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CHARIST1E A MONSIEUR DESLAURIÈRES.
Monsieur,
J'ai longtemps hésité à vous répondre; si je le fais aujourd'hui, ce n'est pas que je veuille ahuser des paroles de consolation que vous m'avez adressées; je veux seulement vous prévenir du danger auquel vous exposerait la pitié que vous éprouveriez pour moi . Je vous envoie la copie d'une lettre que je viens de recevoir de monsieur Bonsenne.
Que ses soupçons aient rencontré juste, ou qu'ils s'égarent sur des personnes que je ne connais pas, vous pouvez voir quels jugements il en porte, vous pouvez voir comment il traduirait les sentiments que vous m'avez exprimés.
Abandonnez-moi donc aussi, monsieur, et ne vous exposez pas à perdre l'estime d'un galant homme pour défendre une femme à qui (vous devez le voir) il est interdit d'espérer une affection honnête et sincère.
Adieu, monsieur; je ne puis vous dire combien j'aurais
voulu être reconnaissante de l'espoir consolant que votre lettre avait offert à mes douleurs. Mais celui qui se dit mon bienfaiteur et mon ami a si bien fait, que je n'ose pins croire même à la pitié.
Encore une fois, adieu.
CHARISTIE.
MONSIEUR BONSENNE A VICTOR.
Je l'ai lu avec la plus vive indignation, mon cher Victor, le billet de Léopold que tu m'as envoyé comme l'explication de son absence depuis quelques jours. Tu t'es laissé prendre à des sentiments alambiqués avec une habileté dont je ne croyais pas Léopold capable.
Non, ce n'est pas là l'indignation d'un homme injustement soupçonné; c'est une défaite maladroite, grossière, et qui ne résiste pas devant un moment d'examen sérieux. Je crois avoir deviné la cause de cette défaite; il est inutile que je te la dise, car je ne veux pas ajouter une accusation, que je ne pourrais prouver, aux accusations déjà portées contre Léopold, et que tu t'obstines à considérer comme fausses.
Du reste, il m'a été impossible de retrouver ce monsieur Morinlaid, dont la visite a amené les susceptibilités de Léopold. Décidément je crois que Charistie partira sous peu de jours, et alors tu pourras revenir auprès de moi.
Ton père.
BONSENNE.