‹ Les drames inconnus (volume 5)Chapitre 22 sur 40 · MONSIEUR BONSENNE A SON FILS · texte numérisé non relu

MONSIEUR BONSENNE A SON FILS

Victor, votre seconde lettre excuse la première, car elle l'explique. Vous étiez fou de colère, vous l'êtes maintenant de chagrin.

Me connaissez-vous assez peu pour croire que j'ai pu prendre une résolution pareille à celle que j'ai prise sans raisons importantes? Je vous l'avais dit, sans vouloir ce-

pendant m'expliquer pins clairement qu'il ne convenait, en répondant à votre première lettre.

Aujourd'hui je serai plus explicite, comme vous-même l'êtes avec moi. Je n'approuve point votre amour pour mademoiselle Lambert.

Jamais, et comprenez bien la portée de ce mot, jamais mon fils ne sera de mon aveu le mari de mademoiselle Lambert. Si à l'âge où la loi vous rendra libre il vous convient de l'épouser, vous pourrez le faire; mais n'oubliez pas que ce sera entre nous la cause d'une rupture éternelle.

Mon fils, vous devez comprendre, et je vous le répète encore, qu'il me faut des motifs puissants pour prendre une pareille résolution. Si vous voulez savoir ces motifs, je vous dirai qu'ils ne m'appartiennent pas et que ce n'est pas mon secret.

Je connais votre amour depuis longtemps ; c'est pour cela, que j'ai éloigné mademoiselle Lambert à l'époque de votre retour à Paris ; c'est pour cela que je veux l'éloigner encore.

Si vous eussiez vu Charistie, vous eussiez parlé, vous lui eussiez fait l'aveu de votre passion; vous eussiez mis dans son cœur une espérance que j'ai eu soin d'y détruire. Vous eussiez fait son malheur et ajouté au vôtre.

Je sais ce que la jeunesse met d'exagération dans ses plaintes, mais je sais aussi ce qu'elle souffre réellement. Vous êtes malheureux, je le conçois ; mais il est des malheurs que vous ne pouvez prévoir, et que votre mariage avec Charistie, s'il était possible, vous attirerait infailliblement.

Croyez-en la prudence de votre père, Victor ; renoncez à mademoiselle Lambert. Je ne vous dirai plus : Je le veux je vous dirai : Il le faut.

Il le faut pour notre repos à tous, pour notre bonheur, et peut-être plus encore pour mon honneur et pour le vôtre.

J'attends votre parole que vous renoncerez à des espérances impossibles et dont la persévérance deviendrait coupable; j'attends cette parole, et mes bras vous sont ouverts.

BONSENNE.

VICTOR BONSENNE A AL1SON

Ma sœur,

Il faut que tu reçoives ma îettic, il faut que tu me répondes, il le faut malgré les ordres de mon père, malgré ses menaces.

Est-ce vrai ce que m'a raconté Léopold? est-ce vrai qu'hier mon père a annoncé à Charistie qu'il voulait la marier? est-ce vrai qu'elle a répondu qu'elle était prête à obéir? est-ce vrai que celui qu'on lui destine doit être présenté aujourd'hui même dans la maison de mon père?.., dans la maison de mon père d'où l'on me chasse, moi?

Et Charistie a accepté... elle ne m'aime donc pas? je m'étais trompé! Et toutes ces promesses que nos regards s'étaient faites!

0 ma sœur , ma sœur, que c'est affreux et triste !

Sans doute on lui a proposé un homme d'un grand nom, d'une grande fortune, et elle a accepté. Que faire? que devenir?

Mais je le connaîtrai, cet homme; je le verrai ; je saurai comment il a mérité qu'on me le préfère. Oh! je crois déjà savoir qui il est : c'est cet homme contre qui j'ai défendu mon père. Mais quel est donc cet homme? quels droits a-t-il sur Charistie?

Alison, ma sœur, ma sœur chérie, réponds-moi. Tu es heureuse, toi, ton amour est approuvé ; celui que tu aimes, tu le vois tous les jours. Le temps de son deuil écoulé, il sera ton mari. Le bonheur est-il donc égoïste, et ne me répondras-tu pas?...

Oh! réponds-moi! Je t'ai connue plus courageuse; il a été un temps où un ordre de mon père ne te semblait pas au-dessus de toute rémission ; mais maintenant tu as peur; maintenant que sa volonté peut détruire ou éloigner ton bonheur, tu trembles et tu n'oses me venir en aide.

Alison, n'y a-t-il donc que les malheureux qui aient de la pitié dans rame!...

Ton frère.

VICTOR

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