la porte sur elle. Le brigadier deuioui a ddiors.
Mais tout à coup, U entendit la chute d'un corps et un soupir.
Et il jeta bas la porte d’un coup d'épaule..,
Jeanne Caravai venait de se soustraire b la honte de l’édiafaud et de se faire justice elle-même.
.Avec un couteau catalan qu'elle portait toujours sur elle, elle s’étail frap(>ée dans la région du cœur, et la mort avait été instantanée.
Aux cris du brigadier, on accourut, mais on ne releva plus qu’un cadavre.
Quand au bout d’une heure de l'cnroyablc tumulte et de rémution indescriptible qu’occasionna ce tragique événement, le magistrat voulut faire ramener Caravai qui éclatait en sanglots et pleurait sind^emeni sa fille, on s’aperçut que la Chevrette avait disparu.
Alors un des gendarmes s’approcha <lu substitut et lui dit à l’oreille :
— Elle a eu raison de filer, car je l'avais reconnue
J'ai fait lie de la brigade de Jargeau, il y a deux ans, et nous l'avons assez cherchée. '
— Mais quelle cst donc celle femme î demanda le substitut étonné.
— i’ardine ! répondit le gendarme, c’est la Chevrette, la mallrcssc et la comi^ice de Maurel, dit le Mulot, qui avait assassiné un ^rde-diasse nommé Saurin.
En ce moment, le jeune magistrat eut un battement de cœur et peut-être soubaiia-t-U que la malheureuse qui, dans son dévouement Jiéroi(|ue, n’avait pas craint de mettre la justice sur ses traces, parvint do nouveau b se soustraire au châtiment qui rutlonUail.
âPlLOGl'U
Huit jours so sont écoulés et l’émotion est un peu calmée de Sainl-KloreiUin à Souviguy, et de la Motte- Beuvron b Jargeau.
On a enterré Jeanne Caravai, mis son père en prison, placé la fortune de lord llelniuth sous le séquestre.
Sir John Hapi>er est parti, suivi de sir Williams ravi de sa campagne judiciaire.
Depuis huit jours les visites se succèdent sans relâche au château de Mauséjour.
On vient féliciter Hector.
Hector acceuillo tout le monde en souriant, et 1j visage de sa jeune femme est épanoui.
Cependant, un observateur finirait, quand tout h monde est parti, quand les Mauséjour et les la Fresnai $ demeurent seuls b l'cniour de la vaste cheminée à manteau armorié, par remarquer un pli d'inqulélude qui se forme sur tous les fronts. ^
Chaque malin, onsc précipite au-devant du facteur; on attend une leiflre qui ne vient pas.
Giaque soir, les aboiements des chiens dans la cour,
LE SECRET DU DOCTEUR ROUSSELLE
El il jfU Ui U porte rTOD coup d'Cpaulc. (Pape 30IJ
un bruit de voiture dans le chemin, un rien fait tressaillir tous les hôtes du vieux manoir.
Quand tout le monde est couché, Hector prend un panier de provisions, monte l'escalier qui mène au grenier et disparaît.
11 va porter à manger à la pauvre Chevrette qui sait bien que le gendarme l'a reconnue et qui, maintenant qu'elle a accompli son œuvre et sauvé l'honneur do son bienfaiteur, est reprise de l’épouvante de la guillotine.
Quelle est cette lettre qu'on attend 7
C'est celle d'un homme cpii a tout quitté, mémo ses malades, pour courir après sir Williams Disbury.
Sir Williams n'est pas un voyageur pressé, et peutêtre n'a-t-il pàs encore quitté la France.
Enfin, le soir du huitième jour, comme 1a famille vient de sortir de table, le bruit d'une voiture se fait entendre, tout le monde frissonne, personne n'ose bouger.
Les chiens ont aboyé d'abord ; mais ils se sont tus bientôt. Sans nul doute, le voyageir nocturne est un ami.
En effet, on sonne violemment à le porte du château, un homme entre et les hôtes du salon jettent un cri de joie.
C'est le bon docteur Rousselle qui arrive de Calais ; il a rejoint sir Williams Disbury, au moment même où le sportman allait s'embarquer.
Le docteur ne s’est arrêté à la Motte-Beuvron que juste le temps nécessaire pour trouver un cabriolet et accourir.
— J'ai vu sir Williams, dit-il. Comme nous, il aime la pauvre Chevrette et veut la sauver.
Voici ce que nous avons imaginé : elle porte assez bien la costume masculin, on lui donnera une livrée de
groom et elle partira cette nuit même de la Motte-Geuvron, en compagnie du valet de chambre de sir Williams, qui est l’ancien valet de lord Helmuth.
On n'a fait probablement encore aucune recherche. Elle aura le temps d'arriver è Calais, où sir Wilhams l'attend et l'emmènera en Écossa.
— Mais... l’extradition existe entre la France et l'Angleterre, observa la baronne douairière do Mausé jour.
— Oh I répond le docteur, soyez tranquille, on ne s'en sert que pour les grands criminels, et on y regardera à deux fois avant de dépenser cent mille francs pour celte malheureuse fille.
Une heure après, tout est préparé pour la fuite de la Chevrette.
On a tiré de son grenier la pauvre fille sauvage toute tremblante, on lui a de nouveau coupé les cheveux presque ras, on Ta affublée de la livrée du groom de M. de la Fresnaie.
Ainsi métamorphosée elle est méconnaissable.
Le cabriolet du docteur est à la porte. U est à peine dix heures du soir.
Dans une heure et demie on sera à la Motte-Beuvron.
Le train do vitesse passe à minuit. A quatre heures, il entrera en gare de Paris.
— Jean et la fille sauvage traverseront la grande ville avant le jour. A sept heures, ils seront dans le train de Calais, et le soir ils seront à Londres.
On couvre la Chevrette de caresses ; on lui donne une grosse bourse pleine d’or; Hector a les larmes aux yeux ; la fille sauvage leur baise les mains en pleurant.
Enfin elle est dans le cabriolet è côté du bon docteur.
Un coup de fouet met le cheval au grand trot. La nuit
est tiède, obscure, et la route déserte traverse de grands bois.
Le docteur n’a jamais mené un cheval plus rudement. Mais tout à coup, le trotteur s’arrête.
Uue masse noire semble fermer la route.
— Halte 1 crie une voix.
— Les gendarmes I murmure le docteur en rrissonnant.
Cependant il paye d’audace ;
— Bonsoir, messieurs, dit -U, et excusei-moi si je ne m’arrête pas k causer. Je suis le docteur RousselJe et Je vais voir un malade qui est au plus mal.
— Monsieur le docteur, répond la voix bien connue de notre andeime connaissance le brigadier, c'est précisément k vous que nous en avons.
— A moi 1
La Chevrette est devenue toute tremblante.
Le brigadier descend de cheval et s’approche les larmes aux yeux ;
— Pauvre petite I dit-il, ceux qui t’ont dénoncée auraient mieux fait de se taire.
La Chevrette jette un cri terrible :
— AhI mon Dieu! dit-elle, je savais bien que je seraisguillotinée I
Et elle s’affaisse évanouie dans les bras du docteur.
11 y 0 maintenant deux ans que se sont accomplis les événements que nous vous racontions naguère.
Voyez-vous cette longue salle k croisées garnies de gros barreaux de fer, dans laquelle deux rangées de lits abrités par des rideaux de calicot blanc, laissent échapper jour et nuit des rkles d'agonie, des plaintes et des cris de douleur, c’est rinflrmerie de la maison centrale d’E....
Quelques condamnés aident les sœurs grises dans leur besogne, préparent les médicaments, habillent et déshabillent les malades.
Parmi elles, il en est une dont la douceur, le zHe infatigable ont gagné tous les cœurs.
Ses pareilles l’appellent un ange ; les saintes filles qui se sont vouées k ce pénible et douloureux état de goillière lui donnent le nom de sœur.
Cette condamnée, c'est la Chevrette, la pauvre fille sauvage, dont les sini.stres pressentiments ne se sont point réalisés. Quand on l’a jugée, lorsqu’elle est venue raconter k la barre des criminels sa vie errante k travers les bols, sa jeunesse abandonnée et misérable, et le dévouement qu’elle avait eu pour ceux qui les premiers lui avaient parlé de Dieu et de repentir, les jurés pleuraient.
Us lui ont appliqué le minimum de la peine, dix ans de réclusion.
Puis, non contents de cette modération, ils ont adressé une supplique au souverain pour l'intéresser au sort de la fille sauvage.
En même temps le comte de La Fresnaie, les Mauséjouret toute le noblesse de Sologne se sont réunis pour faire de nombreuses démarches et obtenir la grâce de la Chevrette.
Deux ans ont passé. La Chevrette est toujours prisonnière; mais un jour de clémence vient de luire.
C’est le 1 5 août qu’annonce cette salve de coups de canon qui trouve un écho jusque sous les sombres voêtes de la pr son.
Un homme entre dans la salle où la pauvre condamnée travaille.
Cet homme est le directeur de la prison.
Et la Chevrette jette tout k coup un cri de joie, car derrière lui un jeune homme et une jeune femme s’avancent en la chercli.int des yeux.
Elle a reconnu M. de .Mauséjour et sa femme, Hector et lierthe, qui lui apportent sa grâce pleine et entière et la pressent dans leurs bras, en lui disant :
— Tu as assez expié ta faute; viens maintenant avec nous, car lu es libre, et tu ne seras plus la fille sauvage d’autrefois, puisque nous te ferons une famille I
FUS DtS DiUXas IHI vnj.AOX.
LE SECRET Oli DOCTEUR ROUSSELLE