‹ Les drames inconnus (volume 5)Chapitre 23 sur 40 · ALISON BOSSENNE A SON FRÈRE VICTOR · texte numérisé non relu

ALISON BOSSENNE A SON FRÈRE VICTOR

As-tu donc raison, le bonheur rend-il égoïste et les malheureux seuls ont-ils de la pitié ?

T'aurais-jc écrit hier? Je ne sais. Pourquoi donc suis-je si empressée de te répondre aujourd'hui ?

Est-ce donc parce que j'ai peur d'un terrible malheur ?

Mais non, je me trompe, ce n'est pas possible, je suis folle, la jalousie m'égare. Non, je ne sais ce qui m'a passé devant le cœur, c'est comme un fantôme qui m'a glacée. Non, c'est une folie... parlons de loi.

Oui, c'est vrai (du moins Léopold me l'a conté) ; oui, mon père veut marier Charistie; mais tu te trompes si tu crois que c'est à l'appât d'une grande fortune et d'un grand nom qu'elle cède : c'est (du moins Léopold me l'a dit aussi), c'est elle qui apporte à celui qu'elle épouse une fortune considérable : il ne s'agit pas de moins de quatre cent mille francs de dot.

Oh ! c'est bien quatre cent mille francs, Léopold me l'a assez répété; il me l'a trop répété.

Ce n'est pas tout, elle offre à celui qui l'épousera une protection telle, que s'il est attaché à l'administration, il peut arriver aux emplois les plus éievés, grâce à son mariage.

Nous sommes pauvres, nous, et ma dot atteindra à peine en capital le revenu de la dot de Charistie. Cela ne t'étonne-t-il pas que je sache faire un pareil calcul? c'est que Léopold me l'a fait.

Victor, Victor, suis-je donc envieuse, et cette fortune que je n'ai pas me blesse-t-elle? Oh ! non, non... Et cependant je ne sais, mais je souffre... je suis triste, et tu dois l'être aussi, car Charistie ne t'aime pas; Charistie a dit à mon pèw qu'elle obéirait...

Mais j'ai tort, ce n'est pas sa faute ; moi-même, écoutant 1er ordres de mon père, n'ai-je pas tout fait pour la dé-

tourner de son amour, ne lui ai-je pas dit que tu étais jaloux, emporté, léger?...

Mon père le voulait, il m'avait tant juré que c'était pour son bonheur et pour le lien ! Oh ! je suis bien coupable, va. . . j'ai fait plus que te calomnier, j'ai calomnié ton amour; parce qu'elle s'est plainte à moi que tu ne lui écrivais pas, je lui ai dit que tu l'oubliais peut-être. Ah! je suis punie, cruellement punie.

Tu es malheureux, et je suis plus malheureuse encore que toi. Mon frère, il faut que tu voies Charistie, il faut que tu la rassures, il faut que cette fortune soit ton partage... Mais, mon Dieu! est-ce possible?

Que m'importe maintenant? le coup est porté. Mais je me trompe sans doute, je me trompe; dis-moi que je suis folle, que la jalousie, que la crainte m'égarent... car ce serait trop affreux! Il faut que je te voie; en attendant que j'en trouve l'occasion, écris-moi, écris à Charistie, je lui donnerai ta lettre. .. je te le promets. J'attends. Ta sœur.

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