‹ Les drames inconnus (volume 3)Chapitre 24 sur 25 · PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE · texte numérisé non relu

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE

« Chaque honinie de plus qui sait lire » est un lecteur de plus pour Molière. » Sunte-Becye.

Le plus populaire des écrivains français, le poëte dramatique du bon sens, celui qui représente avec une fidélité incontestable notre génie national, devait occuper la première place dans cette série d'auteurs classiques que notre librairie populaire s'est promis de publier. C'est surtout en France que le mot si juste et si profond de M. Sainte-Beuve possède toute sa force et doit recevoir sa plus complète application.

Le nombre des Français qui savent lire s'accroît chaque jour; pas un d'entre eux n'ignorera Molière.

Depuis le moment où deux religieuses charitables reçurent les derniers soupirs de l'auteur du Misanthrope, près de deux siècles se sont écoulés. Tout a changé autour de nous : mœurs, institutions, relations sociales; tout, jusqu'au langage et au style de la conversation *

Molière est donc à la fois un ancien et un moderne; c'est le plus intime de nos amis; c'est un vieux maître. Traductions commentaires, éditions diverses, imitations, critiques, parodies, controverses, forment autour de cette grande renommée une auréole glorieuse et un nuage qui s'épaissit. Attirés par une puissante sympathie vers cette intelligence souveraine et hardie, nous perdons de vue le sens de ses œuvres, nous sentons que les années qui s'écoulent creusent entre lui et nous un abime sans cesse plus profond.

Qu'est-ce que Molière, en effet?

Nous ne comprenons plus Sganarelle;. Georges Bandin nous est étranger; Scapin et Mascariile effrayent nos habitudes et nos mœurs; les licences d' Amphitryon nous répugnent. Nos oreilles s'étonnent des antiques expressions employées par la bourgeoisie parisienne, et piodiguées par Molière.

Partout des allusions qui nous échappent.

Tantôt elles se rapportent à la vie du poète, vie si douloureusement passionnée; tantôt à la cour et aux contemporains de Louis XIV. Cette époque brillante, qui précède la révocation de l'édit de Nantes et qui suit immédiatement le mariage espagnol, célébré dans l'ile des Faisans, ne s'explique pas sans Molière, et Molière ne s'explique pas sans elle.

Une édition vraiment populaire de notre auteur comique devait résoudre tous ces problèmes. 11 fallait isoler chacune des créations du grand homme, les replacer au milieu des circonstances mêmes qui en ont déterminé la naissance, au sein des éléments qui y ont concouru. Il était indispensable de suivre Molière à la piste, depuis ses tréteaux de la porte de Nesle, témoins des premiers essais de sa troupe juvénile, jusqu'au salon de Ninon de Lenclos, où fut tramée, parmi les éclats de rire de Chapelle et de ses amis , la grande cérémonie du Malade imaginaire.

D'où nous vient Sganarelle ? quel est le berceau de Jodelet ? Et ce pauvre Amphitryon, pourquoi fut-il joué sur la scène au

moment même où M. de Montespàn, un autre Amphitryon sacrifié par le Jupiter de l'époque, allait vivre dans ses domaines, jar ordre de Jupiter? A quoi se rapportent et la Comtesse d'Eswbagaas, et cet autre gentilhomme maltraité et immortel, M. de Pourceaittjnac ?

L'œuvre de Molière, nous le répétons, est un commentaire ! perpétuel des premières années de Louis XIV. I Un savant, que la sympathie populaire entoure, et dont renseignement captive la jeunesse, — M. Philarète Chasles, versé lans toutes les littératures de l'Europe moderne, et qui a fait les origines et du progrès de notre langue l'objet de l'étude la ilus féconde, la plus approfondie, — H. Philarète Chasles a rien voulu se charger de surveiller et d'éclairer cette nouvelle édition de Molière, revue par lui d'après les meilleurs textes, et mgmentée d'un commentaire absolument nouveau.

Non -seulement cette édition contient les résultats et l'essence les commentaires précédents, mais on y trouve pour la première ibis la série continue et complète de la vie littéraire du grand lomme. Tous les faits et toutes les idées qui ont successivement présidé à la création des Précieuses ridicules, du Tartufe , du Misanthrope et des Femmes savantes y servent de cadre à ces chefs-d'œuvre. Les expressions insolites, les tournures suranîées y sont notées et expliquées avec un soin curieux. Enfin, lout en écartant les épines de la science, on n'a oublié aucun les fruits et des conquêtes qui feront de cette édition de Molière; élucidée plutôt que commentée, la véritable édition populaire :t définitive.

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