‹ Les drames inconnus (volume 5)Chapitre 15 sur 40 · ALISON EONSENNE A SON FRÈRE VICTOR · texte numérisé non relu

ALISON EONSENNE A SON FRÈRE VICTOR

Août 181..

Mon cher Victor,

Si les petites filles sont bien pédantes, les petits garçons sont bien présomptueux. Parce que tu as rencontré une belle dame qui t'a trouvé gentil, parce que tu as déjeuné avec un colonel qui jure, voilà que tu prends des airs de

matamore et que tu me donnes des leçons. Selon toi, je veux faire des romans : je n'en ai aucune envie.

Je ne sais pas ce que mon père a pu te dire à propos de Charistie, mais moi je t'ai dit ce que maman m'a dit et ce que j'ai vu par moi-même.

D'ailleurs, pourquoi me parler toujours de cette pauvre Cbaristie que tu ne connais pas et qui a un bien grand tort de t'ai mer comme elle le fait, parce que tu es mon frère?

Ta lettre m'a rendue toute chagrine, je n'ai plus de courage à rien, et si ce n'e'tait pas pour contenter maman, je ne sais si je n'abandonnerais pas tous mes travaux.

Je suis bien triste et bien malheureuse sans savoir pourquoi, et si je n'avais là mon amie Charistie, ma bonne amie qui, lorsqu'elle me voit près de pleurer, me force à rire avec toutes les folies qu'elle me dit...

Du reste, je ne connais pas la prétendue amie dont a pu parler ta madame de Belnunce, je n'ai d'autre bonne amie que Charistie, et je l'aime non-seulement parce que le jour où mon père l'a amenée à la pension, il m'a recommandé de la prendre sous ma protection, mais parce qu'elle est bonne et qu'elle ne dit du mal de personne.

Je ne voulais pas te répondre; mais je le fais pour que tu ne m'écrives plus.

Je crois que madame Viane s'est aperçue que Marguerite venait plus souvent qu'à l'ordinaire. Ainsi, finissonsen, et tâche de ne pas me faire gronder.

Ta sœur, qui t'aime malgré tous tes défauts.

ALISON DONSEN>E.

ÀL1S0N BONSENNE A CHAR1STIE.

Ma chère Charistie,

En quittant le pensionnat, je t'ai promis de t'écrire pour

t'apprendra ce que je ferais une fois que je serais chez maman.

Nous sommes parties le lendemain pour la campagne, où nous sommes depuis huit jouis. Mon père a acheté une petite maison à Villemonble; elle ed située dans une petite rue qui conduit au parc du Raincy.

Le colonel Deslaurières, un ami de mon père, qui connaît le propriétaire de ce beau parc, nous en a fait donner une clef, et nous avons la permission d'aller nous y promener.

Nous allons le matin là nous établir sous quelque bel ombrage avec maman et Victor. Maman et moi nous travaillons, et Victor dessine à côté de nous, ou le plus souvent il court à travers le parc; car, malgré sa prétention d'être déjà un homme, il s'ennuie de notre société, et préférerait de beaucoup avoir avec lui un de ses camarades de lycée pour jouer et grimper sur les arbres.

Du reste, il a eu ce plaisir-là avant-hier. C'était le premier dimanche que nous passions à la campagne, et nous avons eu la visite de monsieur Deslaurièies et de son fils.

C'est un jeune homme aussi doux et aussi tranquille que

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mon frère est volontaire et tapageur. Il a été obligé de faire tout ce qu'a voulu Victor.

En tout cas, ce jeune homme est très-complaisant, et après le dîner, il nous a chanté une jolie chanson. J'aurais bien voulu la lui demander; mais quand j'ai su que c'était lui qui l'avait faite, je n'ai plus osé.

Le soir, nous avons eu les visites de quelques voisins, et nous avons dansé.

Monsieur Léopold joue très-bien du violon et ne s'est pas fait prié pour nous servir d'orchestre. Il n'a pu danser qu'une fois avec moi, et encore a-t-il fallu supplier mon frère à genoux de vouloir bien le remplacer un moment.

Puis après la danse, il y a eu un souper très-gentil, c'était une véritable fête, à laquelle il n'aurait rien manqué si tu avais été là, ma bonne Charistie.

Mais que fais-tu donc toute seule au pensionnat ?

J'ai demandé à pipa et à maman pourquoi on ne t'avait pas fait sortir. Ils m'ont répondu tout simplement que tu n'avais pas de temps à donner aux vacances, et qu'il fallait réparer le temps perdu. Cependant j'espère bien qu'un de ces dimanches papa ira te chercher et t'amènera.

En attendant, écris-moi, écris-moi comme tu pourras ; n'aie pas peur, je ne montrerai ta lettre à personne.

Tu vois que je t'écris avec ma plus grosse écriture pour que tu puisses me lire facilement. Réponds-moi donc, et d'ailleurs ça t'apprendra.

Entre nous, je ne m'amuse pas beaucoup ici. Voilà deux jours que nous sommes toutes seules. Victor est retourné à Paris avec mon père, et ils ne reviennent qu'à la fin de la semaine.

Donne-moi de tes nouvelles, je t'en prie; sans cela, je croirai que tu ne m'aimes plus.

Je t'embrasse. Ton amie.

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